théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

shobo2edvardmolnar
danse

Remontant le temps vers notre époque, le samouraï et sa servante nous rejoignent pour évoquer tout en délicatesse de furtifs moments poétiques.

Une date supplémentaire a été rajoutée aux représentations de SHO-BO-GEN-ZO : le jeudi 28 janvier à 21h

Le titre de la pièce SHO-BO-GEN-ZO est une référence directe aux écrits de Dogen, maître zen du 13e siècle. Josef Nadj, grand admirateur de la pensée bouddhiste est allé y piocher deux courts fragments, dont cette phrase que le chorégraphe cite en souriant : « L’oiseau voit la trace de l’oiseau ». Il dit aimer dans le bouddhisme cette capacité à « saisir les choses sans vouloir les expliquer ».
Le duo musical repose sur l’imaginaire puissant des musiciens improvisateurs hors pairs : Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi. Cécile Loyer et Josef Nadj nous rejoignent pour évoquer tout en délicatesse de furtifs moments poétiques. La trace de l’oiseau apparaît avec une pointe d’humour, cet humour subtil des maîtres zen très apprécié par Josef Nadj et qu’il sait nous faire partager dans ce très beau spectacle. Aude Lavigne

fermer SHO-BO-GEN-ZO
Article

SHO-BO-GEN-ZO [intégral]

SHO BO GEN ZO Chorégraphie et scénographie : Josef Nadj
Composition musicale : Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi


Entretien avec Joseph Nadj

Aude Lavigne : Expliquez nous le titre de votre pièce « Sho Bo Gen Zo » ?

Joseph Nadj : C’est un livre de Maître Dogen, Maître zen du 13ième siècle, très récemment traduit par Yoko Rimo avec comme sous titre « la vraie loi trésor de l’½il ». J’ai d’abord connu les écrits de maître Dogen sur la cuisine zen, mais cette traduction est sortie et c’est un énorme travail. Yoko Rimo donne une multitude d’explications par rapport à des termes japonais et c’est la traduction le plus proche de l’esprit de Dogen. Il y a des écrits très divers dans ce livre, des sutras indiens, des textes traditionnels du bouddhisme, des textes de règles monastiques. Il y a des textes courts et d’autres plus libres plus poétiques car Maitre Dogen avait un don de la poésie, et surtout un ton. J’ai retenu deux petits fragments et ce livre m’a poussé à construire un jeu, une opposition avec une danseuse.


Question : Vous dites que cette pièce est un jeu ?
L’ouverture de la pièce est une sorte d’évocation du temps de Dogen et aussi un jeu libre sur cette culture. Je suis habillé en Samouraï et Cécile Loyer en Agata et on crée notre Koan : dans le zen un koan c’est éclairer le mystère sans parole.
On a créé un jeu avec des personnages qui viennent de l’époque de Dogen, comme ça j’ai justifié le rapport même très libre et très vaste avec Maître Dogen que j’admire, j’admire le boudhisme, cette spiritualité, cette fluidité, cette disponibilité d’être et aussi l’humour des Maîtres zen.

Question : Vous en tirez également un enseignement physique ?
Depuis des années je m’amuse à créer des Koan, c’est une occasion de se confronter à cet exercice. Dans le zen, les Koan sont des dialogues entre le maître et l’élève et au début du spectacle nous en faisons une adaptation physique.

Question : comment évolue la pièce par la suite ?
Il s’agit de deux pas-de-deux si l’on peut dire , un dialogue entre deux corps musicaux, un homme et une femme et deux corps dansants. La scène est toujours pour moi un espace musical , la musique est un langage qui me stimule, surtout par deux grands musiciens comme Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi.
C’est comme un tableau animé de l’époque avec les costumes puis on abandonne le costume pour devenir un homme et une femme contemporains. Dans l’ensemble de mon travail, cette pièce figure dans la catégorie des petites formes intimes, avec peu d’accessoires, avec ce rapport à la musique vivante qui présuppose une écriture à la fois ouverte et fermée, une écoute aigue à l’improvisation. C’est une forme à part que j’aime pratiquer de plus en plus.

Question : parlez nous de votre duo avec Cécile Loyer ?
Je travaille avec Cécile Loyer sur des grandes pièces mais il y avait cette envie de se dépouiller un peu des autres. Le duo est l’espace du dialogue par excellence, ce que je fais avec Miguel Barcelo, Dominique Mercy et aussi ce que je fais avec Akosh Szelevényi.
Dans cet accordage avec Cécile Loyer on se modifie un peu. Cécile Loyer c’est la fluidité et dans les improvisations pour essayer de la suivre j’ai dû bien travailler en profondeur des sensations ce que je ne fais pas seul. Seul, je travaille sur d’autres types de mouvements qui tirent plus vers un côté marionnette.

Question : comment donnez vous vos indications dans le travail ?
Je dis souvent excusez moi …parce que je ne sais pas expliquer, je ressemble à un idiot qui apprend à parler, mais…j’essaie de montrer, je partage directement la recherche.

Question : Revenons à L’Orient, qu’est ce qui vous attire ?
Ca vient du besoin de soif intérieure de toucher une certaine pureté et une transparence alors qu’ici en occident on est dans un monde trop rationnel et trop matériel . J’ai toujours trouvé dans la culture orientale cette disponibilité pour saisir les choses sans vouloir les expliquer, les saisir c’est une façon de vivre, d’écrire, de peindre et l’art de la calligraphie est un repère constant pour moi.

Question :La calligraphie c’est le geste parfait, en danse vous cherchez le geste parfait ?
Ce n’est pas la perfection que je vise mais c’est une forme de vérité profonde quand le geste est juste et ça on le sent, quand le geste est en accord avec les intentions avec sa musicalité propre. Perfection je ne sais pas, mais maîtrise sûrement.

Réalisation +
Chorégraphie et scénographie Josef Nadj
Composition musicale Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi
Avec Josef Nadj et Cécile Loyer (danseurs), Joëlle Léandre (contrebassiste) et Akosh Szelevényi (saxophoniste et poly-instrumentiste)
Lumière Rémi Nicolas
Décors Julien Fleureau
Conception des masques Jacqueline Bosson
Costumes Aleksandra Pesic et Françoise Yapo

Première représentation : le 11 septembre 2008 à Kanjiza (Serbie)
Production: Regional Creative Atelier Jozef Nadj, Kanjiza
Coproduction : Jugokoncert-Beograd, Pecs 2010 ECC, Centre Chorégraphique National d'Orléans (France) , Théâtre de la Bastille – Paris (France)

Production/diffusion Martine Dionisio