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Théâtre de la Bastille

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Jusqu'au corps nu. Et puis après ?

Présenté dans le cadre de TRANS 09 au Théâtre de la Bastille, le Striptease de Céline Milliat-Baumgartner et de Cédric Orain avait emballé. Annonçant frontalement la couleur, ils s’emparent de la question avec curiosité, drôlerie, distance et gourmandise en inventant Miss Mae en hommage à Mae Dix, cette chanteuse de cabaret des années 20 tombée dans le striptease presque par inadvertance. Commencé sur un mode burlesque, leur Striptease se finit dans l’épuisement, en ayant au passage tenté de comprendre pourquoi la nudité fait à la fois si peur et si envie. Céline Milliat-Baumgartner pose la question à tous : « Que vient-on voir ici ? Que vient-on chercher ? » Bienvenue au Striptease, « jusqu’au corps nu. Et puis après ? »
L.D.

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Striptease [intégral]

STRIPTEASE

Ils forment un duo très complémentaire et on comprend, à les voir ensemble, quel est l'apport de l'un à l'autre – et réciproquement.
D'un côté Céline Milliat-Baumgartner, comédienne solaire que l'on a pu voir sous la direction de Frédéric Maragnani dans le Cas Blanche-Neige de Howard Barker, ou dans des mises en scène de Thierry de Peretti et de Jean-Michel Rabeux.
De l'autre, Cédric Orain, acteur, auteur et metteur en scène plutôt noir et tragique, venu tardivement au théâtre après une formation d'ingénieur en maths appliquées.
Entre les deux, Striptease, commencé comme une expérience théâtrale sans avenir déterminé et finalement spectacle marquant lors de l'édition 2009 du festival TRANS au Théâtre de la Bastille, repris cette saison pour une plus longue durée.
A quoi tient la réussite de Striptease ? Sans doute à la façon d'empoigner la question frontalement, ludiquement, sérieusement. Pas de demi-mesure, pas de second degré, pas de prétexte derrière lequel s'abriter, ni pour l'actrice ni pour les spectateurs. Le titre annonce la couleur. C'est bien de se mettre nue, à nu, qu'il sera question tout au long du spectacle, à travers l'histoire de Miss Mae, apprentie stripteaseuse – nommée en hommage à Mae Dix, chanteuse de cabaret des années 20, qui se mit accidentellement au striptease après avoir, un soir, dans la précipitation, commencé à se déshabiller sur scène.
Céline Milliat Baumgartner et Cédric Orain misent sur la complicité avec le public et l'interrogation en miroir : qu'est-ce qui fascine et fait peur dans le striptease, chez celui qui s'exhibe comme chez celui qui regarde ? Séduction, provocation, dérision : entre maîtrise et risque, le duo confronte chacun au désir et à son secret.



Céline Milliat-Baumgartner, vous aviez joué dans la pièce écrite et mise en scène par Cédric Orain, Notre Père. Comment avez-vous décidé de travailler ensemble cette fois-ci ?

Céline Milliat-Baumgartner : J'ai commencé à travailler seule, à une période où je n'étais ni en répétition, ni en spectacle et où je ne voulais plus être tributaire du désir des autres. Je voulais prendre en main la solitude de l'acteur. J'avais besoin de construire, d'avancer, sans attendre que quelqu'un m'en donne l'autorisation. Je me suis vite rendue compte que c'était impossible. Nous avions déjà travaillé ensemble avec Cédric et je me suis dit que c'était la bonne personne : seule, je partais vers des choses très légères, je savais qu'il allait me ramener vers plus de gravité.
Cédric Orain : C'est important que rien n'ait été prévu : ni que l'on travaille ensemble ni que cela devienne un spectacle. Au départ, je suis venu voir une répétition, et cela m'a tout de suite donné envie de bricoler, de fouiller, d'écrire des bouts de textes au service de ce que Céline avait pensé. J'ai écrit en répétition, au jour le jour. C'était étonnant car la question du striptease ne m'intéresse pas, elle m'ennuie même plutôt ! Ensuite on a construit à partir des répétitions, et du travail fait en plateau.
Céline Milliat-Baumgartner : À partir de là, on s'est mis à penser spectacle, sans contrainte de durée - cela aurait pu être simplement dix minutes. De toutes façons nous n'avions pas de moyens : on nous a prêté un garage à Roubaix, une salle au Théâtre de la Bastille... Mais cela nous a donné une grande liberté. Aujourd'hui, on tient à la simplicité de la scénographie, aux habits achetés aux Puces. Ça va avec le spectacle, avec l'histoire de cette fille, Miss Mae, qui construit son monde avec trois robes et une barre métallique. Cela produit un imaginaire plus ouvert.
Cédric Orain : Comme il n'y a avait ni théâtre, ni argent, ni même lieu, nous avons travaillé à notre rythme. Mais s'est très vite posée la question de « quel spectacle » ? Qu'est-ce qu'on va pouvoir raconter à des gens qui viennent voir ça, en restant dans la légèreté coquine du striptease, tout en ayant quelque chose à dire et à raconter, autrement dit en ayant un propos !


Céline, vous avez déclaré dans une interview que vous en aviez marre qu'on vous demande toujours de vous mettre à poil. Là, c'est tout l'enjeu. Comment avez vous abordé, l'un et l'autre, la question de la nudité ?

Céline Milliat-Baumgartner : C'est vrai que j'ai été confrontée à la nudité dans presque toutes les pièces que j'ai jouées. Cela ne m'a jamais posé de problèmes ni angoissée mais c'est un constat que me renvoyaient les autres. Même si cela s'est complètement banalisé sur les plateaux, se mettre nue reste assez étrange. Cela continue de choquer beaucoup de gens. Cela m'intéressait de passer par moi, pour questionner effectivement ce que cela signifiait. Qu'est-ce que ça déclenche chez l'autre, dans son imaginaire ? Je cherchais un rapport très frontal, presque racoleur avec le spectateur. Le striptease m'est apparue comme la forme parfaite... La question était aussi de savoir, une fois la nudité acquise, comment prolonger le fantasme, qu'est-ce qui se passe après ?
Cédric Orain : Dans beaucoup des spectacles que j'ai faits, il y a de la nudité. Elle revient tout simplement parce que j'essaie de parler du désir. Et au théâtre, cela passe par les corps. Cela ne veut pas dire pour autant que celle-ci soit facile ou admise. Le striptease ne m'intéresse pas en soi, parce que la nudité n'y est pas dangereuse, qu'elle n'amène à rien d'autre qu'à l'objet sexuel, objet qui dépend des fantasmes et des goûts de chacun. Si elle n'est pas amenée ailleurs, il lui manque une dimension opaque, dangereuse, dérangeante. Ce qui m'intéressait en revanche, c'était de travailler autour du moment de l'attente, de la frustration, et de l'excitation. Qu'est-ce qui est fascinant et obsédant dans le fait que le striptease soit toujours retardé ? Qu'est-ce qui « tient » à ce point, pour susciter ce voyeurisme jusqu'à l'instant final et la nudité pleine et entière ? C'est ce qui m'intéressait, ainsi que le rapport à la nudité qui se construit avec le spectateur. Ici il n'y a pas de quatrième mur. C'est aussi pour cela qu'on a choisi ce titre : le spectateur qui vient sait exactement pourquoi il est là. Une des choses les plus difficiles à trouver a été l'entrée, le premier rapport avec le public. Trouver le charme opérant sur le spectateur de la façon la plus naturelle et évidente possible.
Dans notre spectacle, nous avons cherché une nudité qui porte une multitude de sens, sans qu'on puisse jamais en saisir un seul. Il fallait à la fois évoquer l'imagerie du striptease (le vert, le rouge, le rose des night-clubs) mais ne pas enfermer l'image du corps dans cet univers, contredire l'image des paillettes. Il fallait trouver une nudité poétique, au delà de la plastique.
Céline Milliat-Baumgartner : Oui, enfin, je fais quand même du sport et un régime !


Il y a dans votre spectacle une dimension historique, encyclopédico-poétique...

Céline Milliat-Baumgartner : C'est important pour tenir le spectacle dans la durée. Nous avons bâti un récit un peu vrai, un peu faux. Mae Dix est une histoire vraie, mais est-ce avec elle que tout a commencé, sans doute pas...
Cédric Orain : Il fallait qu'il y ait une petite fable quand même. Ce qui est séduisant dans l'histoire de Mae Dix, c'est le striptease comme accident. Quelque chose se fait dans la maladresse et cela autorise les maladresses et les imprévus. La fable de la fille qui se jette par accident dans le striptease autorise les développements...
Céline Milliat-Baumgartner : Le personnage de Miss Mae prend des cours de barre, apprend un vrai métier, ne veut pas « faire croire ». Le spectacle parle aussi de ça, de l'envie de se mettre à nu sur un plateau, avec maladresse, élan et passion.


Vous parlez beaucoup de peur et d'excitation.

Cécile Milliat-Baumgartner : Le rapport au public étant très frontal, cela provoque forcément des sentiments d'inconfort, d'attirance et de répulsion... Il y a toujours cette question de savoir comment garder le niveau d'attirance, comment maintenir le fil, l'aimant qui me relie au public. Il faut aller un peu vers lui mais pas trop, le provoquer, jouer avec lui, le faire tenir et évoluer... Cela entraîne une grande exigence : il faut garder de l'inventivité chaque soir. Au fond, le spectacle raconte essentiellement le rapport avec le spectateur. Il n'existe qu'avec le public. La peur est toujours là, mais c'est très excitant à travailler.
Cédric Orain : Le spectateur suit la danse mais il s'agit toujours d'essayer de trouver l'endroit où il peut être fasciné et l'interroger dans la seconde qui suit sur cette fascination. C'est à cet endroit là, pour moi, qu'on l'emmène bien dans l'espace théâtral. La question de cette fascination doit me tarauder : mon prochain projet est Le Chant des sirènes, adapté de Pascal Quignard !


Il y a aussi une dimension humoristique...

Céline Milliat-Baumgartner : Pour moi c'était très important. J'y tiens beaucoup et de plus en plus dans le jeu. C'est aussi et encore une fois une façon de trouver la bonne distance, d'accepter la maladresse.
Cédric Orain : Au début, j'étais catastrophé, parce que je me disais que tout le monde était en train de se moquer de Céline. Mais ça m'a fait du bien. J'ai du mal à trouver cette dimension dans l'écriture. Mes spectacles d'avant sont plus radicaux, plus noirs. Striptease m'a amené à travailler une forme plus légère et drôle.

Laure Dautzenberg

Réalisation +
Texte et mise en scène Cédric Orain
Création et jeu Céline Milliat-Baumgartner.
Lumière Jean-Claude Fonkenel
Scénographie Denis Arlot
Son Samuel Mazzotti

Production Compagnie La Traversée
Avec le soutien du Garage Théâtre de l'Oiseau-Mouche / Roubaix et de l'Arcal
Réalisation Théâtre de la Bastille
Production, diffusion Made In Productions

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