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Théâtre de la Bastille

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(Hors-Série 2) Proposition 1 : Réanimation


04 > 07 FEV
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Pour cette deuxième édition du HORS-SERIE, nous avons souhaité inviter des artistes pour qui la porosité des frontières entre les arts est au cœur de leur travail.

Tout a commencé par des Exercices et observations. Pendant ses deux années de résidence au Victoria Théâtre de Gand, Miet Warlop, artiste flamande plasticienne et performeuse, prend le temps de la réflexion et renoue avec la solitude de l’atelier. Il en résulte Proposition 1 : Réanimation, qui, avec une grande simplicité (un plateau nu à l’exception de chaises et de vêtements) présente une pièce sans parole à haute teneur poétique. En effet, peu à peu, Miet Warlop habille et déshabille les chaises, créant et défaisant des personnages, et insufflant une vie douce, tranquille, dure ou tragique aux objets du quotidien. Tandis qu'elle suit en silence un fil invisible, le spectateur de son côté, imagine, projette, s’égare, et recommence. Une façon de jouer avec la perception, et les histoires que chacun se raconte…

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Article

(Hors-Série 2) Proposition 1 : Réanimation [intégral]

Miet Warlop / Proposition 1 : Réanimation
Entretien



Miet Warlop, est née en 1978. Diplômée de l’Académie de Gand en 3D Multimédia, option performance et scénographie en 2003, elle obtient le prix du Jeune Théâtre au festival Theater aan Zee à Ostende avec son travail de fin d’études.
Elle enchaîne alors avec une production personnelle et un travail scénographique pour d’autres metteurs en scène.
Elle obtient ensuite une résidence au théâtre Victoria de Gand, dont elle profite pour retrouver un travail plus solitaire. Il en sort trois performances (dont Proposition 1 : Réanimation) et une série de courts-métrages.
Dans Proposition 1 : Réanimation, elle amasse et déplace des vêtements et des chaises en silence, avec une grande méticulosité. Elle travaille lentement, à vue, comme pour une reconstitution de scène de meurtre. Pas d’éclairage, pas de « scène » à proprement parler, simplement des objets qu’elle habille et déshabille. Par ces simples opérations menées avec une étonnante tranquillité, Miet Warlop parvient à créer un univers empreint d’une grande douceur, et compose des figures qui, quoique inanimées, font surgir un petit théâtre sans paroles.
Cette « ré-animation » qui joue sur la perception ouvre au spectateur des perspectives imaginaires insoupçonnées : ici, chacun est ainsi invité à « jouer » et à développer ses constructions mentales…


Comment est née Proposition 1 : Réanimation?
Cette performance est née de mon travail dans le cadre d’une résidence de deux ans à Victoria, qui m’a permis de faire de la recherche sans la nécessité d’un résultat final. J'ai pu prendre mon temps et travailler de façon plus solitaire. Je cherchais d’ailleurs plus du côté de l’installation, de la sculpture. J’ai commencé par construire quarante ou cinquante silhouettes dans le même espace, à partir de chaises et de vêtements. Mais ça ne me satisfaisait pas, il n’y avait pas de suspense, de vie dans cet assemblage. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une performance, qui partirait des mêmes objets mais que j’investirais, moi, comme une animation. Cette création a marqué un grand changement dans mon travail, parce qu’avant tout était allé très vite ; j'étais très entourée, j’avais fait des performances avec beaucoup de gens sur scène. Là, j’étais soulagée de retourner dans mon atelier ! Cela m’a permis d’aller vers la soustraction et de développer mon langage.

Vous construisez votre performance avec peu de choses…
Je pars toujours de l’espace vide, avec quelques objets que je commence à changer de place. Je les manipule de façon très précise, ce qui ne donne pas de scènes très concrètes pour le spectateur. Moi je connais l’histoire, pas lui. Il peut donc imaginer des choses puis être amené à changer d’histoire… C’est un peu comme si je dessinais : les spectateurs ne voient que les gestes et ensuite, le dessin prend forme, ils le voient en entier. J’aime travailler sur la perception et l’imaginaire. Je travaille beaucoup, par exemple, sur les changements d’échelle : comment trois objets mis les uns sur les autres peuvent devenir une montagne que je dois grimper, comme dans Proposition 2… Je m’intéresse aussi beaucoup à la façon d’animer l’inanimé. Dans chacun de mes travaux, les objets sont fatigués, « travaillent ». J’aime l’idée qu’on peut construire des histoires, des parcours très spécifiques avec des éléments très simples, des objets très usuels. Je vais au c½ur des choses : ni musique, ni texte, ni lumière. L’effort – et l’intérêt ! – porte sur l’objet lui-même et ce qu’il suscite.

Cette performance remonte à quelques années. Comment a évolué votre travail depuis ?
J’aime alterner les performances solitaires et les projets avec d’autres. Si on travaille longtemps seul, on peut avoir tendance à se replier sur soi, à se refermer. Et je pense que ce n’est pas bon pour un artiste. On doit s’assurer de la possibilité de s’ouvrir de nouveau. C’est ainsi qu’après avoir fait Proposition 1 puis Proposition 2 : Reconstruction, où je reprenais le principe de la manipulation d’objets mais dans un sens plus dynamique, je travaille aujourd’hui sur Last Week, un projet avec cinq performers qui se rapproche plus du slapstick, de l’absurde et de la façon dont des accidents désastreux peuvent devenir drôles.

Emmanuelle Mougne

Réalisation +
Conception, scénographie et interprétation Miet Warlop et Sofie Durnez

Production De Bank / CAMPO (ex-Victoria)
Réalisation Théâtre de la Bastille