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Théâtre de la Bastille

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Woyzeck d'après Woyzeck


05 MARS > 02 AVRIL
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Je veux essayer de le rendre à la vie… et je vais le faire avec un couteau

Avec son spectacle Les Justes, le metteur en scène Gwenaël Morin transformait en 2008 le Théâtre de la Bastille en scène de crime. Délimitées par un ruban de sécurité, scène et salle devenaient concrètement le théâtre des opérations du drame imaginé par Camus. Pour sa prochaine création Woyzeck d'après Woyzeck, un des plus merveilleux textes de théâtre, le metteur en scène semble revenir de la morgue. « Woyzeck est une utopie, un corps sans tête, un tas d’organes sans corps, un désordre de chair qui aurait été vivant» explique-t-il avant de poursuivre : « Je veux essayer de le rendre à la vie… et je vais le faire avec un couteau ». Le cadavre est célèbre, souvent mis en scène donc délicat, mais on ne doute pas de l’adresse au scalpel de Gwenaël Morin pour lui redonner un visage neuf et vivant.
A.L.

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Woyzeck d'après Woyzeck [intégral]

Entretien avec Gwenaël Morin, Aubervilliers, mois de novembre 2009
propos recueillis par Aude Lavigne

Question : Woyzeck figure parmi la série des classiques du théâtre que vous montez depuis un an dans le cadre de votre projet Théâtre Permanent aux Laboratoires d'Aubervilliers. Vous êtes en ce moment, à la mi-novembre 2009, en cours de répétitions, comment abordez-vous cette pièce ?

Dans notre travail, il est question d'expérience, il faut traverser le texte. Ainsi, les choix dramaturgiques se font "expérience faisant". Mais, et c'est déjà un premier parti pris, je souhaite qu'on traverse tout ce qui est Woyzeck, y compris les paragraphes qui sembleraient avoir été barrés. Nous allons tout prendre de ce qui a été rassemblé par Büchner dans le dossier Woyzeck et nous allons tout jouer dans l'ordre chronologique donné par les éditeurs. ( voir notes 1 et 2 en bas de texte)

Ce qui est très étonnant quand on joue tous les éléments ; il y a quatre manuscrits donc quand on joue tout, il y a des scènes qui sont reprises, modifiées, il y a des personnages récurrents qui changent de statuts, il y a des personnages dont le rôle est rempli par un autre personnage dans une deuxième partie… on aperçoit la musique de l'ensemble. Ce n'est pas une cohérence rationnelle mais c'est loin d'être un hasard. Nous sommes surpris par la cohérence musicale de la répétition de ces scènes. S'il y a une absence de hiérarchisation classique, une absence de narration cohérente, il y a une force qui n'est pas celle que l'on pourrait trouver en mélangeant par exemple les scènes un texte comme Lorenzaccio. D’ailleurs si l'on s'amuse à re-mélanger les scènes de Woyzeck, cela devient très compliqué. Il y a donc une beauté, sinon une cohérence, dans cet ensemble. Il est intéressant de noter que Schoenberg et son écriture dodécaphonique soient les «presque» contemporains de Büchner, et je ne vois pas pourquoi on accepterait cette remise à plat de la composition musicale et pourquoi on s'efforcerait de retrouver une cohérence narrative à ce que Büchner aurait écrit (voir note 3 en bas de texte). Il n'y a donc pas de raison qu'on accorde à Schoenberg ce qu'on refuse à Büchner. Je ne cherche pas à prouver quoique ce soit, mais en tout cas il s'agit dans un premier temps de traverser cette matière.

Question : Que vous inspire le personnage de Woyzeck ?

Je retiens son insignifiance, il est noyé dans la masse. C'est quelqu'un qui n'a aucun intérêt, qui fait que ce les gens font tous les jours. Mais il tue sa femme, alors il enraye le cycle et devient alors un personnage public. Ce qui est étonnant c'est qu'à partir du moment où il commet cet acte démesuré, on se met à regarder sa vie insignifiante avec un ½il neuf, rafraîchi. On devient alors attentif à ce qu'est un homme qui en rase un autre, attentif à un homme qui, pour pouvoir vivre, livre son corps à la science, attentif à ce que c’est qu'un soldat…. Il faut faire un acte exceptionnel pour pouvoir s'intéresser à ce qui est insignifiant. À travers Woyzeck, le monde nous apparaît pour la première fois, la tragédie est là. C'est une tragédie de l'insignifiant. Il est insignifiant dans le sens où c’est quelqu'un qui est d'accord, pas impliqué. Il faut bien vivre, et, dans son cas, il faut bien survivre. C'est un pauvre qui est à la limite de basculer en dehors du champs social. Le cas Woyzeck n'est pas un cas isolé, bien sûr il commet un meurtre, mais beaucoup peuvent le comprendre.

Question : La mise en espace dans vos mises en scène joue un rôle actif dans la perception du texte. Dans Les Justes de Camu, présenté au Théâtre de la Bastille, vous aviez inclu les spectateurs à l’intérieur d’un cordon de sécurité de manière à accroître la tension de l’acte terroriste à l’½uvre dans la pièce. Comment imaginez-vous le traitement scénique, scénographique pour Woyzeck ?

Je pense qu’on va faire un dispositif quadri-frontal. Les gens autour, non pas comme dans un cirque, mais comme une espèce de « patate », tous autour de Woyzeck. Je ne souhaite pas de mise à distance de l'image. Ce n’est pas quelque chose qu’on regarde, c’est quelque chose qui fait partie de nous, il est parmi nous. C’est une façon de le faire surgir parmi nous comme dans un bar, dans un foyer, comme dans une salle de bal. Parce que la pauvreté, liée à un manque d'argent, se traduit par la nécessité de se nourrir, de dormir et de baiser, il existe un besoin de tromper ça. L'alcool, la fête, la danse, le chant repoussent le fait de devoir se nourrir, dormir... On ne va pas faire un cabaret mais c'est un peu comme si on avait dégagé de l'espace pour faire la nique à la nécessité animale qui nous traverse.

Note 1 : Woyzeck, Georg Büchner / version reconstituée, manuscrits, source. Traduction nouvelle, préface et notes par Jean Louis Besson et Jean Jourdheuil. Paru le 22 juin 2006. Editeur : Ed. Théâtrales

Note 2 : 4ème de couverture de cette édition : « Le soldat Woyzeck, soumis aux aléas d'une vie misérable et à l'exploitation de ses supérieurs, dévoré par la jalousie, tue sa compagne Marie. Véritable tragédie de la vie ordinaire, la célèbre oeuvre de Büchner est inspirée d'un fait-divers. Elle marque, pour la première fois dans l'histoire de la littérature dramatique, l'apparition d'un personnage populaire comme figure centrale. Cette pièce, laissée inachevée en 1837 après la disparition brutale de son auteur, figure aujourd'hui parmi les grands chefs-d'oeuvre du théâtre universel.
Cette nouvelle édition présente une reconstitution de la version scénique, tenant compte des découvertes les plus récentes sur la genèse de l'oeuvre ; elle remet en cause l'idée selon laquelle la pièce serait constituée de fragments dont l'organisation serait aléatoire et permet de suivre le cheminement précis de la fable. La traduction de Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil restitue pleinement la poésie, l'énergie et la radicalité de l'écriture.
On trouvera aussi dans ces pages l'intégralité des quatre manuscrits - où apparaissent les incertitudes de l'écriture - ainsi que le rapport du psychiatre Clarus sur le Woyzeck historique, qui fut la principale source d'inspiration de Büchner. La juxtaposition de ces documents nous invite à pénétrer dans l'atelier secret de l'auteur et à suivre les étapes de son travail de création.»

Note 3 – source Wikipédia : Le dodécaphonisme, ou musique dodécaphonique, est une technique de composition musicale imaginée par Arnold Schoenberg. Cette technique donne une importance comparable aux 12 notes de la gamme chromatique, et évite ainsi toute tonalité. La série dodécaphonique est conçue comme une succession permettant de faire entendre chacun des douze sons, mais sans qu'aucun ne soit répété. L'ordre ainsi établi forme une série immuable d'intervalles, qui soutient tout le développement de l'½uvre. Il serait alors sans doute plus judicieux pour la compréhension du système de parler d'une série d'intervalles plutôt que d'une série de notes. Les intervalles sont vectorialisés selon le principe de la parité intervallique. Ce principe, et c'était là une des finalités de son inventeur, ôte toute hiérarchie dans les hauteurs, chacune ayant la même importance dans le flux mélodique. De ce fait, il va contre les principes de l'harmonie tonale, et crée, terme que Schönberg déniait, une "atonalité".

Réalisation +
Texte de Georg Büchner
Un spectacle de Gwenaël Morin
Avec Julian Eggerickx, Barbara Jung, Grégoire Monsaingeon et Gwenaël Morin.

Spectacle créé dans le cadre du Théâtre Permanent produit par la Compagnie Gwenaël Morin et Les Laboratoires d’Aubervilliers
Coproduction
Théâtre de la Bastille
La Compagnie Gwenaël Morin est conventionnée par le Ministère de la Culture / DRAC Rhône-Alpes et la Région Rhône-Alpes et subventionnée par la Ville de Lyon
Administration Elodie Erard

REVUE DE PRESSE

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