Dale Recuerdos

Dale Recuerdos (Je pense à vous)

27 > 30 AVRIL

Didier Ruiz travaillera avec des hommes et des femmes de plus de 70 ans qui ne sont pas comédiens.

théâtre

DALE RECUERDOS est un spectacle sur la mémoire, celle de personnes âgées qui, le temps d’un spectacle, viennent sur scène exhumer quelques souvenirs, des fragments de vie, des comptines et des chansons, des amours, des sensations, des événements. Souvent revient aussi la grande Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale ou de la guerre d’Algérie, et il peut arriver alors que l’une fasse écho à l’autre. Depuis plus de dix ans, Didier Ruiz arpente ainsi les scènes avec le même dispositif : proposer à des personnes de plus de soixante-dix ans recrutées par petites annonces ou dans les clubs du troisième âge, de « faire remonter à la surface des bribes, des bouts comme les tapisseries anciennes qu’on retrouve en décollant les suivantes dans une maison en travaux ». Il leur donne ainsi un espace pour partager une émotion, une histoire, une vie, autrement dit la condition humaine. On peut appeler cela du « théâtre documentaire », c’est surtout une pièce où le vivant palpite et s’offre, à nu, dépouillé et vibrant.

L.D.

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Entretien avec Didier Ruiz

Dale Recuerdos (Je pense à vous)

conception et mise en forme Didier Ruiz

Didier Ruiz a créé son premier Dale Recuerdos en 1999. Depuis, d'autres ont suivi, en France et au-delà (en Russie, en Guinée, au Canada…), identiques et différents, puisque réinventés à chaque étape, dans chaque lieu.



Laure Dautzenberg : La première fois que vous avez mis en œuvre Dale Recuerdos, c'était en 1999. Comment est né ce projet ?

Didier Ruiz : J'avais été invité à Béziers par un théâtre qui m'avait donné une carte blanche d'un mois, au terme de laquelle je devais faire une présentation publique. Je sortais alors d'une longue expérience à Théâtre Ouvert où j'avais mis en scène Noëlle Renaude, Serge Valletti, Jean-Luc Lagarce, plein d'auteurs formidables mais je m'interrogeais sur ce théâtre qui ne parvenait plus à faire venir des spectateurs. J'ai donc eu envie d'une autre expérience, de rendre de nouveau la parole magique et sacrée sur un plateau et pour cela, j'ai eu envie de travailler avec des non-comédiens. Pour qu'ils soient absolument innocents, j'ai choisi des vieux : ils ont tout vu, tout vécu, et ils se moquent de tout parce qu'ils savent que la mort est proche. Sur scène, quelque chose s’est passé de ce sacré dont j'avais rêvé. Ils sont dans une telle simplicité. Avec eux, on assiste à la naissance de la parole. Ils deviennent des héros grâce à leur sérénité absolue et la distance avec laquelle ils racontent les choses. Et puis ils sont impertinents, pas par méconnaissance, comme peut l'être la jeunesse, mais au contraire par connaissance !



Laure Dautzenberg : Cette expérience dure finalement depuis quinze ans…

Didier Ruiz : Oui, c'est parti comme ça et ensuite on m'a demandé de le refaire aux Rencontres urbaines à la Villette. Là, beaucoup de gens l'ont vu et c'était parti. À un moment, j'ai eu l'impression que cela m'échappait et j'ai voulu arrêter. Et puis au contraire, je me suis dit que puisque ça m'échappait, je voulais poursuivre, un peu comme dans les films d'horreur, où ce dont on veut se débarrasser revient toujours ! Maintenant, je vieillis avec. Il faut se souvenir que nous devenons tous vieux, un jour.



Laure Dautzenberg : Avec le temps, les souvenirs que les gens vous racontent changent puisque ceux qui ont plus de 70 ans aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'il y a treize ans…

Didier Ruiz : Bien sûr. Les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, extrêmement présents jusque là, s'estompent. Récemment, à Nozay, près de Nantes, ce sont quelques souvenirs de la guerre d'Algérie qui ont surgi, essentiellement venus de femmes qui parlaient de leurs frères. De manière générale, il y a toujours, d'une manière ou d'une autre, une articulation entre la petite et la grande histoire, le plus fort étant à Paris, parce qu'à Paris, l'Histoire est à la porte. Mais mes questions évoluent aussi. Au début, par exemple, j'étais très intéressé par les jouets, je leur demandais des choses là-dessus, maintenant ça ne m'intéresse plus du tout.



Laure Dautzenberg : Est-ce que vous vous reconnaissez dans le terme de « théâtre documentaire » ?

Didier Ruiz : Oui, ça me va. Je trouve ce terme assez juste. Le documentaire porte la dimension de la trace, de la réalité, mais c'est parce que c'est du théâtre qu'il peut y avoir de l'émotion, de la fiction, de la transcendance. Ici, au fond, on se paie l'immense luxe qu'il n'y ait rien, juste le souffle de la vie. Et apparaît toujours cette chose qui nous lie et que nous renvoie le théâtre : « Et moi, qu'est-ce qu’il me restera? »

Réalisation +

Mise en œuvre du projet Didier Ruiz. Assistant Mina de Suremain. Lumière Maurice Fouilhé.

La compagnie des Hommes est soutenue par la Région Ile-de-France au titre de la permanence artistique et culturelle. Réalisation Théâtre de la Bastille.