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Théâtre de la Bastille

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Elle importe sur le plateau son goût pour la peinture, la couleur, mais aussi pour l'expérience des limites, corporelles comme visuelles.

Rouge, la première couleur, rouge sang, rouge vif.
C’est cette couleur qu’explore Julie Andrée T. tout au long du spectacle, inventant une forme de monochrome pour la scène.
Venue des arts plastiques, cette jeune performeuse québécoise (elle a trente-sept ans), programmée cet été en Avignon, importe ainsi sur le plateau son goût pour la peinture, la couleur, mais aussi pour l’expérience des limites, corporelles comme visuelles. Julie Andrée T. affronte la scène avec une belle énergie, le goût de l'endurance et de l’épreuve, de l’exténuation. Jouant parfois avec une forme de trash, son travail ne vise pourtant pas la provocation. Ce qui l’intéresse, c’est d’explorer la panoplie des émotions et d’inviter à la suivre, comme une incitation à mordre à pleines dents dans le chaos du monde. L.D.

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Rouge [intégral]

Plasticienne (elle a étudié les arts visuels à Montréal), performeuse (depuis 1993), ancienne nageuse de compétition (qu'elle pratiqua de 9 à 19 ans intensément), Julie Andrée T. est une artiste complète, physique, et qui aime les défis. Québécoise vivant dans la forêt à cinq heures de route de Montréal, elle donne des cours d'art, participe à Black Market International, un groupe qui réunit douze artistes performers du monde entier dont elle est la benjamine et crée régulièrement des spectacles à la frontière des genres. On a pu la voir à un festival de performance à Buenos Aires, commissaire au festival Open Art de Pékin ou travaillant en collaboration avec Jacob Wren L'Anthologie de l'optimisme, présenté au Théâtre de la Bastille en juin dernier), Dominique Laporte, Martin Belanger, ou le chorégraphe Benoît Lachambre dont elle a été scénographe et interprète.
Avec ses trois spectacles Problématique provisoire, Not Waterproof - L’érosion d’un corps erroné et Rouge qui combinent souvent des éléments scéniques très simples et une volonté de pousser les dispositifs – et son propre corps - dans leurs retranchements, elle s'est imposée sur la scène internationale.
Après le Festival d'Avignon, le Théâtre de la Bastille accueille Rouge. Conçu comme une antithèse minimaliste à Not Waterproof, Rouge est boulimique et éclaté. Spectacle de la dépense, où les objets, les sons, les actions sont démultipliés Rouge joue de l'accumulation jusqu'au vertige, jusqu'à l'épuisement.


Il est rare de voir une notion aussi proprement picturale faire irruption sur scène. Pourquoi ce choix et pourquoi cette couleur ?

Julie Andrée T. : Mon travail de performance est aussi un travail visuel. Je viens de ce milieu-là. L'idée du rouge est donc venue parce que c'est la couleur de toutes les émotions. Ce qui est intéressant, c'est que dans l'histoire du langage c'est la première couleur qui a été nommée, après le noir et le blanc, qui ne sont pas vraiment des couleurs. Dans les langues latines et germaniques, beaucoup de mots dérivent de celui de « rouge ». C 'est la couleur originaire, elle touche à l'essence de l'être humain, elle est archaïque, à la base de tout. Elle est reliée au sang, à la vie, à la mort. Elle m'a donc permis d'aborder toute la panoplie possible des émotions.


Votre travail est engagé, intense...

Julie Andrée T. : Je suis engagée, j'y vais à fond. Le plaisir de la performance est d'explorer des territoires moins explorés, d'aller plus loin dans les sentiers, de pousser les limites. J'aime prendre des risques, jouer avec les tabous, ne pas avoir peur de dire les choses, tout en gardant l'idée d'une forme de poésie. Dans mon cas, cela passe par le langage du corps, que je considère à la fois comme un langage universel et comme un objet, une matière à travailler.


On parle au sujet de votre travail d'une poétique de l'épreuve... Est-ce que vous vous retrouvez dans ce terme ?

Julie Andrée T. : Je fais un travail très physique mais dans un cadre très précis, défini. L'endurance appartient pour moi à la poésie des images que j'essaie de créer. Dans Not Waterproof, je tentais de voler. Et ce qui était intéressant c'était la durée de la tentative. Si je l'avais fait comme un geste rapide, comme une envie, cela n'aurait été qu'un défi lancé à la gravité. Poussée plus loin, cette tentative devient une expression du désespoir. « Avoir vraiment envie de voler », c'est une utopie qui, si on la prolonge, tourne à l'impossible, à la détresse.
Je veux donc pousser le corps jusqu'à ce que l'image prenne une autre texture, que cela devienne une image poétique.
Mon endurance vient sans doute aussi de mon passé de nageuse. J'ai fait de la compétition pendant dix ans, ce qui signifie plus de trente-cinq heures d'entraînement par semaine, et je suis donc habituée à cette idée de pousser tout le temps le corps au-delà de ses limites.


Avec Rouge, vous travaillez sur le principe d'accumulation. Comment cela prend place dans votre parcours et quel effet recherchez-vous ?

Julie Andrée T.: Il y a une période où j'aimais jouer avec l'idée de liste. Puis j'ai fait une pièce très minimaliste, Not Waterproof, qui comportait huit tableaux très précis. Avec Rouge, je suis allée vers une boulimie d'actions, dont chacune a sa raison d'être. C'est un chaos très organisé, très structuré, même s'il peut paraître accidentel. Je joue avec les préjugés liés à la performance : ça a l'air de quelque chose d'improvisé mais c'est très millimétré ! Je travaille l'exténuation, la folie, l'aliénation de la répétition : on ne sait plus quand ça va s'arrêter, on a l'impression que cela pourrait durer trois heures. Enfin tout disparaît, mais non, ce n'est pas encore fini ! Il y a toujours des relances... La possibilité d'une durée infinie, la répétition de la même question (What color is this ?), provoquent un effet hallucinatoire. Des spectateurs m'ont dit qu'en sortant ils voyaient littéralement rouge ; ils étaient submergés par l'expérience : cela me va, cela montre qu'il y a une suite à Rouge après le spectacle.


Quel type de rapport aimez-vous susciter avec le public ?

Julie Andrée T.: Dans Rouge, le public constitue l'élément imprévisible. Si je vois un spectateur avec un tee-shirt rouge, je vais l'utiliser. La phrase du spectacle est toujours la même, mais c'est une question, une prise de contact directe, au-delà du verbal. Je pratique donc régulièrement des remises à jour : je disparais longtemps puis je réapparais : je suis toujours là... J'espère que eux aussi ! De manière générale, j'aime garder le contact avec le public, m'assurer qu'il est toujours là, dans une forme de séduction, de complicité, plus que de participation. J'ai envie d'avoir un public créatif. C'est ma « poétique » : je vous offre des images, partez avec ça, faîtes en ce que vous voulez, à vous de joue r! J'ai envie de les faire penser, de les garder actifs. Cela exige un état de disponibilité sur scène, pour moi comme pour mes deux acolytes à la lumière (Jean Jauvin) et au son (Laurent Maslé).


Vous évoquez vos deux acolytes qui partagent la scène avec vous. Comment travaillez-vous avec eux ?

Julie Andrée T. : Nous avons chacun notre médium et nous construisons ensemble. Nous nous connaissons bien car nous avons beaucoup travaillé pour Benoît Lachambre. Je les ai ensuite sollicités pour Not Waterproof et ça s'est tellement bien passé qu'il était naturel de retravailler ensemble sur Rouge. Je ne pourrais d'ailleurs travailler avec personne d'autre aujourd'hui !


Vous venez des arts visuels et de la performance. Comment voyez-vous le théâtre ?

Julie Andrée T. : Les deux milieux, celui du théâtre et celui de la performance, s'aliènent souvent l'un à l'autre. J'ai envie de briser ça, de transporter les codes et les mondes d'une scène à l'autre. Je n'aime pas les cloisonnements, nulle part. Il n'y a pas besoin d'être un professionnel en performance pour voir mon spectacle. Rouge a été écrit pour la scène, pour un contexte théâtral. Et au contraire, j'aime l'idée que le public qui va venir me voir au théâtre possède une certaine fraîcheur par rapport aux codes de la performance. Au fond, je fais juste de l'art.

Laure Dautzenberg

Réalisation +
Conception et interprétation Julie Andrée T
En collaboration avec Jean Jauvin et Laurent Maslé
Lumière Jean Jauvin
Environnement sonore Laurent Maslé

Production déléguée Marie-Andrée Gougeon pour Daniel Léveillé danse
Coproduction Festival TransAmériques, Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort dans le cadre de la Convention Culturesfrance / Conseil Régional de Franche-Comté et de l’accueil / studio Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Franche-Comté
Avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada
Réalisation Théâtre de la Bastille
Producteur délégué Marie-Andrée Gougeon pour Daniel Léveillé danse

REVUE DE PRESSE

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