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Théâtre de la Bastille

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Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée…


12 > 30 JUIN
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Notre mission sur terre est de transformer le monde en un immense bordel...

Je me donne volontairement la mort et ça me fait bien rigoler écrit Pierre Molinier avant son suicide, en 1976.
Pierre Molinier est un sorcier, un chaman comme il aimait à se définir lui même. Pierre Molinier en escarpins, armé de godemichés, jambes gainées bas coutures, voilette, masque ; combattant nocturne et acharné, se photographiant vainqueur, plus tout à fait homme, pas tout à fait femme, victorieux androgyne, créature de ses propres fantasmes, créature engendrant d'autres créatures inquiétantes et inconnues – monstres aux jambes multiples livrant eux-mêmes des combats archaïques avec leur propre chair, leurs propres membres,photographiées, découpées, réorganisées, recomposées et devenues vivantes
finalement, extirpées du chaos. Pierre Molinier est un fétichiste, bien sûr, si l'on considère que la définition de fétiche au XVe siècle est : « Ce qui a vocation à rendre compte des mystères de cultes impénétrables » et que son origine portugaise, feitiço, signifie : « charme magique ». Pierre Molinier est provocateur, obsessionnel, sulfureux, colérique, subversif, déterminé et insoumis…

Bruno Geslin

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Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée… [intégral]

En 2004, Bruno Geslin créait au Théâtre de la Bastille Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée... Le spectacle était emballant, à la fois ludique et profond, déstabilisant et audacieux, modeste et ambitieux, drôle et émouvant, suivant en cela la figure dont il s'inspirait : le photographe Pierre Molinier, artiste insaisissable, proche un temps des surréalistes, à la fois cru et délicat, fervent amoureux des jambes gainées de soie, des talons aiguilles, des masques et de l'érotisme, soucieux avant tout d'être en accord avec lui-même, de vivre et créer au plus près de ses désirs.
Neuf ans plus tard, c'est ce spectacle qu'ils reprennent, tel qu'en lui-même, à un interprète près. « Nous avons décidé que nous jouerions Mes jambes si vous saviez… jusqu'à ce que Pierre (Maillet) ait le même âge que Pierre (Molinier) à sa mort, c'est à-dire soixante-seize ans. On continue donc plus qu'on ne reprend. C'est comme un grand oncle qu'on aurait besoin de retourner voir de temps en temps pour notre équilibre mental ! » avance Bruno Geslin. « Peut-être des choses seront-elles plus graves avec l'âge. Avec Molinier, de toute façon, on est toujours sur le fil, et le point de bascule n'est jamais bien loin. »
Etre sur le fil, frôler l'abîme, interroger le désir, fascine sans aucun doute ce metteur en scène qui a un goût marqué pour les figures fortes, extrêmes, vertigineuses. Du poète Joë Bousquet à l'artiste Pierre Molinier, de l'écrivaine et dessinatrice Unika Zürn au cinéaste Derek Jarman dans un prochain travail, il aime s'inspirer de personnalités exigeantes qu'on ne peut pas aborder « du bout des doigts », et qui excèdent la littérature.
C'est donc à une plongée en eaux troubles qu'invite Mes jambes, si vous saviez... Pourtant, rien de plus lumineux et de plus vivant que ce spectacle. « La parole de Molinier libère : tout a l'air si évident et si simple à partir du moment où on est prêt à se dégager des jugements et des a priori », soutient Bruno Geslin.
Voilà ce qui a sans doute séduit l'équipe réunie dans ce spectacle : l'envie d'en découdre avec les possibles, sous l'ombre bienveillante et irrévérencieuse de Molinier, sous son charme et sous son emprise - Pierre Maillet l'incarne avec une perfection troublante -, courant contre l'évidence et les sentiers trop balisés des identités figées.
« Cette rencontre a changé nos vies en y introduisant le « pourquoi pas ? ». « Pourquoi pas », c'est en effet la seule injonction que n'a cessé d'adresser à tous et à lui-même Pierre Molinier. Et c'est une question magnifique ! A partir de là, le chemin peut devenir solaire ! Et puis il y a dans son ½uvre une force de persistance : comme si les créatures et l'univers qu'il avait inventés lui avaient survécu. C'est comme de la magie noire… »
Et il y a en effet quelque chose de palpitant et de troublant à voir se déployer sur scène ce monde de fiction mêlant les images et les corps, recomposant les figures forgées par un artiste qui pensait que l'on pouvait toujours inventer sa vie, voire conjurer la mort par de constantes renaissances. Mes jambes, si vous saviez quelle fumée... cultive ainsi l'irrévérence sans provocation ni revendication autre que celle d'une absolue liberté.

Réalisation +
Inspiré de l’oeuvre photographique et de la vie de Pierre Molinier (1900-1976)

Adaptation théâtrale Bruno Geslin et Pierre Maillet
D'après les entretiens de Pierre Chaveau avec Pierre Molinier réalisés en 1972
Mise en scène Bruno Geslin
Avec la collaboration de Samuel Perche et Pierre Maillet

Avec Pierre Maillet, Elise Vigier, Nicolas Fayol

Images Bruno Geslin et Samuel Perche
Son Teddy Degouys
Lumière Laurent Bénard
Construction / régie plateau Patrick Le Joncourt
Costumes Laure Mahéo
Diffusion Carol Ghionda
Administration Emmanuelle Hertmann
Production La Grande Mêlée
Co-production DSN – Dieppe Scène Nationale, Festival d’Automne à Paris et Théâtre National de Bretagne – Centre européen théâtral et chorégraphique
Aide à la reprise Théâtre de Nîmes et Théâtre des 13 Vents – Centre Dramatique Nationale Languedoc-Roussillon Montpellier

REVUE DE PRESSE

      • 17 mai 2013

        Extrait de presse lors de la création du spectacle /