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Théâtre de la Bastille

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Dominos and Butterflies


28 FEV > 04 MARS
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danse

Les corps se rentrent dedans, et enchaînent impulsion après impulsion, collision après collision, comme une catastrophe sans fin, douce et silencieuse.

Cinq corps sur scène, comme des objets sur le sol. Tout est calme. Soudain, un des corps est déséquilibré et vient en heurter un autre. À partir de cette première collision, légère, la mécanique se met en place et ne s’arrêtera plus. Les corps se rentrent dedans, et enchaînent impulsion après impulsion, collision après collision, comme une catastrophe sans fin, douce et silencieuse.
Tous les cinq sortis en 2008 de P.A.R.T.S., les danseurs regroupés depuis dans le collectif Busy Rocks explorent avec cette troisième création la tension entre « être un objet » et « être un danseur », et proposent une chorégraphie qui, sous ses apparences graphiques et fluides, défie les lois de la gravité et… l’attente des spectateurs. L.D.

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Dominos and Butterflies [intégral]

Ils se sont connus à Bruxelles, à P.A.R.T.S., l'école de danse d'Anne Teresa de Kersmaeker, dont ils sont sortis en 2008. Forts de leurs échanges et de leurs affinités artistiques développés pendant quatre ans, Franziska Aigner (Autrichienne), Fabián Barba (Équatorien), Marisa Cabals (Espagnole), Tuur Marinus (Belge) et Gabriel Schenker (Brésilien) ont fondé le collectif Busy Rocks dans la foulée. C'est ainsi qu'ils créent des pièces communes ou séparées, leur alliance fonctionnant comme une plateforme de partage d'expériences.
Ils présentent cette saison au Théâtre de la Bastille deux de leurs créations : l'une collective, baptisée Dominos and Butterflies, l'autre individuelle puisqu'il s'agit de solos reconstitués par Fabián Barba à partir de l'½uvre de la chorégraphe Mary Wigman.

Dans Dominos and Butterflies, un mouvement en entraîne un autre dans un processus qui semble sans fin. À première vue, les enchaînements sont mécaniques. À y regarder de plus près, ils défient les lois de la gravité. Les danseurs s'emploient ainsi à rendre plastique et vraisemblable une continuité qui n'est pas du tout naturelle, sans musique autre que celle de leurs mouvements, de leurs membres heurtant parfois le sol avec vigueur. Et comme ils aiment déconstruire, ils finissent en beauté, dévoilant les coulisses de leurs douze semaines de création et leur exploration des combinatoires parcourues de manière poétique et drôle.

Dans A Mary Wigman Dance Evening, Fabián Barba reproduit neuf solos de Mary Wigman, pionnière de la danse contemporaine, tels qu'elle les a interprétés lors de sa première tournée aux États-Unis. Pour trois d'entre eux, il a travaillé à partir de vidéos, pour les autres, il s'est appuyé sur des photos, des textes de la chorégraphe et des articles de l'époque. Il a aussi fait appel à trois anciennes étudiantes de l'école Mary Wigman dans les années 60 (Suzanne Linke, Irene Sieben et Katharine Sehnert). Tout l'intérêt de son travail surgit de la tension entre une reconstitution la plus scrupuleuse possible et les décalages inévitables : Fabián Barba a beau reprendre les mouvements, les gestes et même la robe de la célèbre danseuse expressionniste, il reste un danseur équatorien de 26 ans ayant fait ses études à Bruxelles, interprétant en 2010 les solos créés par une femme allemande qui les dansa en 1929, à 43 ans, aux États-Unis... C'est donc toute la question du répertoire et de sa transmission qui est ainsi soulevée.


Dominos and Butterflies


Comment est né votre collectif ?

Fabián Barba :
Nous avons étudié ensemble à P.A.R.T.S. et nous y avons développé une dynamique de travail. Nous voulions garder cette dynamique après l'école. On ne savait pas du tout comment travailler seuls ! Est donc née l'idée d'un collectif qui nous permettrait d'avoir un point d'appui. Nous ne sommes cependant pas une compagnie et chacun des projets est à géométrie variable.


Vous évoquez une manière commune de produire et de percevoir le mouvement. Que voulez-vous dire par là?

Fabián Barba : Nous avons surtout développé un langage commun, une façon de parler du mouvement et de créer des liens entre différentes approches. Notre base est de questionner la façon dont on bouge, qu'il s'agisse de la façon presque « naturelle » de bouger ou de l'apprentissage technique que nous avons reçu. Autrement dit, nous interrogeons les codes qui sous-tendent la danse : comment un mouvement dont on croit qu'il nous appartient est déterminé par une éducation, une histoire, un contexte ? Nous cherchons à débusquer ce qui est construit derrière le « naturel ». Le mouvement n'est pas une donnée qui préexiste mais quelque chose qu'il faut toujours remettre en jeu. Autrement dit, un saut est un saut mais... pas seulement !


Dominos and Butterflies est une réaction en chaîne sans fin : un premier mouvement impulse le suivant et une mécanique irréversible se met alors en place. Comment est née cette pièce?

Fabián Barba :
Nous avons eu envie de faire une chaîne de mouvements qui joue sur l'ambiguïté entre « être un objet » et « être un danseur ». Nous sommes en fait des danseurs qui jouent à être des objets, et nous travaillons sur l'idée de « choses qui arrivent » impulsées par un premier mouvement. Quand la volonté est-elle présente ? Quand est-elle absente ?
Nous avons commencé par des trios (à l'époque, nous n'étions pas encore cinq dans le collectif). À cinq, les possibilités et la complexité du jeu ont augmenté.
Nous avions en tête les travaux de Fischli et Weiss (duo de plasticiens suisses qui a notamment réalisé une vidéo baptisée Le cours des choses présentant une suite d’enchaînements improbables, une série de débordements, de chutes, d’explosions, d’incendies...)
Ce qui nous intéressait était de déjouer les lois de la gravité : nous enchaînons les mouvements mais l'enchaînement est absolument faux du point de vue de la gravité. Simplement, il est fluide, plausible, il répond à une logique visuelle et fait donc illusion. Nous parvenons à créer ainsi une fausse naturalité et le public est pris entre deux hypothèses, deux lectures : si on regarde superficiellement, cela produit un effet de vérité ; si on regarde profondément, on s'aperçoit que tout est artificiel. Nous jouons ainsi avec les projections et l'imagination des spectateurs avec l'envie de faire partager la manière dont les codes sont compris, produits et transmis mais aussi avec le plaisir de croire et faire croire.

Laure Dautzenberg

Réalisation +
Chorégraphie et danse Franziska Aigner, Fábian Barba, Marisa Cabal, Tuur Marinus et Gabriel Schenker / Busy Rocks

Production Caravan Production et Good Move
Coproduction Monty, d e t h e a t e r m a k e r
Résidences PACT Zollverein / Choreographisches Zentrum NRW, Vooruit, fabrik Potsdam, Workspace Brussels.
Avec le soutien des Autorités flamandes
Réalisation Théâtre de la Bastille
Diffusion Caravan Production
Remerciements à P.A.R.T.S.