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Théâtre de la Bastille

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Wonderful World


23 JANV > 02 FEV
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Remarquée et fêtée dans le HORS-SERIE N°2 avec HAPPY CHILD, Nathalie Béasse est de retour avec un spectacle grave et humoristique.

Le corps espace et le corps dans l’espace. Ce sont d’abord cinq marathoniens affairés dans le mouvement infiniment réitéré d’une course haletante. Comme s’ils tendaient vers un but qui semble toujours s’éloigner. Cet emportement méthodique cède bientôt la place à d’autres affrontements. Car ce spectacle entre danse et théâtre ingénieusement composé par Nathalie Béasse obéit à un principe d’instabilité. Il s’agit de saisir des phases microscopiques, des instantanés fugitifs, des glissements imperceptibles, le moment où une situation s’apprête à basculer où un mot va être prononcé. Plasticienne, marquée par le théâtre, la performance, la danse mais aussi par le cinéma, Nathalie Béasse élabore de subtiles métamorphoses « entre centre et absence » comme dirait Henri Michaux. Une dynamique proche du rêve où les êtres s’opposent, s’affrontent, se rencontrent entre chien et loup dans un espace intermédiaire, une réalité fluctuante échappant à toute définition.


Hugues Le Tanneur

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Wonderful World [intégral]

« J’étais en voiture dans un parking et j’ai entendu la voix suave de Louis Armstrong qui chantait « What A Wonderful World ». Il y avait un décalage évident entre l’ambiance plutôt sinistre du lieu où je me trouvais et cette mélodie enjôleuse. Ce décalage m’a semblé profondément significatif du monde dans lequel nous vivons. Et j’ai aussitôt pensé que ce titre correspondait au spectacle, même s’il n’était pas question d’utiliser cette chanson, justement. » Effectivement du « Wonderful World » chanté par Armstrong, Nathalie Béasse a plutôt gardé la face obscure, si l’on peut dire, d’où l’ironie du titre, car l’univers évoqué dans ce spectacle évoque surtout la réalité de l’entreprise, la rivalité, une certaine violence que l’homme s’inflige à lui-même et aux autres. Le spectacle évoque aussi la difficulté à communiquer ; comme si ces hommes en costumes cravates évoluaient dans des sphères à la fois proches et irrémédiablement séparées. Cela commence par une course sans fin. Un élan qui tend vers l’infini. À se demander s’ils pourront jamais venir à bout de tant d’espace. Car l’espace ici domine jusqu’à épuiser les corps ou presque. Et pourtant cela s’atténue. L’effort physique a cédé la place à une concentration à plusieurs. Quelque chose d’important est en jeu. Mais un des hommes tente d’exposer à ses co-équipiers une nouvelle importante. Essentielle même à en juger par ses gesticulations désespérées. Or plus il s’acharne, plus les autres semblent l’ignorer. Il a beau crier, répéter, se déshabiller, on ne l’entend pas. La scène pourrait avoir lieu en rêve. L’homme nu se transforme bientôt en animal. On a basculé dans l’espace intérieur, l’onirisme, la folie peut-être ou la liberté – mais que signifierait alors une telle liberté ?

Il s’agit en tout cas d’un saut qualitatif dans l’économie du spectacle dont l’effet contamine l’ensemble de la représentation. Plus rien n’est pareil après cela. « Je suis très sensible aux espaces, à l’architecture, aux seuils, aux dimensions cachées, analyse Nathalie Béasse. L’idée du corps dans l’espace, mais aussi du corps comme une maison. Elle peut accueillir beaucoup de choses, mais elle peut aussi être vide. Pour moi, la simple présence d’un homme seul sur un plateau est déjà la source d’une foule de questions. Ce qui m’intéresse ce sont ces moments suspendus, comme au bord d’un précipice où ça va basculer. Pas tant la chute que les quelques secondes qui la précèdent. Ce qui peut se travailler aussi comme un rapport à l’évanouissement. C’est une donnée très importante, qui a quelque chose à voir bien sûr avec la métamorphose, un principe d’instabilité. Dans ce spectacle, par exemple, j’ai exploré le thème du messager comme étant celui qui est empêché, parce qu’il y a cette difficulté du mot qui n’arrive pas à sortir. J’utilise Dante, Tchekhov, Shakespeare, mais je ne suis pas dans la théâtralité. Au fond, je me sens plus proche du langage du cinéma avec lequel j’ai un lien très fort. Je travaille beaucoup sur les hors-champ, sur les focus, par exemple. Bien sûr, il n’y a pas de montage ici, contrairement au cinéma. Mais il y a une forme d’agencement qui se fait peu à peu. Comme un puzzle qui progressivement se met en place. »


Hugues Le Tanneur

Réalisation +
Conception, scénographie, mise en scène : Nathalie Béasse
Avec Étienne Fague, Karim Fatihi, Erik Gerken, Pep Garrigues, Stéphane Imbert
Lumière Nathalie Gallard
Création sonore Antoine Monzonis-Calvet
Costumes Laure Chartier
Sculpture Corinne Forget

Coproduction Centre national de la danse contemporaine – Angers, EPCC Le Quai – Angers, Nouveau Théâtre d'Angers – Centre dramatique national Pays de la Loire, TU-Nantes, le lieu unique – Scène nationale de Nantes, Le Fanal – Scène nationale de Saint-Nazaire, 3bisf – Lieu d'arts contemporains à Aix-en-Provence, la Halle aux Grains – Scène nationale de Blois.
La Compagnie Nathalie Beasse est conventionnée par la Région des Pays de la Loire et reçoit le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Pays de la Loire, du Département du Maine-et-Loire, de la Ville d'Angers et de Mécène et Loire
Administration Yan Lemonnier

REVUE DE PRESSE

      • 1 févr. 2012

        Le voyage de Nathalie Béasse au pays des non-merveilles /

      • 3 févr. 2012

        Etrange sur sa faim /