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Théâtre de la Bastille

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Les Estivants


30 OCT > 17 NOV
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De l'ironie, de la distance, du dépouillement et du plaisir de jouer

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris

Dans une datcha, des Russes aisés se retrouvent un été et discourent de l’amour, du couple, des enfants, de la mort, de la révolution, de l’art, etc. Écrite en 1904, à la veille de la révolution, et l’année de la mort de Tchekhov, Les Estivants prolonge le portrait de la classe moyenne aisée peinte par l’auteur de La Cerisaie. On y trouve les mêmes personnages oisifs, contrariés, se lamentant sur leur sort. Mais Gorki est plus politique, moins subtil. Et ce n’est pas pour déplaire aux tg STAN qui s’emparent du texte et lui insufflent leur rythme. Ils en font ainsi une pièce légère et festive de laquelle se dégage une certaine mélancolie devant le temps qui passe et l’engourdissement qui guette. Une pièce d’aujourd’hui, incarnée prodigieusement par des acteurs qui ont fait de l’ironie, de la distance, du dépouillement et du plaisir de jouer leur marque de fabrique.

L.D.

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Les Estivants [intégral]

Comme presque chaque année depuis maintenant plus de dix ans, la troupe flamande des tg STAN fait son escale parisienne au Théâtre de la Bastille dans le cadre du Festival d'Automne avec leur nouvelle création, Les Estivants de Maxime Gorki.
Comme chez Tchekhov pour lequel Gorki avait beaucoup d'admiration, des amis, tous membres de la bonne société, se retrouvent l'été dans une datcha. Ils ne font rien, sinon parler d'éducation, d'amour, de littérature… Ils se disputent aussi parfois, rêvent, profitent du beau temps. Mais nous sommes en 1904, Tchekhov vient de mourir, Gorki est communiste et la révolution approche. Ce qu'il montre, plus que son aîné, c'est la léthargie de ce monde qui ne sent pas venir sa fin. Même lorsque certains pratiquent des envolées idéalistes, cela sonne creux, cette petite assemblée vivote, ronchonne, se plaint, désespère gentiment, échange des humeurs et des opinions. Les acteurs, eux, bougent sans cesse, déplacent les objets, bourdonnent, s'agitent, changent de rôle (pratique habituelle dans la troupe, où un personnage dissimule toujours difficilement l'acteur et inversement) sur une scène qui évoque un voilier déglingué et échoué. C'est estival et festif. Puis le calme revient, une certaine apathie envahit le plateau. Voici venu le temps des déclarations d'amour qui tombent à plat. Dans cette pièce où les jours succèdent aux jours, Gorki n'a sans doute pas la subtilité de son maître Tchekhov mais qu'importe : les STAN parviennent à faire de cette faiblesse d'écriture une force de jeu. « Le fait que Gorki soit dépourvu de l'intelligence et de l'élégance de Tchekhov a l'avantage qu'il peut soudain faire dire des choses très rudes par ses personnages : « Je finirai par t'abattre, sale pute ! » Bing, brusquement une grosse claque en pleine figure. Cela le rend incroyablement spirituel » affirme ainsi Frank Vercruyssen.
Comme toujours, les STAN ne s'escriment pas à mimer ou reconstituer l'époque. Nous sommes ici et maintenant et les préoccupations de tous ces personnages ne nous semblent pas si lointaines ni étrangères. Que faire et par où commencer ? Et qui sont les estivants d'aujourd'hui ? Ne peut-on pas y voir la bourgeoisie occidentale repue ? Et d'où viendra donc l'issue, et le salut ? « Oui, nous nous sommes embourgeoisés, nous devenons mous. On porte toujours une part de responsabilité. Mais il faut d'abord mettre le doigt sur sa propre plaie. Je crois que c'est ce que nous faisons avec cette pièce » dit ainsi Damiaan De Schrijver.
L'avantage des STAN, c'est de pratiquer ces exercices de lucidité sans jamais perdre de vue le plaisir : celui, palpable, qu'ils prennent à jouer, celui, évident, qu'on a à les regarder. C'est le paradoxe toujours réussi de la troupe : affirmer un acte de foi dans le théâtre et dans l'humanité tout en mettant en scène et en travaillant ses limites. Mais comme le dit l'avocat Bassov dans la pièce, « la misanthropie est un luxe superflu ».

Réalisation +
De et avec : Hilde Wils, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo, Damiaan De Schrijver, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Minke Kruyver et Frank Vercruyssen

Lumière : Clive Mitchell
Costumes : An D’Huys


Coproduction : Théâtre National de Strasbourg, Théâtre de la Bastille et Festival d’Automne à Paris
Remerciements à : Dood Paard, Peter Gorissen, Jeroen Perceval,
Bob Snijers, Henk Van de Caveye et Gommer Van Rousselt
Avec le soutien des : autorités flamandes
tg STAN se compose de : Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo,
Mariet Eyckmans, Damiaan De Schrijver, Kathleen Treier, Renild Van Bavel, Frank Vercruyssen, Thomas Walgrave et Tim Wouters