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de la bastille

Théâtre de la Bastille

OCCUPATION 3


Nathalie Béasse et son équipe investissent le Théâtre de la Bastille.

Nathalie Béasse et le Théâtre de la Bastille partagent une longue histoire commune. Depuis Happy Child en 2010, tous ses spectacles y ont été présentés. Cette année, c'est donc le tour de sa compagnie d'investir pendant un mois et demi le Théâtre de la Bastille pour cette nouvelle OCCUPATION. L'occasion de revisiter une partie de son répertoire et de plonger dans son univers qui emprunte aussi bien au théâtre qu'aux arts plastiques, à la musique qu'à la danse et qui, au-delà des spectacles, fait volontiers des pas de côté vers des formes plus courtes et légères, privilégiant l'instant et le présent du lieu.


Comment poursuivre une aventure commune en la renouvelant ? Comment permettre aux spectateurs de plonger dans un répertoire tout en ne le figeant pas dans une forme achevée ? Comment inviter à la traversée d'une œuvre sans verser dans la commémoration ? C'est tout le propos de cette troisième OCCUPATION.

AprèsTiago Rodrigues et le collectif L'Avantage du doute, le Théâtre de la Bastille ouvre cette fois grand ses portes à Nathalie Béasse et ses collaborateurs, pour la plupart fidèles de longue date.

On pourra y voir quatre de ses pièces, présentées dans l'ordre de leur création : Happy Child (2008), Tout semblait immobile (2013), Roses (2014), Le bruit des arbres qui tombent (2017), et plonger dans le work in progress de sa prochaine création, Aux éclats. Mais il y aura aussi deux workshops : Open Doors réunira des amateurs, tandis que Retrouvailles sera proposé aux professionnels. Sans oublier Histoire courte – performances quotidiennes et impromptues – qui précédera chaque représentation. Des « à-côté » familiers pour Nathalie Béasse qui développe, en parallèle à son travail de plateau, des pratiques incluant aussi bien des performances in situ, que des ateliers avec des amateurs ou des professionnels.
Il s'agira de conjuguer ainsi le temps long de l'élaboration d'un parcours et celui court de l'immédiateté, des formes abouties et des formes en mouvement, afin de pouvoir saisir la manière dont les unes et les autres se construisent, se nourrissent, s'enrichissent.

Dans cette OCCUPATION aux multiples entrées, on trouvera également des conférences et des ateliers à la croisée des disciplines tant il est vrai que le travail de Nathalie Béasse se situe au confluent du théâtre, de la danse, des arts plastiques et de la musique. Chez elle, le corps est central, l'atmosphère et les images primordiales. Les spectacles privilégient les associations au fil narratif, les sensations au sens littéral. Même lorsqu'elle adapte Richard III de Shakespeare (Roses), ce qui domine n'est pas le texte dont elle ne conserve que des fragments, mais des scènes, des images, des mouvements, des émotions, peur, rire, colère, joie, douleur, amour.

D'une pièce à l'autre, on retrouve des constantes. Un goût pour le mystère et les bifurcations, le jeu avec les matériaux, une capacité à s'emparer du tragique de l'existence, et de le faire parfois basculer dans le rire ou le burlesque. Une inclination pour les univers oniriques, qui oscillent souvent entre rêve et cauchemar, dans ces zones intermédiaires où le monde est fragile et vacillant.
Comme dans les contes, on y trouve des forêts, on y perd des cailloux blancs mais on les ramasse indéfiniment (Le bruit des arbres qui tombent), à moins qu'ils ne tombent du ciel (Tout semblait immobile). Comme dans l'enfance, on s'y déguise et s'y travestit : les hommes mettent des jupes, des talons et des perruques blondes (Happy Child), et personne n'y tient jamais un seul rôle. Comme dans les familles, les âges se mêlent, les conflits émergent et parfois se résorbent. Comme dans la danse, on s'y étreint. Comme dans la musique, on y est bercé. Comme au cinéma, on est projeté dans un espace mental et invité à s'y promener.
Les personnages, eux, cherchent leur point d'équilibre, chancellent et se reprennent, et en touchant une fibre à la fois très intime et très universelle, permettent à chacun de composer son propre théâtre intérieur.

Cette OCCUPATION invite ainsi à un voyage poétique, une traversée des paysages façonnés au fil du temps, avec des escales connues et d'autres impromptues, comme dans tout voyage réussi. Elle convie Nathalie Béasse et sa compagnie à partager leur manière de rendre palpables et sensibles des choses indicibles et simples, le temps qui passe, et la richesse infinie de l'humain.
L.D.