M!M & SOLO WITH R

17 > 21 NOV

M!M Spectacle de Laurent Chétouane Avec Matthieu Burner, Mikael Marklund

SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S) Une création de Roberta Mosca & Laurent Chétouane Avec Roberta Mosca

danse

Titre intégral : M!M et SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S)

Artiste français, Laurent Chétouane mène en Allemagne une brillante carrière de metteur en scène de théâtre et de chorégraphe. Au Théâtre de la Bastille, il propose un double programme, M!M et SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S), pièces aux titres qui font figure de manifeste en reprenant les initiales des prénoms des interprètes, Matthieu Burner et Mikael Marklund pour le duo, et Roberta Mosca pour le solo. La force émotionnelle des interprètes constitue en effet le cœur battant d’une danse toute entière tournée vers l’autre. L’immense talent du chorégraphe consiste à rendre visible une attention éthique : « s’ouvrir à la venue de ce qui vient ». Nourris de cette réflexion autour de l’amitié de Jacques Derrida, les gestes élargissent concrètement, physiquement, un espace qui offre alors toute son ambition éthique.
Aude Lavigne

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    Article

    Entretien avec Laurent Chétouane

    Propos recueillis par Aude Lavigne

    Laurent Chétouane,  vous êtes un chorégraphe sans formation de danseur, sans pratique originelle de la danse, comment avez-vous découvert et commencé à faire des spectacles de danse ?

    Laurent Chétouane : Il y a un texte de Heiner Müller, Paysage sous surveillance, qui incarne pour moi les problèmes essentiels posés par le théâtre et au théâtre lui-même. J'ai longtemps essayé de travailler ce texte avec des acteurs mais ils ne comprenaient pas l'intérêt scénique. C'est en voyant le danseur Frank Willens, dans un spectacle de la chorégraphe Meg Stuart, que j'ai compris que la danse, ou/et le danseur pouvaient rencontrer ce texte. Il ne s'agissait à l'origine que de faire un projet danse avec ce texte spécifique. Mais voilà, depuis je n'ai pas arrêté de travailler avec des danseurs. Et Je danse également maintenant.


    Votre travail s’appuie sur une recherche très personnelle. Pouvez-vous nous éclairer sur cette recherche ? Et sur vos attentes ?

    En quelques mots, je dirais que j'essaie de déplacer la question du chorégraphique du corps vers l'espace. Non pas écrire des mouvements du corps mais mettre en relation le corps à l'espace extérieur compris comme un volume concret, vivant, plein, dans lequel beaucoup de choses se passent à l'extérieur de nous. Le corps du danseur n'est pas, pour moi, un espace clos avec une intériorité émotionnelle qui le fait se mouvoir, l'émotion vient du dehors, de l'autre, de l'espace. Cela remet en cause beaucoup de paradigmes de la danse. Le mouvement n'étant plus l'objet regardé en premier lieu mais une conséquence d'une rencontre, d'une avancée vers un espace, d'un appel, d'une aspiration, d'un désir d'extériorité. Ces mots peuvent être d'ailleurs entendus dans leur sens topologique mais également plus philosophique, voire utopique.


    Cette recherche nécessite-t-elle de la part des danseurs un état mental spécifique ? Pouvez-vous nous apporter des précisions ?

    La difficulté pour le danseur est de "lâcher" la hiérarchie qui existe entre la direction dans laquelle il rencontre les spectateurs et les directions où ils ne sont pas. L'espace est valable, existe dans toutes les directions. Or en danse (mais au théâtre ou à l'opéra également) le spectacle est toujours pour un public qui regarde ce qu'on lui montre. Ici le spectateur voit un danseur en relation à l'espace complet, avec des spectateurs potentiels dans toutes les directions. C'est très difficile car toutes nos habitudes scéniques se retrouvent mises en cause. De plus, penser à partir de l'extérieur avant d'écouter sa possible intériorité demande beaucoup de modestie. Il y a d'abord l'autre puis moi ensuite. C'est contraire à notre époque actuelle qui repose sur l'accentuation de l'ego et de l'autonomie. Ici les danseurs ne peuvent rien produire seuls. La chorégraphie existe dans l'espace entre eux, pas en eux.


    Les corps que vous nous montrez semblent évoluer entre le pas et la course, la précision et la décontraction, comment obtenez-vous cette qualité de présence ?  

    Cela nécessite beaucoup de relaxation et un recentrage du corps au niveau du bas du ventre - lieu où vont se croiser les bras et les jambes. Le centre de gravité est vécu comme centre du mouvement. Il y a donc un long travail préparatoire pour apprendre à coordonner son corps à partir d'une autre logique. Les danseurs doivent apprendre à reconsidérer le lieu à partir duquel ils tiennent l'équilibre. C'est assez déroutant. Mais quand ils l'ont assimilé, les corps acquièrent une légèreté incroyable, comme si le danseur se portait lui-même, ou était bougé par un vent extérieur. Le moindre mouvement est très précis. Même une marche plus quotidienne demande un effort pour garder ce nouvel équilibre. Elle est donc revécue comme quelque chose de particulier, de fragile, de chorégraphié.


    M!M est un duo masculin, quelle est la genèse de cette pièce ? Comment est-elle construite ?

    Je voulais faire un duo entre deux hommes, Mikael Marklund et Matthieu Burner. Dans la même période, l'Institut français de Berlin me demanda si je voulais faire une pièce pour les festivités des cinquante ans de l'amitié franco-allemande. L'amitié est donc devenu un sujet de réflexion. J’ai relu le livre de Jacques Derrida, Politiques de l'amitié que j'avais ouvert il y a plusieurs années. J'aime beaucoup comment Derrida essaie de penser l'ami et l'ennemi ensemble, comme un duo instable, improbable. L'ami est peut-être l'ennemi raté ? En tout cas, cela permet de dépasser les pensées plus dialectiques, séparatrices, conflictuelles avec deux côtés bien déterminés. Je m'intéresse beaucoup à cette question d'un théâtre sans conflit, ce qui ne veut pas dire un théâtre naïf, gentil, mais plutôt qui essaye de sortir du conflit pour présenter autre chose. La pièce M!M repose sur ces questions. La première partie est une vision utopique de l'amitié, naïve, rêveuse, mais très instable. La deuxième partie fait place au conflit inévitable qui est le produit même de cette vision utopique, et la troisième partie est une vision dans laquelle conflit et utopie coexistent sans proposer un troisième modèle selon un schéma dialectique. Ces parties correspondent aux trois mouvements du Concerto pour violon de Beethoven.


    Vous présentez également au Théâtre de la Bastille votre dernière création, un solo titré PERSPECTIVE(S) / SOLO WITH R, qui reprend lui aussi l’initiale du prénom de l’interprète. Dans quel contexte ce travail est-il né ?  

    La danseuse Roberta Mosca a vu une représentation de ma pièce Sacré Sacre du Printemps et nous avons eu un échange autour de la question de l'espace, de la relation des danseurs entre eux, au public... C'était pour moi très vite évident qu'il fallait que nous nous rencontrions pour danser ensemble. Et puis elle a une passion pour les "lignes" dans l'espace. Moi aussi. 


    La musique est un partenaire important dans vos pièces, quel est son rôle ?

    Je considère que la musique et la danse doivent coexister dans l'espace. Mais il ne s'agit pas d'une séparation que l'on pourrait avoir comme chez Cage et Cunningham. Non. La musique et la danse se rencontrent, s'accompagnent, s'entretiennent, puis se séparent avant de se retrouver à un autre moment. La musique crée des espaces, la danse également et des espaces communs sont créés. C'est très délicat à réaliser pour les danseurs et les musiciens quand ils jouent "live", ce qui arrive dans certaines de mes pièces.

    Réalisation +

    M!M : Chorégraphie Laurent Chétouane Musiques Beethoven, Mozart Dramaturgie Leonie Otto Lumières Stefan Riccius Costumes Sophie Reble Assistante à la chorégraphie Leonie Rodrian Entraînement physique Patricia Brülhart Stagiaires Johannes Dahl, Kerstin Wagner

    SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S) : Création Laurent Chétouane et Roberta Mosca Lumières Stefan Riccius

    M!M : Production Laurent Chétouane dans le cadre du projet TRANSFABRIK Coproduction HAU Hebbel am Ufer (Berlin), Théâtre de Brême et Kampnagel (Hambourg).TRANSFABRIK, projet initié par l’Institut français en coopération avec le Goethe Institut et avec le soutien du Bureau du Fonds culturel de la capitale (Berlin), du Ministère des Affaires Étrangères, du Ministère de la Culture et de la Communication et de l’OFAJ (Office Franco-Allemand pour la Jeunesse) Il reçoit également le soutien de Total et de la SACD Ce projet est inscrit dans le cadre de l´Année franco-allemande - cinquantenaire du Traité de l’Élysée Avec le soutien de la Municipalité de Berlin, de la Chancellerie du Sénat-Affaires culturelles (Berlin)

    SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S): Production Laurent Chétouane SOLO WITH R/PERSPECTIVE(S) est une commande d’œuvre pour AURA de la Biennale de Venise 2014