Les artistes du Parlement


Notre programmation continue de s’écrire avec nos quatre artistes associé·es. Nous avons pensé leur présence comme un dialogue sans cesse renouvelé, une manière d’entrecroiser leurs pensées et leurs écritures puissantes, en prise avec les grandes questions qui chahutent notre société. Iels nous accompagnent pendant trois ans et guident, tour à tour, la construction d’une saison.

Betty Tchomanga

Betty Tchomanga manie des influences multiples, peuplant ses danses de figures obscures et invisibles. Entre le solo Mascarades et le quatuor Leçons de Ténèbres, elle déploie des corps chantants et pulsants, à la transe inquiète, sautant et creusant le sol jusqu’à déterrer des gestes, toute une pensée que la colonisation et l’esclavage n’ont pas réussi à effacer. Avec Histoire(s) Décoloniale(s), elle crée une série de quatre portraits pour faire résonner des récits et des imaginaires intimes entre le continent africain et l’Occident. Cette saison, avec The Sea is History, elle poursuit son geste poétique et chamanique en inventant une danse pour combler une image manquante et pourtant fondatrice : l’expérience de millions d’enfants, d’hommes et de femmes transporté·es dans la cale de navires négriers, entre l’Afrique et l’Amérique.
Cette saison s’est élaborée avec Betty Tchomanga autour d’un Écho du monde intitulé « À bord du navire-monde », faisant de la scène une traversée, un lieu pour retisser nos mémoires.

Agnés Mateus et Quim Tarrida

Artistes multidisciplinaires, Agnés Mateus et Quim Tarrida signent de véritables brûlots pop, entre théâtre, performance et cabaret clownesque. Également formée au journalisme, Agnés Mateus cofonde le Col·lectiu General Elèctrica qui, entre 1996 et 2004, agite avec audace la scène barcelonaise. Quim Tarrida manie quant à lui la vidéo, la photographie et l’art sonore, et puise notamment son inspiration dans la BD, les jouets enfantins et la publicité détournée. Héritier·ères de l’émancipation esthétique de la Movida, iels créent des spectacles qui font une critique mordante des violences faites aux femmes (Rebota rebota y en tu cara explota) et de la résurgence du fascisme (Patatas fritas falsas). Alors que cette dernière déflagration retentit encore, iels échafaudent actuellement leur prochaine création, qui bousculera cette fois la religion.

Gurshad Shaheman

Gurshad Shaheman crée un théâtre en quête d’identités et convie le public à des traversées sensorielles, ne craignant ni les larmes ni le charnel. Dans Les Forteresses, il convie sa mère et ses tantes à raconter une fresque familiale, politique et historique de l’Iran, tandis que Sur tes traces se lance dans un roadtrip en forme de portraits croisés et amoureux. Ce faisant, Gurshad Shaheman dessine une cartographie de l’intime, à la fois pudique et chatoyante, agençant les récits de vie comme autant de miroirs aux reflets changeants. Après avoir invité les étudiant·es du PSPBB/ESAD à s’enflammer le temps d’une grande fête (S’embrase la nuit / Et nos corps), il transforme cette saison la scène en un Cabaret Téhéran où il ravive les voix de la pop culture iranienne.

Tout lieu possède un génie latent dont la manifestation est tributaire d’un révélateur qui le dotera d’une qualité singulière, unique.
  François Méchain, Genius Loci