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Théâtre de la Bastille

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Absinthe


13 JANV > 11 FEV
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Le mot est beau et mystérieux, comme la nouvelle pièce de Pierre-Yves Chapalain

Absinthe. Le mot est beau et mystérieux, comme la nouvelle pièce de Pierre-Yves Chapalain, nouveau venu au Théâtre de la Bastille.
Dans son univers, il y a toujours un secret, quelque chose d’enfoui, qui refait surface. Avec lui apparaissent alors des fantômes tapis dans l’ombre, tout près, présences à la fois archaïques et prosaïques, quotidiennes et dérangeantes, comme un miroir de nos questionnements actuels. L’histoire d’Absinthe, l’héroïne, est celle d’une usurpation.
Pierre-Yves Chapalain, acteur devenu auteur et metteur en scène, croit au théâtre, à sa capacité de faire surgir l’invisible, à sa puissance poétique. Absinthe apparaît alors comme un interdit ancien à briser, comme une possible ivresse, dans un espace où les identités et les époques se fondent. L.D.

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Article

Absinthe [intégral]

Pierre-Yves Chapalain s'est fait connaître l'année dernière avec la mise en scène de son texte La Lettre à la Cartoucherie de Vincennes. Depuis, il a créé La Fiancée de Barbe-Bleue, spectacle jeune (et moins jeune) public qui revisite le conte de Grimm.
Cette fois, il crée Absinthe, une pièce dans laquelle une jeune fille, la justement dénommée Absinthe, se trouve confrontée aux fantômes familiaux et chargée d'une mystérieuse vengeance.

Longtemps acteur chez Joël Pommerat, on trouve chez les deux hommes un même goût des univers feutrés, un même soin accordé au travail sur le son, une même fidélité à certains comédiens. La comparaison s'arrête là. Pierre-Yves Chapalain, auteur associé au CDN de Besançon, a un univers bien à lui, une façon d'attraper le théâtre par les gouffres et le mystère, les fantômes et les secrets qui rôdent.
Il puise aussi bien dans sa mythologie personnelle (il a grandi en Bretagne, dans le monde paysan) que dans les grands textes de théâtre (Hamlet, Electre) et les légendes (la ville d'Ys et sa clé perdue) avant de porter tout cela sur scène, avec la complicité de son équipe (et notamment Marguerite Bordat à la scénographie et aux costumes, Frédéric Lagnau à la création sonore ou Yann Richard à la collaboration artistique)


Ainsi, Absinthe se passe en famille. Dans cette cellule de base, les liens existent, les repères sont simples, un père, une mère, des enfants. Reste à jouer toute la palette des relations et à tirer les fils, car le père n'est peut-être pas le père, la clé peut ouvrir des portes qu'on préférait fermées, et des mondes peuvent soudain s'écrouler.
C'est un théâtre qui explore les faces obscures, les incertitudes, les doubles jeux et les doubles fonds, dans lesquels on ne sait jamais trop ce qui relève du rêve et de la réalité. On y trouve toujours quelque chose de caché, d'enfoui, et qui refait surface. Une lettre dans La Lettre, la clé de la pièce interdite dans La Fiancée de Barbe-Bleue, une clé encore et des mystères sur les origines dans Absinthe... Dans ce monde trouble, où l'inconscient semble régner en maître, on tue, on meurt, on vit enfermé, reclus, on a été spolié de son identité, mais tout cela reste d'une violence étrangement légère et douce, suspendue, hors de la scène.

Car le théâtre de Pierre-Yves Chapalain est avant tout un théâtre de sensations, d'images, d'atmosphère. Dans Absinthe, on côtoie aussi bien le chat de Schrödinger et la physique quantique que les forêts de légendes où l'on s'engouffre et disparaît. Il est question de vengeance et d'oubli, de malédiction qui s'abat. Mais on y sort aussi des téléphones et des dictaphones. On parle de « laisser le purin là où il est », « d'examens de fin de cursus » et de « lame empoisonnée »... On y croise un homme à moustache dont la vie a basculé le jour où il a dû se la raser, une marionnette qui parle, des dunes et l'océan, et de mystérieuses histoires de familles et d'usurpation.

Tous ces éléments finissent par former un monde dans lequel les personnages tentent peut-être, surtout, de conjurer leur peur du temps qui passe, de la mort qui rôde, de l'oubli et des fins solitaires.

Voyage en quelques mots clés et en sa compagnie dans l'univers kaléidoscopique de Pierre-Yves Chapalain.


Absinthe

Je trouve que c'est un très beau mot. Il fait penser à un délire d'après boisson mais il est aussi lié à la malédiction par son étymologie. Cela convient parfaitement à cette histoire dans laquelle on ne sait pas si le personnage divague ou non. Et le délire peut alors prendre des proportions infinies, justement comme une malédiction.
Est-ce vrai, est-ce faux ? Je voudrais déconcerter tout en amenant une dimension vraie, toucher et créer de l'émotion.


Zones obscures

Les fantômes constituent mon obsession majeure et le théâtre est l'endroit idéal pour les jouer. Parce que les gens sont sur scène, vivants, qu'il n'y a pas de trucages. Tout se joue dans l'écriture et les situations, pas dans les effets techniques. Il suffit de regarder Shakespeare, ses pièces sont peuplées de fantômes et de sorcières ! Il faut jouer sur la proximité et partir de la suggestion. Quels signes trouver, sonores ou visuels, pour les faire naître ?
C'est aussi pour cela que le secret m'intéresse. Il est lié aux mystères de l'identité : qui est-ce, qui sommes-nous? Et on continue d'avancer avec des questions... J'aime l'idée de portes infinies.
Dans la pièce, Absinthe a donné une clé à un jeune homme. Aussitôt se dessine une menace possible. La clé peut ouvrir les digues, les portes, et cela annonce une forme de fin ou au moins de débordement comme dans la légende de la ville d'Ys, qui raconte qu'une femme très belle vivait à Ys au milieu des flots, avec des portes empêchant l'eau de rentrer. Chaque nuit, elle emmenait un jeune homme et chaque matin elle le faisait disparaître en le fracassant sur les rochers. Jusqu'au jour où elle céda les clés à un jeune homme qui fit engloutir la ville. Ici, c'est cette même menace qui plane.
Ensuite il faut donner corps au secret, le figurer. Avec une boîte comme dans La Fiancée de Barbe-Bleue ou avec une cave, comme dans Absinthe, on peut le rendre concret. On peut s'appuyer sur cette évidence pour avancer, créer un choc, créer du danger.


Archaïque et contemporain

Nous sommes faits d'archaïque et de très contemporain. Il y a des histoires très anciennes qui sont aussi complètement de notre époque.
La plupart des découvertes de la science contemporaine dévoilent des choses qui existent depuis la nuit des temps. Prenez l'ADN. La découverte est récente mais l'ADN, lui, a toujours existé. C'est le regard que l'on porte dessus qui change.
Je viens d'un monde qui mêle les deux (mes parents sont agriculteurs), un monde dans lequel on trouve des pratiques ancestrales d'un côté, les OGM et la recherche en agronomie de l'autre. Ca me touche et ce sont des territoires que j'ai envie d'explorer, à la fois familiers et très riches. Confronter ces deux dimensions me plait.
Dans Absinthe, le personnage de Francis évoque la physique quantique et le chat de Schrödinger. Cette pensée ouvre une brèche : l'assertion que le chat est autant vivant que mort, est, au sens strict, inconcevable. Mais ça rejoint les images surréalistes que j'aime mettre en place. On ne sait pas, par exemple, si l'homme à la moustache est vivant ou mort. Encore une fois, c'est le privilège et la force du théâtre : convoquer les fantômes et laisser exister les contradictions.


Métamorphoses et incertitudes

J'aime les métamorphoses, l'idée qu'on peut être soi et hors de soi à la fois. Cette fois, je travaille avec l'idée de carnaval, qui est quelque chose de très vivant. Il y a de l'énergie, de joyeux mélanges. C'est une période folle (et qui perdure notamment à Dunkerque, en Belgique, en Hongrie...) et théâtralement intéressante avec son univers sonore, les masques, les déguisements... Les monstres appartiennent au quotidien du carnaval, les rôles peuvent s'échanger, la part monstrueuse de chacun peut ressortir, au-delà de la fête.
J'aime brouiller les frontières.
C'est aussi ce que me permet la marionnette, qui est un mélange fascinant de vivant et de mort. Avec une marionnette ventriloque, de la magie entre sur scène. On se demande d'où ça sort, notamment avec la sonorisation, qui accentue le doute, les questions.


Décalages

Je travaille beaucoup sur les contradictions, je cherche à faire sortir l'histoire des rails, à créer des décalages, des évolutions surprenantes. Avec les comédiens, nous travaillons à accompagner le côté déconcertant des situations. Il s'agit à la fois de faire surgir des écarts tout en restant attentif à la perception, car il ne faut pas perdre le public en route. Il s'agit aussi de trouver de la fluidité entre les éléments, et des appels d'air dans les situations pesantes. C'est une question d'écriture et de jeu car c'est un travail de rythme et de langue. C'est aussi le sens du travail sur le son, cela donne de l'épaisseur et met en valeur des moments de silence qui peuvent être très surprenants.
De la même façon, j'aime beaucoup les images surréalistes, comme celle du début de la pièce, quand la grand-mère meurt en hurlant dans une langue que son fils ne comprend pas.
Après, il faut rendre ces images crédibles, ce qui passe aussi par un travail avec les acteurs.
Mon univers est un univers de sensations, mais il me faut ensuite trouver des échos, des points de résonance, construire un fil, une logique qui tient le récit. Il faut équilibrer ces images avec des situations qui créent une tension dramatique.


Initiation

Du côté du personnage d'Absinthe, on trouve la dimension d'un conte initiatique, c'est le récit d'un passage à l'âge adulte. L'homme à la moustache lui demande de le venger. Francis l'encourage à prendre conscience de ses qualités, lui parle du talent qu'elle porte en elle. Faire découvrir à quelqu'un son propre talent est peut-être ce que l'on peut faire de mieux. Il n'y a rien de plus excitant que de révéler ça.


Violence et usurpation

La violence que je mets en scène apparaît de façon légère, comme ça arrive souvent dans la réalité. La catégorie de l'exceptionnel apparait d'abord sous une forme neutre et relève surtout de perceptions intérieures. Les traumatismes ont lieu dans l'après-coup.
Les gens ne se rendent pas forcément compte qu'ils sont horribles !
Par exemple, dans

Réalisation +
Texte et mise en scène : Pierre-Yves Chapalain
Scénographie : Marguerite Bordat
Collaboration artistique : Yann Richard 
Musique et paysage sonore : Yann Le Hérissé  et Frédéric Lagnau
Création lumières et direction technique : Grégoire De Lafond 
Perruques et maquillage : Nathalie Regior
Collaboration à la ventriloquie : Michel Dejeneffe 
Construction : Patrick Poyard et Pedro Noguera
Réalisation costumes : Florence Bruchon
Administration de production : Juliette Roels assistée de Céline Settimelli

Avec sur le plateau : Patrick Azam, Philippe Frécon, Perrine Guffroy, Laure Guillem, Yann Richard, Airy Routier, Catherine Vinatier, Margaret Zenou et la voix d'Annie Mercier

Spectacle créé le : 4 novembre 2010 au Nouveau Théâtre – Centre dramatique national de Besançon et de Franche-Comté
Production : Le Temps qu’il faut
Co-production : Nouveau Théâtre - Centre dramatique national de Besançon et de Franche-Comté, Théâtre de la Bastille, Comédie de l’Est – Centre Dramatique Régional d’Alsace, Théâtre de la Coupe d’Or – Scène conventionnée de Rochefort, avec l’aide à la production d’Arcadi, du Ministère de la culture et de la communication – DRAC de Bretagne, l'aide à la production et à la diffusion du Fonds SACD Théâtre et le soutien de l’ADAMI.

Ce spectacle a été répété au Théâtre de la Bastille et a bénéficié de son soutien technique.

La compagnie Le Temps qu’il faut est associée au Nouveau Théâtre - Centre dramatique national de Besançon et de Franche-Comté.

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