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Théâtre de la Bastille

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Hors-Série / Un si funeste désir


02 > 11 FEV
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Aux enfers, Enée s'interroge devant le si funeste désir de ces âmes purifiées qui remontent à la lumière terrestre vers un nouveau corps, donc vers une nouvelle mort.

Se peut-il qu’il y ait chez ces malheureuses un si funeste désir de lumière ?
L’Enéïde - Virgile

Aux enfers, Enée s’interroge devant le si funeste désir de ces âmes purifiées qui remontent à la lumière terrestre vers un nouveau corps, donc vers une nouvelle mort. Sa question m’a un peu travaillé, surtout la nuit. Alors j’ai voulu en faire un spectacle.
J’ai regroupé deux textes - Les Charmilles, puis Le Mort, pour finir si j’ose dire – pour aller chercher chez le spectateur, à travers ces deux histoires, un funeste désir de lumière qui l’habite peut-être. Pour que peut-être, par miracle, il se retrouve au théâtre comme Enée aux enfers : bouleversé par des âmes qui plongent amoureusement vers la mort. Cédric Orain

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Hors-Série / Un si funeste désir [intégral]

Interview de Cédric Orain pour son spectacle Un si funeste désir.

J’ai pour habitude de demander aux artistes qui sont présentés pour la première fois au Théâtre de la Bastille de me dire comment ils ont commençé leur carrière artistique et c’est donc ma première question

Cédric Orain :J’ai commencé le théâtre alors que j’étais en école d’ingénieur en mathématiques appliquées à Grenoble. Je n’étais pas très heureux et ça faisait un moment que le théâtre me travaillait. Je suis entré au conservatoire de Grenoble et j’ai suivi une formation d’acteur pendant un an avant de revenir à Paris.

Mon premier spectacle est un montage de textes d’Artaud avec deux comédiennes. Le titre, Ne vous laissez jamais mettre au cercueil est une phrase d'Artaud. Elle exprime une révolte contre l’enfermement, tous les enfermements possibles : dans la langue, dans les codes sociaux, dans les disciplines artistiques. Ma nécessité de faire du théâtre part de là. Pour moi le théâtre est une lutte poétique contre tous les enfermements.


Comment est né ce projet Un si funeste désir que vous présentez au Théâtre de la Bastille ?
Concernant Un si funeste désir, j'ai une petite histoire à raconter qui est à la source de ce projet. Mon père a eu un cancer du côlon. Je suis allé le voir à l'hôpital après son opération. A son réveil, il m'a raconté les détails techniques de cette opération. Ca ne m'a pas posé de problème, même si c'était un peu bizarre.

Un mois plus tard, alors qu'il était rentré chez lui depuis quelques jours, je suis allé déjeuner un dimanche midi chez mes parents. Je me suis retrouvé dans la cuisine avec ma mère qui sortait un rôti de boeuf du four. Et là, elle s'est mise à me raconter l'opération de mon père, comme l'avait fait mon père dans sa chambre d'hôpital. Le scalpel, la section et les coutures alors qu'elle découpait la viande et que le sang du rôti coulait sur la planche en bois de la cuisine. J'étais au bord du malaise.
Le même récit dans des contextes différents n'a pas produit en moi les mêmes effets. Ce qui m'a frappé dans cette expérience, c'est que la poésie, quand elle est violente, nous secoue parfois davantage que la vie réelle. Peut-être parce que nous baissons la garde et qu'elle se glisse alors dans des zones cachées de nous-même. C'est pour ça que je monte Un si funeste désir.

Un spectacle qui rassemble deux auteurs ?
Oui, c’est un montage de textes extraits du livre Les Charmilles de Jean-Michel Rabeux et du texte Le Mort de Georges Bataille. Le texte de Bataille emmène le corps dans des endroits très violents et en même temps c’est sublime. Il cherche le divin dans l’interdit. Ce sont des phrases courtes et chaque mot est terrible.
Dans le texte de Rabeux, le corps est présenté dans ce qu'il a de vulnérable, chacun de ses battements le rapproche de sa mort. C’est une écriture amoureuse du corps meurtri.

Comment se présente le spectacle ?
C’est un spectacle en deux parties. Il y aura peut-être un interméde mis en scène avec le public et jouant avec le thème de la mort, qui fait le lien entre les deux textes. Dans la première partie, une actrice est muette puis, dans la deuxième, elle incarne Marie l’héroïne du récit. Chacune des parties travaille sur sa nudité. A travers ces deux nudités, je veux mettre en miroir la poésie des deux textes, et faire entendre comment chacune enrichit l'autre.

Le théâtre, c’est un peu un cauchemar ou un rêve éveillé ?
C’est le lieu de la nuit. Dans le théâtre il fait noir. Il n’y a pas de bruit. Comme dans le texte de Bataille, l’entrée dans la nuit permet de mieux percevoir. Les sens sont éveillés, en alerte. Je prends ça comme un soulagement, c’est le principe du théâtre, la catharsis d’Aristote. C’est encore un lieu où les corps des spectateurs et des acteurs peuvent se rencontrer dans la nuit. Et si je fais des choses violentes ce n’est pas pour violenter le spectateur. Mais pour partager avec le spectateur de la manière la plus douce possible, ce qui nous violente.

Aude Lavigne

Réalisation +
D’après les Charmilles de Jean-Michel Rabeux et le Mort de Georges Bataille.

Adaptation et mise en scène Cédric Orain

Avec Benoît Fogel, Courtney Kraus, Eline Holbø - Wendelbo, Raouf Raïs, Eram Sobhani

Lumière Julien Kosellek et Cédric Orain
Son Samuel Mazzotti

Production déléguée La Traversée
Coproduction en cours

Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France, Ministère de la Culture et de la Communication et d’Arcal, Cie de théâtre lyrique et musical

Réalisation Théâtre de la Bastille