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Théâtre de la Bastille

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HORS-SERIE IV - La Mort d'Ivan Ilitch


07 > 12 FEV
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Une atmosphère entre chien et loup qui renvoie chacun à son monde intérieur

Un homme s'avance dans l'obscurité, simplement éclairé par un tube de néon. Il se déshabille, chante, pisse, fume, monte sur une chaise, pleure. Comme souvent chez Yves-Noël Genod, le spectacle se construit sur une forme très simple : une présence - celle de Thomas Gonzalez, forte, magnétique, pasolinienne -, des chansons d'amour, une lumière qui évoque les clairs-obscurs du Caravage, et de la fumée qui crée un univers fantomatique... Il est question de l'amour et du temps qui passe, de l'éphémère et de l'éternité, de solitude et de beauté. On oscille entre les larmes et la joie, tandis que le corps de Thomas Gonzalez se déploie dans un temps suspendu, dans une atmosphère entre chien et loup qui renvoie chacun à son monde intérieur.

Laure Dautzenberg

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HORS-SERIE IV - La Mort d'Ivan Ilitch [intégral]

Entretien réalisé par Laure Dautzenberg.

Depuis 10 ans, Yves-Noël Genod a signé près de trente spectacles, qu'on reconnaît à leur manière de marier le savant et le profane, le spectaculaire et le radical, l'émotion et la distanciation, les textes classiques et le Pop art. Souvent sur le fil du rasoir, ces spectacles prennent au sérieux le dérisoire et se déploient avec une grande liberté : « le rien avec splendeur », voilà l'un de ses credo. Comme l'homme a le goût des citations, petite revue de détail de son spectacle et de sa méthode à partir de ses mots et avec ceux des autres.


Quand vous avez créé Hamlet, vous avez dit qu'il fallait peut-être juste une idée de départ. Cette fois, c'était laquelle ?
Coco Chanel a arrêté la mode après la guerre pendant douze ans. Quand elle a repris, on lui a demandé : « Mademoiselle Chanel, comment sera votre prochaine collection ? ». Elle a répondu qu'elle ne pouvait pas le dire, puisqu'elle créait ses robes sur les mannequins. Moi je crée mes spectacles en m'appuyant sur les comédiens, et j'essaie aussi que ce soit haute-couture ! Donc, cette fois, comme la plupart du temps, je n'avais pas d'idée. Nous sommes partis d'un lieu (Marseille) et de la possibilité de trois jours de répétition. Nous avions surtout des contraintes : pas de technicien pour la lumière, un tapis de danse... Avant de partir quelqu'un a dit : « Si vous voulez on a des fluos, vous pouvez les brancher ». Ce qu'on a fait. Ensuite, comme Thomas est acteur mais aussi chanteur, nous avons travaillé dans cette direction. À la fin seulement est venu le titre, qui est très important parce qu'il colore la pièce. La Mort d'Ivan Ilitch fait référence à une nouvelle de Tolstoï et apporte de la gravité, du sombre. Il y a une histoire de solitude, de mort...

Vous dîtes des clichés qu'« ils sont ce qu'il y a de plus profond »...
« Il y eut un soir, il y eut un matin ». Voilà le début de la Genèse. Duras disait qu'on ne pouvait rien écrire de mieux. C'est ça les clichés. Comme dans ce spectacle, on ne peut pas écrire mieux que les chansons que Thomas chante... Tout est dans l'allusion. Ainsi Borgès, quand il était jeune, croyait en l'expression, au bon mot, à la bonne métaphore. Puis en vieillissant, il s'est mis à croire seulement à l'allusion : quand on écrit, on réveille des souvenirs, des associations chez le lecteur. On ne peut faire que cela : aider le lecteur à imaginer, faire allusion. Ensuite, les spectateurs font le travail.

Vous parlez du jeu et des comédiens comme devant « déployer leur être »...
C'est le minimum ! Il faut être comme une étoile et briller dans toutes les directions. Même morte, une étoile brille encore. Et les acteurs sont ces étoiles formant des constellations mouvantes, changeantes. Je parle aussi souvent de liberté. Je dis souvent aux acteurs que les spectacles doivent être des leçons de liberté. Mais je ne sais pas... J'aime beaucoup cette phrase de Rimbaud : « Ça veut dire ce que ça veut dire, littéralement et dans tous les sens. » Rien n'est comme la société voudrait que ce soit, chacun assigné à sa fonction, à son identité. La liberté est toujours contre la société, la liberté poétique.

Vous citez Kairos, la déesse du bon geste, au bon endroit, au bon moment, c'est ce à quoi vous aspirez ?
C'est Mallarmé : « Rien n'aura eut lieu que le lieu ». Quand les salles sont belles, je les utilise vraiment, comme un instrument, une caisse de résonance. J'aime beaucoup cette anecdote que m'avait raconté Stéphane Wargnier, qui s'occupait à une époque de la communication chez Hermès : « Quand il y a un événement à faire, on va sur le lieu, on décide d'un moment et on voit ce qu'on fait ». Voilà. La mode et le luxe me conviennent très bien!

Réalisation +
Mise en scène et scénographie Yves-Noël Genod
Avec Thomas Gonzalez

REVUE DE PRESSE

      • 9 févr. 2012

        La mort d'Ivan Ilitch, Yves-Noël Genod sort le cliché de l'ombre. /