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Théâtre de la Bastille

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Les Possédés dévoilent avec leur talent habituel l'humanité et la part d'ombre de chaque personnage.

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris.

Bullet Park. Dans les pavillons résidentiels de cette banlieue new-yorkaise, flottante, indéterminée, s'écoule la vie apparemment paisible des banlieusards. Mais des fissures ne tardent pas à apparaître derrière le bel ordonnancement des choses. En adaptant un roman de l'Américain John Cheever, les Possédés poursuivent leur exploration de ces petits riens qui font parfois dérailler les existences en apparence les mieux réglées. Cela se passe en Amérique, cela pourrait se passer dans n'importe quel pays occidental. Comment la norme sociale peut écraser un individu ? Qu'est-ce qui, à un moment, fait vaciller un être ? Comment la société de consommation a-t-elle progressivement vidé de leur substance les existences ? Avec lucidité, mais sans jamais se départir de tendresse et d'humour, ils dévoilent avec leur talent habituel l'humanité et la part d'ombre de chaque personnage. « Rendez-moi les montagnes » dit l'adolescent taciturne. L. D.

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Bullet Park [intégral]

Après Laurent Mauvignier avec Loin d'eux, Rodolphe Dana choisit une nouvelle fois de s'emparer d'un roman plutôt que d'une pièce. « Adapter permet une autre approche du théâtre, ça oblige à rester inventif et en alerte, à creuser les questions de dramaturgie et de scénographie. Et puis je fais confiance au hasard. »

C'est en effet par hasard que Rodolphe Dana est tombé sur la quatrième de couverture de Bullet Park qui dépeignait son auteur, John Cheever comme le « Tchekhov des banlieues »... Même goût pour la peinture de groupe, les petites choses qui s'immiscent dans le quotidien et un regard plein d'empathie et d'ironie sur ses personnages...

Dans Bullet Park, il y a donc d'un côté Hammer, inadapté social, abandonné par sa mère « fan de socialisme » et par son père qui ne voulait pas de lui, et de l'autre Nailles, parfait employé de banlieue, avec maison, jardin, femme et enfant. Deux faces d'un même individu (le Marteau et le Clou), pris en tenailles entre l'adaptation idéale à un modèle social et la rébellion silencieuse. « D'un côté un Américain moyen archétypal, de l'autre un Américain marginalisé et destructuré. Lequel des deux est le plus séduisant ? Vers lequel aller ? Ils ont tous les deux quelque chose qu'il faut rendre attachant et humain, mais ils sont aussi effrayants l'un que l'autre ! », souligne Rodolphe Dana.

Évoluant dans un monde confiné, qui a voulu se protéger de tout et contre tout, les personnages appartiennent à ce que Rodolphe Dana, citant Hegel, appelle « le long dimanche de la vie, celui qui égalise tout et qui éloigne toute idée du mal ». Car à Bullet Park, tout va bien, tout est lisse ; les pelouses sont bien tondues et quand une tortue géante surgit la nuit dans le jardin, on la tue. C'est un monde dans lequel il est normal de dire : « Je n'ai pas de piscine et franchement, en un sens, c'est un handicap. Quand les gens se mettent à parler de produits d'entretien et ainsi de suite, vous vous trouvez exclu de la conversation. »

Mais quand les choses sont trop comprimées, la violence ne peut que surgir : c'est un adolescent qui refuse de sortir, de se nourrir; c'est un homme qui reprend le projet meurtrier de sa mère. Sans être un psychopathe pour autant : « Hammer essaie de trouver du sens avant de basculer dans son projet de meurtre, de vouloir crucifier le rêve américain. Il y a chez lui aussi ce côté fascinant de la norme. Lui aussi est fasciné par cette famille, avec femme et enfant, l'air heureux. Mais ne pas pouvoir faire partie de ce modèle l'amène à vouloir le détruire. Il veut détruire ce qu'il ne peut pas posséder. C'est très ambigu, complexe, mystérieux. »

Très ironique aussi. Car chez Cheever, comme chez Lagarce, chez Tchekhov, le drame n'est pas tonitruant. Il déraille, lui aussi, en ultime pied de nez. Nous ne sommes jamais dans le grandiose, fut-il tragique. On reste à hauteur d'homme, à regarder se débattre des personnages aux prises avec leurs contradictions, avec leurs échecs. C'est ce qui rend les personnages de Cheever si humains et si proches. Pas de cynisme, juste de la fragilité : rien d'étonnant à ce que Les Possédés aient eu envie de s'en emparer.

Laure Dautzenberg

Réalisation +
D'après l'oeuvre de John Cheever*
Création collective dirigée par Rodolphe Dana

Avec David Clavel,Françoise Gazio,Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Christophe Paou, Marie-Hélène Roig

Traduction Dominique Mainard / le serpent à plumes
Adaptation Rodolphe Dana, Katja Hunsinger
Conseiller à la dramaturgie Laurent Mauvignier
Scénographie Julia Kravtsova
Lumière Valérie Sigward
Costumes Sara Bartesaghi Gallo
Assistante à la mise en scène Raluca Vallois
Régie lumière Wilfried Gourdin
Régie plateau Frédéric Gourdin

*© 1969, John Cheever, tous droits réservés "

Production Collectif Les Possédés
Coproduction Festival d'Automne à Paris, Centre dramatique régional de Tours, Théâtre Vidy-Lausanne, Théâtre de Nîmes, Théâtre de la Bastille, La Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée, Théâtre Jean Lurçat - Scène nationale d'Aubusson
Avec l'aide à la production d'Arcadi
Avec l'aide à la création du Conseil Général de Seine-et-Marne
Le Collectif Les Possédés bénéficie du soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d'Ile-de-France, Ministère de la Culture et de la Communication
Le Collectif Les Possédés est associé à La Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée et à la Scène nationale d'Aubusson – Théâtre Jean Lurçat
Production/diffusion Made In Productions

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