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La Légende de Bornéo


04 > 26 JUIN
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Les orangs-outans savent parler mais se taisent pour ne pas avoir à travailler

Il y a une légende à Bornéo qui dit que les orangs-outans savent parler mais qu’ils se taisent pour ne pas avoir à travailler.

Avec son premier spectacle Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon, repris en novembre 2011 au Théâtre de la Bastille, le collectif L’Avantage du doute a connu un grand succès. Conçu comme sa suite logique, La Légende de Bornéo a suscité le même enthousiasme. Le collectif y explore le monde du travail et comment cette organisation particulière glisse et s’immisce de manière pernicieuse dans nos intimités. À partir d’une matière brute, nourrie de témoignages et de lectures, l’humain reprend sensiblement sa place au cœur de l’existence. Avec humour, intelligence et émotion, le collectif s’empare d’un sujet a priori austère. Si la mise en scène révèle l’aspect monstrueux et absurde de l’organisation du travail, elle déploie toute la force de vie, essentielle pour résister et placer haut le rire émancipateur !

C.P.

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La Légende de Bornéo [intégral]

Le travail c'est la santé ?
Article du Monde paru le 17 janvier 2012

Le théâtre ne lâche pas le monde du travail et ses répercussions sociales. Deux nouveaux spectacles en témoignent : Cassé, de Rémi De Vos, mis en scène par Christophe Rauck au Théâtre Gérard-Philipe de St-Denis, et La Légende de Bornéo, présenté par un collectif, L'Avantage du doute, au Théâtre de la Bastille, à Paris.

Passer de l'un à l'autre revient à faire un grand écart, mental et artistique, tant les deux spectacles sont différents, à la fois dans leur ton et dans leur facture. A Saint-Denis, vous entendez d'énormes éclats de rire. A la Bastille, vous voyez des gens sourire. Et pourtant, c'est bien la même question qui est abordée : la relation que chacun entretien avec le travail, dans un contexte où les crises se conjuguent au pluriel : crise économique du monde globalisé, crise idéologique de la société française.
Ce qui est intéressant, c'est de voir comment des gens proches de la quarantaine perçoivent la situation. Il leur suffit de quelques phrases, ou d'une anecdote, pour faire sentir à quel point l'époque de leurs parents, marquée par les événements de mai 1968, appartient à un monde englouti, aussi loin d'eux qu'un temps antique, et pas nécessairement mythique.
C'est d'ailleurs en partant de là que le collectif L'Avantage du doute en est venu à La Légende de Bornéo. Il y a deux ans, ces cinq acteurs - qui se sont rencontrés lors d'un stage avec les Flamands du tg STAN - ont créé leur premier spectacle, Tout ce qui nous reste de la révolution, c'est Simon, en commençant par le commencement, en somme : d'où venons-nous ? quelle fut la vie de la génération qui nous a précédés ? Le résultat était un régal, que prolonge La Légende de Bornéo.
Pourquoi ce titre ? "Parce qu'il y a une légende à Bornéo qui dit que les orangs-outans savent parler, mais qu'ils se taisent pour ne pas avoir à" Le collectif L'Avantage du doute, lui, ne se tait pas. Et il travaille, beaucoup, à partir d'entretiens, de lectures, de films, qui nourrissent son propos, et surtout son angle de vue : parler du travail sans lourdeur mais loin en profondeur, en partant d'histoires de la vie quotidienne.
Le spectateur a le sentiment d'être convié à une conversation, comme il le serait à une soirée entre amis où l'on discute, et parfois s'emballe, en sachant que l'on est entendu. Ce que dit chacun renvoie à soi-même, ce qui est la fonction même du théâtre, mais elle prend ici une forme à part, véritablement simple et touchante, au meilleur sens du terme.
Cette délicatesse qui met du baume au coeur est absente du spectacle du Théâtre Gérard-Philipe, qui navigue sur de tout autres terres : celles du vaudeville social. Si l'on voulait résumer quelque peu abruptement, on pourrait dire que Cassé, c'est Feydeau chez les prolos.
Au centre de sa pièce, il y a un couple : elle, Christine, vient d'être licenciée de l'usine dans laquelle elle a travaillé dix-huit ans. Lui, Frédéric, est en train d'être poussé dehors par son entreprise qui lui demande de ramasser les poubelles, alors qu'il est technicien en informatique. Mais il ne veut pas voir le désastre qui s'annonce : il se dit heureux d'aller au travail. Pendant ce temps, Christine se morfond chez elle, gavée de Lexomil : sans emploi, elle se sent privée de dignité.
Jusque-là, tout va bien, si l'on peut dire : Rémi De Vos sait poser des enjeux et faire vivre des personnages. Mais il ne sait pas maîtriser son récit, qui s'emballe quand le couple décide de mettre au point une arnaque à l'assurance, en faisant croire que Frédéric s'est suicidé à cause de sa souffrance au travail. Alors Cassé se met à tourner comme un manège, virant à la folie des quiproquos et des portes qui claquent (Frédéric est caché dans un placard).
La mécanique est si bien huilée, et les comédiens si bien déchaînés, que l'hilarité gagne la salle. Mais le propos perd de sa substance : en surfant sur le Grand-Guignol social, il est "cassé", comme le dit la jeunesse d'aujourd'hui... et le titre de la pièce.

Réalisation +
Texte et mise en scène : Collectif L’Avantage du doute

Avec : Simon Bakhouche, Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas et Nadir Legrand

Production : L’Avantage du doute
Coproduction : Le Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque, Théâtre de la Bastille, Théâtre de la Commune – Centre dramatique national d’Aubervilliers
Cette oeuvre a bénéficié de l’aide à la production et à la diffusion : du Fonds SACD Théâtre
Avec le soutien : de la DRAC Ile-de-France, de l'ADAMI, de la CCAS, du Théâtre-Studio d’Alfortville
Ce spectacle a été répété : au Théâtre de la Bastille et a bénéficié de son soutien technique
Administration : Alice Pérot-Hodjis

REVUE DE PRESSE

      • 24 mai 2013

        Extrait de presse /