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Théâtre de la Bastille

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Nothing To Do


21 > 25 FEV
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Après "Listen To Me" de Gertrude Stein, présenté au Théâtre de la Bastille en 2009, Emma Morin revient avec "Nothing To Do"

Après Listen To Me de Gertrude Stein, présenté au Théâtre de la Bastille en 2009, Emma Morin revient avec Nothing To Do.
Accompagnée cette fois sur scène de deux partenaires (le guitariste Ryan Kernoa et le chanteur Frédéric Jouanlong), elle s’empare de textes de Pascalle Monnier qui tous adressent des questions, n’attendant pas de réponse. Ce qui relie les textes au plateau, Pascalle Monnier* à Emma Morin, c’est moins un sens qu’une quête, un plein qu’un creux, l’exploration d’un univers sensoriel et mental vertigineux parce que sans fin.
Ainsi, comme dans sa première création, on trouve au coeur de Nothing To Do le grain, la texture, la dimension musicale de la parole, les trajectoires dessinées par un corps. Peuvent alors naître, dans l’espace presque nu du plateau, des images qui évoquent un monde tissé de mémoire et d’oubli. L.D.
*Auteur éditée chez P.O.L.

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Article

Nothing To Do [intégral]

Après s’être emparée d’un monument de la littérature moderne - Listen to me de Gertrude Stein, présenté au Théâtre de la Bastille la saison passée - , Emma Morin adapte des textes de Pascalle Monnier. (1) Ceux-ci adressent une série de questions, comme pour retenir l’attention, comme autant de conjurations vaines mais indispensables : « Et les saisons, Paul, qu’est-ce que tu penses des saisons ? / Entre l’été et le printemps, tu fais quelle différence ? »

Autant le précédent spectacle était lumineux, avec son plateau blanc et grand, travaillé par les couleurs, autant ce qui domine cette fois est le noir et la musique. Ici, « on pense comme on se heurte » selon la formule de Paul Valéry, qu’aime à citer Emma Morin.On retrouve toutefois le même gout de la comédienne metteur en scène pour la dimension sensorielle, mentale et musicale du théâtre.
Dans ce spectacle, à mi-chemin du théâtre (pour les textes), de la danse (pour l’attention portée aux états du corps) et de la musique (avec la présence scénique du guitariste Ryan Kernoa et du chanteur Frédérique Jouanlong), Emma Morin convoque sur le plateau la trace,le souvenir, et la réminiscence en travaillant sur le vide et l’absence. Son approche est plastique : il est question de trajectoires dans l’espace plus que de personnages, de contours plus que de psychologie. Rien d’étonnant à cela puisque cette dernière a longtemps pratiqué la danse, la musique ainsi que les arts plastiques sous plusieurs formes ( installations, diaporamas, lectures in situ, performances).


Instantanés, présences

EM : A la fin du spectacle de Gertrude Stein, Marc Pérennès avec lequel j’ai crée Le Cercle Nombreux et qui connaît bien mon rapport au texte, m’a donné à lire Pascalle Monnier. J’y ai trouvé ce que j’aime : l’instantanéité du présent, de l’écriture, cette façon de mettre en jeu l’oralité, plus que des personnages. Ma relation au verbe est en effet très liée à la musique. J’aime l’ écriture de bouche, poétique, la dimension musicale de la parole. Dans ces textes, il n’y a pas de récit, pas de références, pas d’ancrage, pas d’incarnation, mais des états traversés. A la lecture, j’ai vu un grain – un tulle en cage de scène – un espace vibratoire aussi bien dans la lumière que dans le son, qui évoquerait un monde peuplé de silence, de vide. Deux choses me sont venues à l’esprit : le cinéma noir et blanc, et la qualité sonore d’un enregistrement radiophonique, des micros anciens, inox, un son qui ne serait pas repris dans la salle, qui ne serait pas amplifié. J’ai pensé à un plateau noir, qui permettrait d’ouvrir les oreilles et d’absenter le regard. Je voudrais faire disparaître le corps pour mener le spectacle par les mots et le son.

(1) les romans de Pascalle Monnier sont édités chez P.O.L et Action Poétique. Emma Morin a aussi puisé dans La route de Salamanque et Nothing to do, inédits.

Je voudrais un espace sensoriel sans caméra ni image qui bougent. L’idée est celle de la vignette : un format qui donne l’impression de tourner les pages d’un album photos, aussi bien musicalement que scéniquement. La carte postale ou la photo immobilisent et en même temps éternisent. C’est une découpe du temps qui est en même temps quelque chose qui s’est déjà échappé, une trace. Je voudrais fabriquer quelque chose qui crée ce sentiment là, ce mélange d’éternité et de fugacité.

Musique

EM : J’ai tout de suite pensé qu’il fallait sur scène une autre présence sonore que ma seule voix. C’est comme ça que j’ai proposé à deux musiciens dont je connaissais la pratique et qui sont tous deux habitués au plateau, de m’accompagner pour cette création. Ryan Kernoa (2 est un musicien qui peut écrire de véritables mélodies mais aussi des lignes abstraites, et Frédéric Jouanlong (3) a une voix, et il est passionné par l’onomatopée et l’improvisation. La musique n’est pas la voix des absents, ni la réponse, ni le décorum. Elle n’illustre pas ce que je fais mais propose des résonances, en complémentarité, en parallèle : deux présences (la voix et le son)qui parleraient deux langues en simultané. C'est comme une attention à une odeur qui passe, à une voix silencieuse. Chacun a lu le texte, travaillé à partir de ce que ça lui évoque, chacun s’empare de l’espace mental et organique.
Sur le plateau, je ne les regarde jamais, je sais qu’ils sont là mais ne sont pas plus que moi les personnages d’un récit. Le travail musical est aussi spatial. Stephan Kieger nous accompagnera à cet endroit. J’aime l’épreuve d’un travail de ch½ur, d’un espace sensitif
redistribué.

Lumière

EM : Pour moi ce qui fait le théâtre c’est la lumière. Quand je lis un texte, si je n’ai pas une sensation de lumière qui vient, cela ne marche pas. La boîte noire est un révélateur. Je fais beaucoup de photographies, principalement en noir et blanc, et en couleur j’utilise des processus particuliers, mais je pratique uniquement l’argentique. Pour le grain. J’aime cette texture.
La lumière est le point de départ, qui organise tout le travail. C’est en cela que ma collaboration avec Laurent Bénard (4) est essentielle, d’autant que comme je suis au plateau, je ne peux pas me voir, observer le cadrage opéré par la lumière sur les corps, le processus apparition/disparition. Il faut que je lâche prise et Laurent est celui qui regarde perpétuellement et me le permet. Dans Nothing to do, la lumière agrandit l’espace au fur et à mesure, l’ouvre, convoque un désir, reconquiert un territoire.

(2) Ryan Kernoa, guitariste, est issu de la scène rock Nantaise du milieu des années 90. Il a une pratique protéiforme, qui l’emmène aussi bien vers la musique improvisée en solo que vers la musique de groupe, le spectacle vivant et la performance.
(3) Frédéric Jouanlong, chanteur, est comme Ryan Kernoa, membre de Kourgane, du Trio Moraine, et s’intéresse particulièrement à l’utilisation du sampling.
(3) Laurent Bénard est éclairagiste, il a travaillé pour le théâtre, mais aussi le cinéma, la scène musicale, ou la performance.

Réalisation +
Textes Pascalle Monnier (Action poetique/P.O.L)
Conception et jeu Emma Morin
Composition et guitare Ryan Kernoa
Composition et voix Frédéric Jouanlong
Lumière Laurent Bénard
Espace sonore Stephan Krieger
Vidéo Laurent Bénard, Carole Cheysson

Production Le Cercle nombreux
Coproduction La Fonderie / Le Mans, Théâtre de Nîmes, Théâtre de la Bastille, La Centrifugeuse / Université de Pau, Théâtre Garonne Toulouse.
Avec le soutien en résidence de La Fonderie / Le Mans, de la Centrifugeuse / Université de Pau et d'Espaces Pluriels, Scène conventionnée danse-théâtre Pau / Béarn
Avec le soutien de la SPEDIDAM

Production et administration Marc Pérennès (pour Le Cercle nombreux)
Diffusion Géraldine Clouard(pour Le Cercle nombreux)