théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

ki1
musique

Le rock, cette vieille histoire toujours jeune, relève de la pulsion dionysiaque autant que d'une joyeuse révolte adolescente.

« Le rock’n’roll est tellement génial, des gens devraient se mettre à mourir pour lui. » Cette remarque de Lou Reed tirée du livre d’entretiens, Please Kill Me, de Legs McNeil et Gillian McCain donne la mesure de ce qui est en jeu dans ce spectacle de Mathieu Bauer sur les traces d’Iggy Pop, Jim Morrison, Richard Hell, Lou Reed, Tom Verlaine, Dee Dee et Joey Ramone, Sid Vicious, Sable Star ou Billy Murcia. Le rock relève de la pulsion dionysiaque autant que d’une joyeuse révolte adolescente. Nourri d’une multiplicité d’anecdotes souvent drôles, parfois inquiétantes, tirées du livre de McNeil et McCain, ce spectacle plonge dans le New York du CBGB’s et du Max’s Kansas City Club, dévoilant les affres du rock et du punk à travers l’intimité affolante de ses protagonistes dont la vie débridée mêle musique, sexe, humour et drogues à gogo. H.L.T.

fermer Please Kill Me
Article

Please Kill Me [intégral]

« Hé, pourquoi on monterait pas un groupe ? » L’homme qui pose cette question vit dans un mobil home non loin d’Ann Arbor, la banlieue de Detroit. Il a un peu roulé sa bosse dans les clubs de Chicago fasciné par les bluesmen et les musiciens de rythm’n’blues. Il joue de la batterie, mais c’est comme chanteur qu’il finira par percer sous le nom d’Iggy Pop. Assez vite il a compris qu’essayer d’imiter Muddy Waters, Sonny Boy Williamson ou Howlin' Wolf serait une perte de temps. Il doit inventer sa propre musique ; d’où cette idée de groupe qu’il propose à ses potes Ron et Scott Asheton avec qui il formera les Stooges. Un soir, il assiste pour la première fois à un concert des Doors. Tandis que le public réclame inlassablement que le groupe joue Light My Fire, Jim Morrison ironise et fait de la provocation en chantant volontairement d’une voix de fausset. « Il a chanté comme Betty Boop et refusé de prendre sa voix normale, raconte Iggy Pop. Tout le concert s’est déroulé comme ça. J’étais complètement enthousiasmé. J’adorais l’attitude négative. J’adorais qu’il les emmerde (…) C’est là que je me suis dit, si ce type peut y arriver, je peux y arriver. » Le livre Please Kill Me de Legs McNeil et Gillian McCain regorge de ce genre d’anecdotes croustillantes sur les coulisses d’un certain rock américain. Au détour d’une page, on croise aussi bien Lou Reed, Johnny Thunders, Wayne Kramer, Tom Verlaine que Richard Hell ou les Ramones. Le plus souvent dans des états limites, il faut bien le dire. Car pour la plupart, ces jeunes gens ne carburent pas seulement au Coca-Cola. Mais ce qui frappe vraiment chez les uns et les autres de ces héros plus ou moins célèbres du rock’n’roll ou du punk – et à l’époque beaucoup étaient encore loin d’être célèbre ! – c’est leur liberté et leur créativité.

« Ce qui me plait profondément chez tous ces personnages hauts en couleurs souvent proches de la scène punk, c’est qu’ils sont dans l’affirmation. Même le No Future est à sa façon une affirmation. C’est la volonté de prendre possession du présent, ici et maintenant, tout de suite. C’est l’affirmation d’une certaine urgence. Qui pour le coup s’entend dans la musique », analyse Mathieu Bauer qui met en scène et en musique ce nouveau spectacle directement inspiré par le livre de Legs McNeil et Gillian McCain. Il y a peu encore Mathieu Bauer était immergé dans Wagner avec Tristan &, une création très personnelle à partir de l’opéra Tristan et Yseult. De Wagner au punk, on ne se risquera pas à dire qu’il n’y a qu’un pas. Pour autant, enchaîner de Tristan & à Please Kill Me est loin de lui faire peur. « Au contraire, s’amuse-t-il, on interprétait même une chanson de Richard Hell dans notre précédent spectacle. » Il faut dire que Mathieu Bauer joue lui-même de la batterie et qu’il a un temps hésité entre la musique et le théâtre pour finalement choisir les deux à la fois.

Le théâtre, il est tombé dedans quand il était petit. Il n’a jamais oublié par exemple, la façon dont en 1979 André Engel avait mis en scène des textes de Franz Kafka, non pas dans un théâtre mais dans un hôtel. Cela s’appelait d’ailleurs Hôtel moderne. « C’était extraordinaire parce que ça commençait dans le bar où était jouée la première partie, puis on montait dans les chambres pour assister à la suite du spectacle. À l’époque je m’étais dit : si le théâtre ça peut être comme ça, alors c’est génial. » Oui, et pourtant, c’est quand même la musique qui semble un temps l’emporter. D’autant que très tôt Mathieu Bauer fait connaissance de son alter ego, le guitariste Sylvain Cartigny. À 16 ans, ils partagent le même appartement. Ils suivent ensemble les cours du Lycée autogéré de Paris ; une école à part qui entend responsabiliser les élèves en leur laissant la bride sur le cou. À eux de gérer tous seuls leurs emplois du temps. « Je me souviens que j’adorais Zappa, Beefheart, Mingus, les Stones tandis que Sylvain était plutôt Beatles ou Kinks… Mais ce qui nous réunissait, c’étaient les Clash et les Talking Heads. Televison aussi le groupe de Tom Verlaine a beaucoup compté. » Non loin de leur appartement, ils ont découvert un hangar. Le lieu idéal pour répéter… Et pour présenter des spectacles. Ils ont déjà monté plusieurs groupes de rock et choisissent comme nom pour leur compagnie le titre d’une chanson de Bobby Lapointe, Sentimental Bourreau. Mathieu Bauer a 19 ans quand ils créent leur premier spectacle. Depuis, Sentimental Bourreau a fait son trou dans le paysage du théâtre français – sans oublier quelques incursions à l’Est, en Allemagne notamment. D’une création à l’autre, la compagnie explore différentes formules autour d’un noyau dur d’irréductibles, le trio Mathieu Bauer, Judith Henry et Sylvain Cartigny.

Aussi monter Please Kill Me, un spectacle qui fait directement référence au rock et au punk, est presque comme un retour aux sources pour cette compagnie chevronnée dont les membres atteignent à peine la quarantaine. « Forcément, il y a un gros boulot sur le matériau musical dans ce spectacle, remarque Mathieu Bauer. On part de chansons : Iggy Pop, Richard Hell, Television, les Ramones, les New York Dolls, Johnny Thunders… Mais il est évident que ce n’est pas à 40 ans que je vais devenir un batteur de punk ! Tout ça est retravaillé, c’est en grande partie l’½uvre de Sylvain Cartigny. Ce livre est formidable parce qu’il montre comment l’envers du décor constitue en fait un élément essentiel de l’ensemble. Les frasques et les excès en tous genres font partie d’un certain style de vie qui va avec cette musique. C’est une vie survoltée avec tous les ingrédients, le sexe, la drogue… Et le côté trash, destroy ne doit pas cacher la dimension, en vérité souvent hilarante, de tout ça. Pour une bonne part, ces anecdotes sont à mourir de rire. Ce qui n’empêche pas que beaucoup d’entre eux ont flirté avec la mort et que certains y ont même laissé leur peau. » La matière du spectacle est constituée par les histoires recueillies dans le livre de Legs McNeil et Gillian McCain pendant trois ans auprès des survivants de cette scène des années 1970 dont l’influence se fait toujours sentir aujourd’hui. Un ouvrage copieux, basé sur une multiplicité de témoignages qui se recoupent et qu’il n’est évidemment pas question de présenter dans son intégralité. D’où l’obligation pour le metteur en scène d’effectuer une sélection drastique. « Iggy Pop est une figure centrale du spectacle ; en poussant un peu, je dirais presque qu’il est à la danse contemporaine ce que Michael Jackson est au hip hop. Ses concerts avec les Stooges étaient proches de la performance au sens art plastique du terme. Proche du body art. Iggy Pop était quelqu’un qui se mettait en péril. Il aurait pu y passer d’ailleurs. Curieusement, il faut savoir que les Stooges n’ont jamais eu de succès commercial avant leur séparation. Le spectacle est construit un peu autour de la figure d’Iggy Pop ; après c’est comme si l’on tirait un fil, les histoires s’imbriquent les unes dans les autres. C’est le tableau fascinant d’une folie en partie délibérée. Une vie déjantée où on s’enfuit des hôtels à toutes jambes pour ne pas payer la note ; où Iggy Pop se fait coffrer par la police parce qu’il se ballade en robe, complètement défoncé, une bouteille de vin blanc à la main sur Santa Monica Boulevard ; où les New Yorks Dolls pillent la penderie de leur voisine de palier qui vient de mourir et débarquent sur scène habillés en femmes ; où Johnny Thunders, lors d’une tournée anglaise avec les Clash et les Sex Pistols, en a tellement marre de se faire cracher dessus par des mecs dans le public qu’il finit par en frapper un à coup de guitare, et le type lui demande alors de soigner sa plaie… Il y a là-dedans un mélange de frénésie et de dérision, mais aussi un besoin de vivre différemment, d’inventer, de créer, d’aller au bout de soi-même, où se mêlent courage et inconscience. Des ingrédients qui donnent à ces histoires une dimension épique et en même temps dérisoire, au fond, assez touchante. »

Hugues Le Tanneur

Réalisation +
D'après Legs Mc Neil et Gillian McCain
Adaptation, conception et mise en scène Mathieu Bauer
Composition et adaptation musicale Sylvain Cartigny
Avec Kate Strong, Matthias Girbig, Sylvain Cartigny, Mathieu Bauer, Lazare Boghossian
Vidéo Stéphane Lavoix
Lumière Jean-Marc Skatchko

Production Sentimental Bourreau
Coproduction Les Nouvelles Subsistances / Lyon
Réalisation Théâtre de la Bastille
Sentimental Bourreau est soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Ile-de-France et la Région Ile-de-France
Administration Sentimental Bourreau / Ana da Silva Marillier

REVUE DE PRESSE

      • 23 mars 2011

        Théâtre, Please kill me au Théâtre de la Bastille /

      • 23 mars 2011

        Please kill me... /

      • 23 mars 2011

        Anarchy in the Bastille /

      • 23 mars 2011

        Un soir, à New York, au CBGB's, une vision punk /

      • 23 mars 2011

        Please kill me, livre culte et craquant spectacle live /

      • 3 mars 2011

        Contrairement aux idées reçues /

      • 23 mars 2011

        Please kill me, d'après Legs McNeil et Gillian McCain /

      • 23 mars 2011

        Please kill me au Théâtre de la Bastille. /