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Théâtre de la Bastille

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Un spectacle pour marionnettes à gaine animées sur le motif des danses de mort

Tête de mort : le titre claque comme une insolence enfantine, une parole qui conjurerait la peur en la mettant à l'avant-scène. Et c'est bien ce qui se produit dans ce nouveau spectacle de Jean-Pierre Larroche et Frédéric Révérend, qui marie marionnettes à gaines et dessins. La mort y est partout chez elle, envahissant la toile peinte et la scène du castelet de fortune. Mais c'est une mort plaisante, une mort qui fait des blagues, qui balaie de sa faux ce qui la gêne, qui déploie des rébus, se révèle au détour d'une peinture et se mêle habilement aux vivants. À coups de gaines et à coups de pinceaux, la voilà qui apparaît et disparaît, faisant du grabuge derrière le rideau, entraînant dans sa danse macabre tout ce qui est sur son passage. Privilège de l'inanimé qui s'anime : on assiste au spectacle, fasciné et réjoui par la poésie et la malice de ces constantes renaissances.

Laure Dautzenberg

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Tête de mort [intégral]

Jean-Pierre Larroche et les Ateliers du Spectacle travaillent depuis toujours sur un théâtre visuel qui utilise les objets, les dessins, les mots comme des acteurs sur un plateau. Pourtant, ils n'avaient jamais travaillé à proprement parler avec la marionnette jusqu'au Concile d'amour, opéra visuel d'après Oskar Panizza, dans lequel il y avait une scène avec un castelet et des marionnettes à gaine.

Jean-Pierre Larroche, qui a apprécié l'expérience, a envie de la reconduire : il affectionne l'idée de cette forme magique la plus archaïque, la plus fruste, du théâtre de marionnettes ; il aime « la fragilité de ces petites choses que l'on tient au bout des doigts », leur énergie un peu brute et leur registre d'expressions très limité qui leur donne une puissance vindicative et les rend touchantes. « Avec elles, il faut être entier et aller droit au but ». Il aime aussi le jeu sur l'invisible et le visible que permettent ces personnages, leur façon d'apparaître ou de disparaître en coulisse « C'est le propre du théâtre mais c'est ici très sensible et très concentré ».

Cependant... il a un problème avec la marionnette : « Le côté anthropomorphique me gêne, je trouve souvent que cela l'emporte vers une esthétique un peu mièvre. » Du coup, le voici qui trouve la parade et cherche autour de la figure de la mort, celle archétypale et ancienne de la porteuse de faux, celle du Moyen-Âge.

« Mais on ne peut pas travailler impunément avec ce personnage... », reconnaît-il. Voici donc la mort et sa puissance qui gagnent du terrain, sans que le spectacle ne perde de son mordant. « D'une certaine façon, le travail de la mort a lieu avant qu'elle ne surgisse... Ensuite, elle peut redevenir très vivante ! ».

Et c'est effectivement à un ballet joyeux, ironique, poétique, que le spectacle invite : un ballet qui s'inspire des danses macabres, notamment celles illustrées par Hans Holbein, véritable best-seller des débuts de l'imprimerie. Tête de mort épouse ainsi le motif circulaire de la ronde et travaille à partir de l'iconographie médiévale des enluminures. « J'aime beaucoup ce travail sur le cadre. C'est une rhétorique formelle très subtile : il y a une façon de construire des cadres dans le cadre et des vignettes autour, et puis la cartouche qui reprend la lettrine. Cette cartouche est décadrée, hors-champ, mais elle vient mordre sur l'ensemble et sert de titre, de résumé ou de commentaire ».

Ici, la cartouche est Jean-Pierre Larroche lui-même, perché sur un tabouret, qui dessine sur un déroulant des têtes de mort et des têtes de vivant ou observe simplement ce qui se trame sur le castelet : une façon délicate et drôle de mettre en abîme le spectacle et de confronter les vivants et les morts, d'instaurer une circularité visuelle qui se passe du dialogue... mais pas des mots. Comme souvent avec les Ateliers du Spectacle, on trouve dans Tête de mort des rébus et un jeu sur le langage. « J'aime beaucoup penser la scène comme un grand rébus généralisé, qui s'appuie sur le principe de l'association, de la circulation des signes, du tricotage entre graphique et verbal. C'est un jeu, un amusement au sens fort. Et cela ouvre le sens.» Ce pourrait être, aussi, une bonne définition de Tête de mort.

Laure Dautzenberg.

Réalisation +
Conception et mise en scène Jean-Pierre Larroche et Frédéric Révérend
Avec Juliette Belliard, Mickaël Chouquet, Justine Macadoux, Jean-Pierre Larroche
Composition sonore Catherine Pavet
Effet spécial sonore David Schaeffer
Lumière Jean-Yves Courcoux
Régie son Émile Larroche

Production déléguée Les ateliers du spectacle
Coproduction Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes (Charleville-Mézières), Théâtre Massalia (Marseille), Théâtre de l’Espace – Scène nationale de Besançon
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la communication – Direction régionale des Affaires culturelles d’Ile-de-France et le Fonds SACD Théâtre, l'ADAMI et l’Institut Français.
Remerciements à Anis Gras, le lieu de l’autre, au Théâtre du Soleil, à Anne-Marie Sagaire-Durst et à Annabelle Pirlot et David Schaffer, Aitor Sanz Juanes, Marion Gervais, Laurène Rousseaux, Clara Marchebout, Boris Lhomme, Christian Narcy.
Administration Sophie Bauer