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Théâtre de la Bastille

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Propos dansé sur Le visible est le caché de Jean-Christophe Bailly

Après L'Oral et Hardi en 2009, Jacques Bonnaffé ouvre de nouveau la saison au Théâtre de la Bastille avec sa poésie et son audace. Pour Nature aime à se cacher, adaptation d'un texte de Jean-Christophe Bailly, essai mi-philosophique mi-poétique sur l'animalité, il fait appel à un danseur, Jonas Chéreau. Logique si l'on songe que l'acteur parle volontiers de «  danser les textes  ». Ils partagent ainsi sur scène la question du caché et du montré, qui relève autant de l'art de l'acteur que de celui de l'animal. Ce qui compte ici n'est pas la quête de la similitude mais au contraire l'ouverture au «  tout autre  » : comment cesser de se l'approprier, de le coloniser. En faisant le singe qui singe, peut-être. Car chez Jacques Bonnaffé, le burlesque est toujours là en embuscade, pour mieux toucher à l’épaisseur du réel et dégager le ciel.

Laure Dautzenberg

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Nature aime à se cacher [intégral]


d'après Le visible est le caché, de Jean-Christophe Bailly (le Promeneur, édition de la Maison de la Chasse & de la Nature)
mise en scène Jacques Bonnaffé
interprétation Jacques Bonnaffé, Jonas Chéreau


Jacques Bonnaffé aime les textes qui ont du corps, les échappées belles, les poètes qui font danser les mots, les «  voix d'instincts  ». Avant d'entrer pour deux ou trois ans en rousseauisme, il a choisi d'adapter deux courts textes de Jean-Christophe Bailly qui, accompagnés de peintures de Gilles Aillaud, parlent de l'animalité : «  pas une "altérité" présentée sans fin et sans finesse aux hommes / comme un miroir déformant / mais une différence / un départ  ». Une vieille histoire pour Bonnaffé qui a appelé sa compagnie «  faisan  » autant en hommage au volatile qu'à l'escroc qu'il désigne en argot. Il a invité le jeune danseur Jonas Chéreau à le rejoindre pour un duo encagé qui fait la part belle à l'étranger que chacun porte en lui et qui médite sur le naturel... « C'est un jeu d'enfants qui aiment à se singer. Jouant avec le petit bouquin, quand l'un lit, l'autre singe. Juste cela tour à tour, un savant échange...  »
Rencontre autour de quelques mots avec un comédien adepte du Verbe pour qui la création se joue d'abord au ras du sol et campe dans les sous-bois, les fourrés et les taillis plutôt que dans les grands arbres élagués…

Jean-Christophe Bailly
C'est quelqu'un qui remue très fort ses sensations, ses perceptions. C'est une très belle philosophie, elle dégage le ciel. On croit toujours que c'est compliqué mais il quand il cite un aphorisme comme celui d'Héraclite, « Nature aime à se cacher », on comprend, on s'étonne. Moi ensuite je suis une vague, une onde porteuse.
Le visible est le caché est issu d'un long travail d'observation, d'une contemplation physique, pas évanescente. Il pose la question du territoire : sait-on où l'on habite vraiment aujourd'hui ?
À un moment, faire mon travail d'acteur, c'est faire entendre ce texte. Il y a une nécessité aujourd'hui d'entendre parler les livres. Quand une phrase est absolument géniale, quand c'est Shakespeare ou Hugo, cela crée du dérangement dans la foule, le début d'un autre usage des sons et des mots.

Animal
Aujourd'hui on constitue une humanité qui a de plus en plus de mal à toucher au réel de la nature des choses. Il y a comme un démantèlement du monde. L'époque est au subterfuge. Avec l'animal, il y a du manger cru !
C'est important de se mettre à côté d'eux, et de quitter un peu nos habitudes de chasseurs-reporters, d'écologistes-observateurs. On est juste là, on vit un peu dans leurs voyages. La question c'est comment cesser de se les approprier, de les coloniser ; dire qu'ils ne sont pas des marionnettes de l'homme. On parle de présence.
Ensuite, se cacher dans le visible... Pour nous qu'est-ce que ça veut dire ? Se montrer sur scène pour dire que je m'y cache, c’est bizarre, désespéré, et donc burlesque. Il y a une proximité avec Kafka dans cette histoire.

La danse
Il est évident qu'il pouvait y avoir un dialogue. Je ne suis pas un instructeur, et un danseur peut avoir une pensée autonome, faire son enquête de son côté. Jonas l'a emporté avec ses grands bras qui iraient vers les grands arbres ! Et puis il n'a pas peur, il me dit « Tu peux passer à travers moi. »
Il ne s'agit pas de faire des exercices gymniques. Ce que le texte prend en charge, nous n'avons pas à le répéter. On ne fait pas Le Roi lion ! Le pléonasme n'est pas notre affaire et c'est exactement comme cela que j'entends la danse : ce qui n'est pas un pléonasme et qui vit pourtant. Un mouvement imperceptible.

Laure Dautzenberg

Réalisation +
Propos dansé par Jacques Bonnaffé avec Jonas Chéreau
sur Le visible est le caché de Jean-Christophe Bailly

Production déléguée Maison de la Culture d'Amiens
Coproduction Compagnie Faisan. Réalisation Théâtre de la Bastille
Créé en 2011 dans le cadre de Sujets à vif coproduction SACD / Festival d'Avignon
Ce spectacle a été répété au Théâtre de la Bastille et a bénéficié de son soutien technique

REVUE DE PRESSE

      • 13 sept. 2011

        Jacques Bonnaffé et Jonas Chéreau font bonne ménagerie /