théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

deko1

Outrage au public


08 > 18 NOV
Réserver en ligne
théâtre

C'est le paradoxe du spectateur, venu voir comment le "faux" fait oeuvre de vérité…

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris.

Quand Outrage au Public, première pièce de Peter Handke écrite en 1966, fut créée, elle suscita des réactions déchaînées. Avec ce titre provocateur, l'écrivain autrichien se livrait en effet à une déconstruction en règle des conventions théâtrales et créait une pièce sans intrigue, centrée sur la sensation du ici et maintenant. Si l'on imagine mal celle-ci faire un tel scandale aujourd'hui, le texte a gardé sa puissance d'interrogation : où commence la réalité ? Qu’est-ce qu’un acte ? Qu’est-ce que la présence ? Que vient voir le spectateur ? Plus de quarante ans après, ce sont ces questions dont se sont emparées Peter Van den Eede et la compagnie De KOE pour les passer à la moulinette de leur théâtre, qui cherche lui aussi sans relâche comment mettre sur scène la vie même. Après avoir mis en scène un spectacle d'après le Paradoxe sur le comédien de Diderot avec le collectif tg STAN, c'est comme s'ils s'attaquaient cette fois au paradoxe du spectateur, venu voir comment le "faux" fait œuvre de vérité…


Laure Dautzenberg

fermer Outrage au public
Article

Outrage au public [intégral]

Outrage au public, le titre résonne d'abord comme une provocation. Et c'est sans doute comme cela que Peter Handke, alors jeune écrivain, le conçut en 1966, signant ainsi une entrée fracassante dans le monde des lettres : « Une pièce sans histoire, sans intrigue, sans fil narratif, une pièce qui se raconte elle-même. Pas d’histoire pour nous accrocher comme à un hameçon, pas d’histoire conçue pour s’évader, mais seulement la réalité nue du moment dans l’espace », comme la décrit Peter van den Eede.
Quarante-cinq ans après, les codes ont bougé, et le théâtre que Handke dénonçait n'est plus corseté par les mêmes principes. Pourtant la pièce n'a rien perdu de sa puissance. Ce qui continue de frapper dans le texte de l’écrivain autrichien, c’est un « au-delà du théâtre », un principe de désossement des apparences, et la ligne épurée de l’écriture qui, conjugués, installent une forme d’intranquillité fascinante.
On n’est dès lors guère étonné que la compagnie De KOE ait eu envie de s’emparer de ce texte. En effet, le « programme » de Handke est un peu le leur depuis leur création. De l’adaptation de My Dinner with André à Qui a peur de Virginia Woolf ?, ils se sont toujours évertués, comme les Tg STAN, à travailler à la frontière de l'incarnation et de la distanciation, des apparences et de la réalité, préférant le brut, le vivant, le « live » au trop posé, au léché et au balisé.
Comme le souligne Peter van den Eede : « Raconter une histoire n’est jamais un but en soi, mais un moyen de toucher une matière profonde, essentielle. » Il ajoute, parlant de Handke : « C’est une sorte de bible du théâtre pour moi, une accumulation virtuose de paradoxes et de contradictions. En modifiant radicalement le narratif, il partait en quête des matériaux de construction élémentaires du drame humain. En nommant chaque moment, chaque fait visible, chaque soupir, chaque pensée possible, en démontant chaque illusion, en refusant toute forme de jeu, en bannissant toute force de mensonge, il tentait d’amener le spectateur et l’acteur de théâtre à la sensation nue du ici et maintenant. »
Outrage au public adopte ainsi une forme qui tout en déjouant le jeu le poursuit et place le spectateur face à son paradoxe : demander à la représentation d’être à la fois le lieu de la vérité et celui de l’écart. Peter van den Eede le dit à sa manière : « Le besoin permanent de sens est une aspiration à l’inévitable mensonge qui donne du sens, sans lequel l’homme ne saurait connaître une existence véridique. Que signifie en effet la réalité sans l’apparence, la vérité sans le mensonge ? C’est précisément parce que ces concepts sont si difficiles à identifier que nous sommes perdus lorsqu’ils ne sont plus accrochés à une histoire, à un mythe. Peut-on vivre sans le mensonge ? » Voilà quelques-unes des questions que porte sur scène la compagnie De KOE avec l’irrévérence, l’intelligence, la liberté et la jubilation qu’on leur connaît. Une façon d’incarner l’un de leur credo : « le théâtre est l’agonie bien vivante de l’ordre et du repos. »


Laure Dautzenberg

Réalisation +
Avec Gene Bervoets, Natali Broods, Sofie Palmers,
Marijke Pinoy, Peter Van den Eede

Traduction française
et répétitrice
en français Martine Bom scénographie
Lumière Matthias de Koning Son Pol Geusens
Création culinaire Ann Van der Auwera
Technique Bram De Vreese, Steven Brys

Une production De KOE Production déléguée Théâtre Garonne (Toulouse)
Coproducteurs de la version française Festival d’Automne à Paris, Théâtre de la Bastille, Théâtre Garonne (Toulouse), Théâtre de Nîmes, Le Parvis – Scène nationale Tarbes-Pyrénées, la rose des vents – Scène nationale Lille Métropole/Villeneuve d’Ascq, L’Athanor – Scène nationale d’Albi
La compagnie De KOE est subventionnée par le Ministère de la Culture de la Communauté Flamande
Ce spectacle a été répété au Théâtre de la Bastille et a bénéficié de son soutien technique
Production et communication Marlene De Smet, administration Jonas De Smet