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Théâtre de la Bastille

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L'artiste dessine son oeuvre pendant qu'il la fait

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris

La chorégraphe Maguy Marin et le musicien-compositeur Denis Mariotte font encore une fois cause commune pour cette nouvelle création qui, avec six danseurs, reprend le fil du travail amorcé dans les pièces antérieures. Si, depuis plus de trente ans de vie chorégraphique, Maguy Marin a accédé au statut de « classique », il n’y a rien de plus contemporain que ses créations qui, à chaque fois tentent d’empoigner le monde, de le relire à l’aune des corps, de l’Histoire, des images. Car, à chaque fois, il s’agit avant tout de s’aventurer vers l’inconnu. Citant le philosophe italien Luigi Pareyson, elle aime à déclarer : « il n’y a pas d’autre manière de trouver la forme, c’est-à-dire de savoir ce que l’on doit faire et comment on doit le faire, que celle de l’exécuter, de la produire, de la réaliser : l’artiste n’a pas imaginé son oeuvre de manière accomplie pour l’exécuter et la réaliser ensuite, car il la dessine justement pendant qu’il la fait».

L.D.

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nocturnes [intégral]

Le Théâtre de la Bastille accueille cette année nocturnes, la nouvelle création de la compagnie Maguy Marin, co-signée par la chorégraphe et son complice de plus de vingt ans, le compositeur et musicien Denis Mariotte. L’occasion de voir leur dernier opus alors que le Festival d’Automne à Paris propose « Maguy Marin un parcours », en programmant six pièces de son répertoire, un solo de Denis Mariotte et le film Maguy Marin : Retour sur « Umwelt ».


« Le Cinéma est-il un art ? "Qu'est-ce que ça peut vous faire" est ma réponse. Faites des films ou bien faites du jardinage. Ce sont des arts au même titre qu'un poème de Verlaine ou un tableau de Delacroix. Si vos films ou votre jardinage sont bons, c'est que vous pratiquez l'art du jardinage ou l'art du cinéma : vous êtes un artiste.(...) L'art n'est pas un métier, c'est la manière dont on exerce un métier. C'est aussi la manière dont on exerce n'importe quelle activité humaine. »
Ces paroles de Jean Renoir dans « Ma vie et mes films » vont comme un gant à Maguy Marin et Denis Mariotte qui, à un mois de la première, en répétition au Théâtre Garonne de Toulouse, préfèrent parler discours de la méthode plutôt que thèmes et figures majeures. D’abord parce qu’ils cherchent encore, ensuite parce qu’ils redoutent de voir leur travail enfermé dans le carcan du message. Alors s’ils mentionnent Frantz Fanon, psychiatre et militant né aux Antilles, ayant combattu aux côtés du FLN algérien, et décrypteur précoce des effets de la colonisation ou François-Xavier Verschaeve, économiste auteur du concept de Françafrique, ils préfèrent parler de leur travail propre : le ton, la forme, la matière, les rythmes.
« La question rythmique existe en danse, en musique, en peinture, c’est elle qui tient tout, qui relie. » affirme Maguy Marin. « Ce qu’on fait en commun poursuit Denis Mariotte, c’est une partition à partir du travail de la matière, c’est un artisanat au sens ou l’artisanat est aussi une pensée. Nous pensons, et nous fabriquons la matière.» « Oui, la matière est première, enchaîne Maguy Marin, et pour nous le matériau ce sont les gens, les danseurs, les interprètes. C’est du monde, comme on dirait « tout le monde » !»
Ainsi, pour cette pièce, ils ont fait appel à une distribution qui mêle trois compagnons de route de longue date, comme Ulises Alvarez, danseur de toutes les créations depuis 1986 et trois interprètes plus jeunes, tous passés par la formation du Centre national chorégraphique de Rillieux-la-Pape alors dirigé par la chorégraphe. Par la diversité de leurs origines (ils sont nés au Chili, en Grèce, en Italie, en France, en Tunisie,…), ils incarnent ce monde que Maguy Marin et Denis Mariotte ne cessent d’ausculter dans leurs spectacles. Car s’ils ne savent pas encore exactement ce que sera leur pièce, ils savent qu’elle sera traversée comme toujours par la question de l’un et du multiple, de ce qui relie, d’Histoire et de géographie et bien sûr d’états de corps.
Quel corps produit la société actuelle, quel corps façonne une idée du progrès qui engendre souvent le pire ?
Avec un dispositif léger, Maguy Marin et Denis Mariotte explorent ce à quoi les corps sont confrontés et ressentent dans le monde de 2012.
On peut être sûr qu’y transparaîtra aussi « la part d’existence que l’art nous renvoie ».

Laure Dautzenberg

Réalisation +
Conception et réalisation : Maguy Marin et Denis Mariotte
Avec : Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné
Koutsafti, Mayalen Otondo, Ennio Sammarco
Direction technique et
Lumières :
Alexandre Béneteaud
Eléments d'accessoires : Louise Gros
Réalisation des costumes : Nelly Geyres avec Raphaël Lo Bello Son : Antoine Garry
Régie plateau : Daniel Mariotte
Philippe Montémont
Stagiaire technique et lumières : Charly Aubry
Stagiaire accessoires : Louise Mariotte

Remerciements : Michel Gros,
David Mambouch, Laura Pignon

Coproduction : Festival d’Automne à Paris, Théâtre de la Bastille, Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape/Direction Yuval Pick, Le Parvis scène nationale – Tarbes Pyrénées, La 15e Biennale de la danse de Lyon, Théâtre Garonne – Toulouse, Compagnie Maguy Marin
En 2012 la Compagnie Maguy Marin est subventionnée par :
le Ministère de la Culture et de la Communication et la Ville de Toulouse