théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

ciega1

Solo a ciegas (con lágrimas azules)


09 > 12 MARS
Réserver en ligne
danse

Cette pièce est le récit inouï et jamais vu d'une histoire sans personnage mais pleine d'humanités

La danse en solo de la chorégraphe espagnole Olga Mesa est un théâtre de visions. Un théâtre d’apparitions imaginé par une danseuse aux yeux clos. À l’écoute de sa mémoire physique et des résonances du corps, le projet Solo a ciegas (con lágrimas azules), solo aveugle (avec des larmes bleues), est un manifeste ambitieux, un cri sourd et incontestable d’imagination et de beauté. Si cette pièce représente pour elle « un objet dramaturgique inattendu », elle est pour nous le récit inouï et jamais vu d’une histoire sans personnage mais pleine d’humanités. Olga Mesa fait ce pari émouvant d’un corps mû par la possible transmission d’une mémoire collective, et invite le spectateur à se glisser dans la partition du solo aveugle en jouant avec ses codes secrets, qui rythment habilement la narration. A.L.

fermer Solo a ciegas (con lágrimas azules)
Article

Solo a ciegas (con lágrimas azules) [intégral]

Entretien avec Olga Mesa – Aude Lavigne


Question Aude Lavigne : En 2004, au Théâtre de la Bastille, vous présentiez le spectacle On cheRchE uNe dAnse. Est-il possible de relier cette pièce à celle que vous présentez cette année, Solo a ciegas (con lágrimas azules) ?

Dans mon parcours, je développe deux chemins en parallèle. On cheRchE uNe dAnse fait partie du travail que je mène avec d’autres collaborateurs au plateau. Solo a ciegas s’inscrit dans une autre voie, celle du solo, forme absolument inévitable pour moi, qui est le point d’origine de toute ma création. Ma première pièce en 1992 est un solo intitulé Lugares Intermedios, et depuis j’en ai fait six. J’écris un solo à peu près tous les quatre ans, ils ponctuent mon cheminement artistique. Ils sont comme des pulsations qui prennent de plus en plus de profondeur au fil des années .

Question Aude Lavigne : Si vous êtes seule sur scène, il y a cependant une multitudes de signes et d’effets : du texte, des images vidéo et des sons. Comment avez-vous construit cette pièce ?

Mon travail est très lié à la construction de la narration, à la question même de la dramaturgie. Dans ce solo, il y a un texte fragmenté, il y a des éléments sonores extérieurs qui dialoguent avec ce que je dis moi-même et il y a du mouvement. Au début de la pièce, il y a une sorte vide, de mise à plat où tous ces éléments sont comme posés sur la table. On peut dire qu’ils pré-existent au récit, ils sont les ingrédients de l’histoire qui va se construire sous nos yeux, l’espace même du récit ayant son rôle à jouer dans cette narration scénique. Et c’est pourquoi j’essaie, dès l’entrée des spectateurs dans la salle, de rendre l’espace même de la représentation visible. C’est le temps du prologue, car la pièce comporte un prologue et un épilogue, un temps qui permet au corps de s’approprier son territoire qui doit devenir une matière la plus réelle possible. La pièce est ainsi construite sur une déconstruction et progressivement,chacun des éléments se nourrit par frottement, par écho, par boucle répétitive, entre ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas.

Pour parler de la construction, j’aimerais souligner un aspect qui compte beaucoup et qui permet peut être de préciser mes pistes de recherches sur ce solo. À plusieurs reprises dans le spectacle, je ferme les yeux de manière aléatoire. Quand je ferme les yeux, bien sûr cela suggère un monde intérieur, mais pour moi cette action est portée vers l’extérieur, elle questionne d’abord et avant tout l’espace de perception de celui qui me regarde. Je me détache de ma propre image et je tente de mettre en valeur l’espace visible du spectateur, c’est un des axes permanents de ma danse. Ouvrir et fermer les yeux , c’est une articulation de construction de l'espace pour aller vers une dramaturgie qui se situe entre le visible et le non visible.

.
Question Aude Lavigne : C’est une pièce qui évoque la guerre, la fuite, la destruction, pouvez-vous décrypter quelques uns des éléments que vous avez utilisés et nous préciser comment ils ont nourri votre solo  ?

Je vais donner deux ou trois éléments, mais il y en a beaucoup. Ils sont un peu comme des codes secrets qui activent à chaque fois des univers sensibles. Pour le prologue, je dis un texte que j’ai écrit et je mentionne le code secret utilisé, via les ondes, pour annoncer le débarquement des alliés en Normandie. L’histoire raconte que le speaker en charge de dire le message codé s’est trompé. Au lieu de dire correctement le poème de Verlaine « Les sanglots longs de l’automne bercent mon c½ur d’une langueur monotone » et il a dit « blessent  mon c½ur ». Ces deux mots sont importants pour moi, blesser et bercer, il ont nourri la pièce autour de l’idée de la guerre. À un autre moment de la pièce, j’apparais nue avec un masque de cerf . C’est une image qui s’est imposée comme une vision, alors que je pensais à ce qu’il reste après la destruction d’une ville ou d’un paysage. Mon inconscient m’a conduit vers cette présence animale. Si je devais vous donner un autre code secret, le passage dans la pièce lié au Tango est associé à mon grand-père Anton. Avant la guerre civile espagnole, il est parti travailler pendant cinq ans à Buenos Aires avec son frère. Quand il est rentré au pays en Asturies, il dansait le tango avec passion à tel point qu’il a été surnommé Anton El Argentino . Au départ, j’ai décidé de renouer avec cette danse par jeu. Je l’avais un peu étudiée dans mon apprentissage de danseuse notamment dans l’école de Rosella Hightower, mais j’ai repris des cours de tango pour le spectacle. Cela a été très important, elle m’a aidé à retrouver un espace de mémoire et de perception de mon corps très intéressant. L’homme invite et la femme complète cet espace offert, ce n’est pas uniquement l’homme qui donne des ordres. Le tango, c’est un espace de perception de l’invisible. Il y a un guide invisible dans le tango. On voit de l’extérieur que l’homme guide mais quand tu pratiques cette danse, il se passe beaucoup de choses qu’on ne perçoit pas de l’extérieur. Donc cet espace d’invisibilité a réveillé en moi un espace sensible, un désir très fort de revenir sur un corps plus dans la peau que dans la pensée. À partir de là, beaucoup de choses ont commencé à sortir et notamment celui d’un corps sonore : comme des soupirs, des cris qui sont apparus de manière inattendue pour moi aussi. C’est vraiment une danse qui ouvre une grande résonance pour le corps en mouvement.

Réalisation +
Conception et interprétation Olga Mesa

labOfilm et conception lumière Olga Mesa
Captation sonore et montage Jonathan Merlin
Montage vidéo Matthieu Holler
Directeur technique Ludovic Rivière
Coaching Tango Manuel Sanchez Carabel El Camaleon

Production Compagnie Olga Mesa / Association Hors Champ - Fuera de Campo
Coproduction Culturgest / Lisbonne, Centre chorégraphique national de Tours, Espaço Tempo, Montemor o Novo (Portugal), École Municipale de Danse de Strasbourg, Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Alsace et la Ville de Strasbourg
Réalisation Théâtre de la Bastille
Communication, coordination et diffusion Off Limits / Lurdes Fernández et Elia Feuillais