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    • Le Moral des Ménages. A nous Paris 1er déc 2014.

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      Le Moral des Ménages. A nous Paris 1er déc 2014.

      Lisez Éric Reinhardt, il le faut, parce qu'il vise et atteint dans chacune de ses histoires une magistrale acuité dans la représentation de ce qu'est la vie. Avec cette adaptation théâtrale du deuxième roman de l'auteur (2001 ), Stéphanie Cléau fomente une méditation cinglante irriguée par une réflexion sur l'humiliation, la transmission, la cruauté du temps qui passe. Ici le passé ne passe pas. Manuel Carsen (Mathieu Amalric) le ressasse à l'envi : le gratin de courgettes à 19 h 30, les poings fermés de son père humilié dans son travail et brimé à la maison, le camembert rationné, les questions anxiogènes de sa mère (« Pourquoi toi ? ») Lorsque le spectacle commence, il disserte au micro sur les ménagères de la classe moyenne un fléau !
      C'est ainsi qu’éclot ce monologue corrosif, celui d'un homme s'efforçant de sortir du marécage familial et de se construire un imaginaire plus héroïque grâce à la littérature, aux westerns (avec Cary Cooper ou John Wayne) ou à des créatures fantasmatiques telles que Miss Jacuzzi. Pas question de reproduire le schéma paternel qu'il exècre. II sera chanteur... raté À 40 ans, il découvre des facettes insoupçonnées de son père et de nouveaux doutes l'assaillent.
      Excellent par tous les temps, Amalric fait très justement résonner la cacophonie qui peut tonner dans le crâne d'un quadra névrosé - jusqu'à l'acmé final avec sa fille, une pestouille de 20 ans qui lui renvoie sa nullité en pleine face ! II excelle en personnage ambigu en diable « Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur », aurait dit Mallarmé. Dans le rôle pluriel des femmes qui l'entourent, Anne-Laure Tondu se métamorphose à vue et impose sa présence sensuelle ou belliqueuse. Projections "mentales" sur écran, bande son façon B O de films, dessins au fusain de Blutch, aussi brouillés que l'esprit de Manuel. Cela suffit à Stéphanie Cléau pour mettre à vif ce texte noir et bien serré, comme on aime, et à nous ébranler durablement Une réussite d'autant plus remarquable que c'est une première mise en scène.
      M H

    • Le Misanthrope. La chronique de Fabienne Pascaud. Télérama 13 déc 2014

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      Le Misanthrope. La chronique de Fabienne Pascaud. Télérama 13 déc 2014

      En plein Misanthrope, soudain, Alceste nu. Il n'en peut plus. Il abandonne. Il a quitté ses oripeaux quotidiens pour se montrer tel qu'il est. La peau et les nerfs à vif. A bout de souffrance, de jalousie, de dépit. Prêt à tout quitter, à partir, à mourir. Mais au beau milieu d'un public qui l'observe des quatre coins du plateau devenu espace de corrida. Ou piste de cirque.

      La mise en scène de Thibault Perrenoud, agitée, électrique, met constamment les jeunes loups de Molière en situation d'hystérie amoureuse et de confusion mentale, sociale. Ils bougent sans cesse, trépignent, piétinent, viennent frôler le public. Rarement Alceste, Celimène et leurs amis auront semblé si jeunes, si fragiles, si incertains dans leur relation au monde, à la société de leur temps, à leurs amours. Si précaires. Alors les paradoxes explosent encore plus fort : pourquoi donc un garçon solitaire et atrabilaire s'est-il pris d'une telle passion pour cette extravertie narcissique et coquette ayant surtout besoin de se confronter aux autres et de les séduire ? Et comment peut-elle l'aimer aussi? Insondables mystères et vertiges que Molière explore sans psychologie, sans leçon. Il montre simplement, il expose ces coeurs au bord de l'implosion dans une société rigide et moribonde où seul le sentiment palpite encore.

      En costumes à la mode branchée d'aujourd'hui, les comédiens réinventent, redessinent - réécrivent même parfois ! - ces désarrois amoureux, comme pour un film d'Eric Rohmer. Mais qui se serait converti aux violences d'un Maurice Pialat. On pense bizarrement cinéma, en effet, tout au long de ce spectacle auquel on assiste comme à un tournage en train de se faire. Les boissons et confiseries, l'espèce de cantine où viennent goûter et se reposer si besoin les acteurs, les projecteurs qu'ils règlent en direct, et la musique, aussi, renforcent le trouble. Et la pression Ce Misanthrope-là, diablement vivant, diablement présent, met nerveusement et joliment en avant la douleur contenue dans chaque personnage ; tous plus ou moins au bord de la crise ou de l'absolu désespoir; tous tétanisés par le chagrin.
      Fabienne Pascaud

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      TEMPS D'ECHANGE !

      Jeudi 11 Déc. à l'issue du spectacle
      Autour de
      Le moral des mÉnages
      Rencontre publique avec Stéphanie Cléau
      Mathieu Amalric et Anne-Laure Tondu