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Théâtre de la Bastille

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HORS-SERIE IV - La Rivière bien nommée


14 > 16 FEV
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60 minutes pour être de son temps

Patrick Corillon explore depuis vingt-cinq ans le champ des arts plastiques, poursuivant une œuvre prolifique et discrète, construite notamment sur la façon de susciter l'imaginaire en donnant corps à "l'esprit du lieu". En investissant la scène, ses préoccupations n'ont pas changé. Dans ce spectacle, il part en quête des origines de la légende de la Rivière bien-nommée, accompagné de livres objets, s'inspirant des "kamishibai", ces petits théâtres japonais de papier, ambulants, où les images servaient aux chanteurs et musiciens de point de départ pour raconter leurs récits. Il est question de voyage, il est question de langage, il est surtout question de la faculté de l'homme de produire des histoires qui tissent des liens entre présent et passé, entre soi et les autres. La Rivière Bien-Nommée a ainsi des accents d'une profonde douceur pour « rejoindre la grande mer où le monde entier se dissout ». L. D.

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HORS-SERIE IV - La Rivière bien nommée [intégral]

Vous venez des arts plastiques. Comment le théâtre s'inscrit dans votre parcours ?
Avant tout je viens des livres. À la maison, dans ma famille, il y en avait partout. Pour moi, un livre charrie une communauté. J'adore les classiques parce que quand je lis Le Grand Meaulnes, par exemple, je suis avec tous les lecteurs qui l'ont lu, j'imagine le lycéen des années 30... Depuis, je cherche comment incarner ce monde, comment le sortir de l'aventure individuelle et le rendre collectif, que ce soit dans les arts plastiques ou sur scène. Donc en fait, je ne vois pas la différence !
Du coup je ne regarde pas le théâtre comme une boîte noire comme je n'ai jamais regardé une salle d'exposition comme un « white cube » mais comme un lieu dont il faut ranimer l'esprit en cherchant de quoi les « livres-objets » sont chargés. Le rapport des hommes aux objets me touche beaucoup. C'est peut-être ici une des différences avec les expositions, je garde les objets en main. Ça me permet de faire danser les livres, c'est très chorégraphique. C'est aussi la pensée de ma main. Il y a une vraie pensée dans tous les gestes.

Au-delà des livres, vous travaillez beaucoup autour de la question du langage...
Oui. La Rivière parle de la quête du mot. Dans ce spectacle, nous ne connaîtrons jamais le nom de cette rivière mais elle donne la possibilité de nommer, et cette possibilité est essentielle. Il faut prendre le mot autant dans sa puissance d'incarnation que par ce qu'il nous ouvre de perspectives métaphysiques. Les mots ont toujours une charge imaginaire qu'il s'agit de réveiller. Ils permettent de produire des histoire incarnées faites de chair et de symboles, qui nous aident à faire le lien, à avoir un regard plus large. La fiction ne veut pas dire faux mais ouverture de possibilités, c'est l'une des choses qui nous met au monde.

D'où vient votre goût pour les légendes, les comptines, le folklore ?
Moi je ne fais aucune différence entre ce qu'on appelle la « culture populaire » et la « culture d'auteur ». J'essaie depuis toujours de réconcilier les deux. De la même façon, je mets sur le même plan des dessins qui m'ont demandé un temps fou et des objets en scotch qui m'ont pris deux secondes, les choses qui font autorité et les choses marginales.
Ce que j'aime dans les formes populaires, c'est qu'elles ne construisent pas une histoire, elles sont chargées d'un autre temps, qui se développe au-delà du temps de notre existence propre. En cela, elles sont proches de l'histoire telle qu'en parle Walter Benjamin : non pas une construction mais une façon de passer de l'existence à l'essence, une transmission d'expériences qui s'adresse à l'individu comme au groupe.

Laure Dautzenberg

Réalisation +
Écriture, scénographie et jeu Patrick Corillon
Collaboration artistique Dominique Roodthooft
Assistance graphique Raoul Lhermitte
Conseil Lumière Joël Bosmans

Production Le Corridor
La compagnie Le Corridor est conventionnée par la Communauté française de Belgique Avec le soutien de la Communauté française de Belgique et de la Région wallone