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Théâtre de la Bastille

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HORS-SERIE IV - A-maze


14 > 17 FEV
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danse

L'espace n'est plus tant un lieu qu'un point de vue à partir duquel se déploient les possibles

Sur le sol, une carte. Sur la carte, Martin Bélanger, interprète et chorégraphe québécois. Très vite, les repères se brouillent et, de paroles en mouvements, le chorégraphe-interprète nous incite à réviser nos perceptions : tout espace est d'abord une construction ; tout espace est d'abord un labyrinthe : "a maze". C'est une bonne nouvelle, car il reste à le parcourir. De manière poétique, philosophique et ludique, Martin Bélanger nous invite à une exploration qui se donne parfois des airs de science-fiction, entre éternel retour et retour vers le futur. La linéarité éclate et la pièce force un regard contemplatif, hypnotique. L'intérieur et l'extérieur se renversent et se confondent, se télescopent, l'espace n'est plus tant un lieu qu'un point de vue à partir duquel se déploient les possibles.

Laure Dautzenberg

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HORS-SERIE IV - A-maze [intégral]

Interprète, notamment de Benoît Lachambre et de Daniel Léveillé, le québécois Martin Bélanger s'est fait connaître comme chorégraphe sur les scènes internationales avec un solo baptisé Spoken Word/Body Ont suivi de Grande Théorie unifiée (Festival 100 dessus dessous en 2008). Il présente cette saison un nouveau solo, A-maze, construit autour de la figure du labyrinthe. Explications :

Pourquoi avoir choisi le motif du labyrinthe ?
Je suis fasciné par l'Antiquité, la pensée paléolithique pré-industrielle, celle d'avant les structures de contrôle, la pensée amérindienne nord-américaine. Dans cette pensée, le motif du labyrinthe réapparaît à différentes époques, dans différentes cultures. C'est une façon d'appréhender l'errance, l'inconnu, la perte qui raconte l'impossibilité de rendre le monde tout à fait apprivoisé, et qui réapparaît dans le monde d'aujourd'hui. J'ai ainsi lu un livre de Jacques Attali qui m'a beaucoup intéressé et qui évoquait le retour de la pensée archaïque : les villes, les systèmes informatiques, les systèmes de pouvoir, tout redevenait labyrinthique.

Vous évoquez aussi beaucoup la cartographie...
Oui, Nadia Lauro, la scénographe et moi-même partageons cette fascination. Je suis médusé, par exemple, par l'idée que les radiesthésistes peuvent trouver de l'eau simplement en regardant une carte ! Une carte est un outil, mais n'est jamais le monde ni le territoire : c'est un instrument magique qui permet de croire que c'est le réel. Dans ce sens, le labyrinthe est peut-être une « super carte » : il ne rend pas compte du monde physique mais d'un rapport au monde, qui n'est plus un rapport de prise de contrôle mais de sagesse, d'interactions avec l'autre.

Votre titre joue sur le double sens du mot « a maze » : c'est un labyrinthe mais c'est aussi l'étonnement, la stupéfaction...
Oui, j'aime cette notion d'étonnement, d'émerveillement avec la dimension que ça implique d'étrangeté, de soif d'inconnu. Car ce qui me plaisait aussi dans l'idée du labyrinthe, dans sa complexité, et dans le fait de le chorégraphier, c'était la possibilité de le télescoper, de le transférer de l'extérieur à l'intérieur. A-maze devient ainsi une sorte d'épopée intérieure, dans laquelle je peux faire une plongée vers le dedans, régresser vers l'enfance, ou revenir à un état biologique antérieur : redevenir poisson, insecte, aborder la métempsychose... Télescoper le labyrinthe permet une plongée interne, vers l'abîme, et le vertige. On s'enfonce dans la complexité du labyrinthe au-delà de la complexité spatiale et c'est une plongée riche, belle et fascinante. Cela permet d'aller très loin. Se crée ainsi pour moi une correspondance entre la physicalité et l'intériorité.

Vous revenez à la forme du solo. Pourquoi ?
Je me suis souvent dit que j'étais extrêmiste par rapport au nombre d'interprètes dans une pièce ! J'aime qu'on soit beaucoup, ou alors être seul. J'ai du mal à imaginer les duos ou les trios, ça me paraît toujours beaucoup trop anecdotique, ou trop chargé symboliquement. À plusieurs, je peux explorer une représentation du monde, de la communauté. Seul, je peux être dans un travail plus existentiel. Et puis les modalités de création ne sont pas les mêmes : faire un solo autorise toutes les libertés et j'aime sentir cette permission d'aller dans toutes les directions sans avoir à m'expliquer.

Entretien réalisé par Laure Dautzenberg

Réalisation +
Chorégraphie et interprétation Martin Bélanger
Scénographie Nadia Lauro
Lumière Jean Jauvin
Son Jean-Sébastien Durocher
Répétiteur et conseiller artistique Thierry Huard

Coproduction Festival Danse Canada, L'Animal a l'esquena (Espagne), Tout Nouveau Théâtre (Bordeaux), Centre Chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort dans le cadre de l'accueil/studio – Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Franche-Comté, Tangente (Montréal), Centre chorégraphique Circuit-Est (Montréal), Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal (Montréal)
Avec le soutien à la diffusion d'Arcadi
Production et développement Marie-Andrée Gougeon