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Théâtre de la Bastille

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(Hors-Série 2) Happy Child


02 > 07 FEV
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Pour cette deuxième édition du HORS-SERIE, nous avons souhaité inviter des artistes pour qui la porosité des frontières entre les arts est au cœur de leur travail.

Tout est blanc, écru, blanc comme de la neige sale, le vent souffle et un homme traîne des sacs lourds qu’il amasse sur le plateau. Serait-ce un ogre ? On devine des corps vivants sous la toile.
Ainsi placé sous le signe du conte, le spectacle de Nathalie Béasse nous plonge avec beaucoup de réussite dans un récit qui s’ordonne à la faveur du climat. Après le vent, il y aura le froid, la nuit, la pénombre.
Au sol, une famille de cinq personnes, deux femmes et trois hommes, s’est donnée rendez-vous. Ballottée par les forces impérieuses de la nature, la fratrie met en mouvement la mémoire de sa vie en commun : une virée nocturne, une danse de mariage, des discussions éparses, un récital de piano, la vie s’agite et pourtant le mystère pénètre. Magnifique.
A.L.

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(Hors-Série 2) Happy Child [intégral]

ENTRETIEN Aude LAvigne AVEC NATHALIE BEASSE

VOUS PRESENTEZ POUR LA PREMIERE FOIS VOTRE TRAVAIL AU THEATRE DE LA BASTILLE, POUVEZ VOUS NOUS RETRACER VOTRE PARCOURS ARTISTIQUE ?

On va dire que ça commence comme ça : une maman qui met dans un tiroir un petit carnet rouge avec écrit à l’intérieur tous les films qu’elle a vu dans les années 50/60 projetés dans le café de ses parents par un homme et son cinéma ambulant et moi qui regarde toute mon enfance tous ces titres de films et elle qui me les raconte…..

Après avoir passé un bac philo et arts plastiques en 1989, je voulais être derrière la caméra et réaliser des films. Les premiers pas du festival Premiers Plans à Angers, la ville où je vis, me nourrissent…puis j’entre à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angers en Communication Visuelle. Je découvre la photographie, l’installation et tous les médiums des arts visuels. Grâce à un échange franco-allemand à la H.B.K. de Braunschweig en Allemagne, école imprégnée par l’enseignement de Marina Abramovic et Anzu Furukawa, je participe à un projet de Performing-Art qui va ouvrir mes champs d’expérimentations. Je décide de me mettre en scène dans mes installations de plasticienne et je passe mon diplôme des Beaux-Arts en faisant une installation-spectacle dans un bus de la Ville « les Disparus de la Cotra ». Pour approfondir mon rapport au plateau, aux textes, je me forme au Conservatoire National de Région en Art Dramatique d’Angers (1994).
Toute cette expérience de croisement des formes artistiques me conduit de 1995 à 2000 à travailler avec le collectif ZUR (Zone Utopiquement Reconstituée) qui regroupe des plasticiens, scénographes et performers. Sur ma route je rencontre le travail de Yoshi Oïda, Georges Appaix, Carlotta Ikeda, Josef Nadj….

Quelles sont vos premières mises en scène ?

Je m’oriente vers une recherche plus autonome et personnelle avec 4 musiciens live et 3 interprètes („Tria Fata“ en 1997), et je crée ma propre compagnie en mars 1999.
Une première phase de création interroge la relation du corps à l’objet, à la narration, à la frontière du théâtre et de la danse. C’est avec „Trop-plein“, sur le thème du déluge dans tous les sens du terme en 1999, que mon travail va prendre toute sa force (Prix du jury professionnel et étudiant au Festival International de Théâtre des Amandiers de Nanterre en juin 2000)
Avec „Last cowboys“ en 2001, je mets en scène 6 interprètes masculins sur le milieu ouvrier et ses échappatoires. Avec „Landscape“ en 2004 (1 solo et 3 duos) on parlera de nos conflits et de nos paysages intérieurs.

Après ces mises en scène, j’ai voulu expérimenter une autre écriture de plateau et revenir à mes premières préoccupations sur le cinéma. Le projet « in situ » constitue une recherche sur la relation au temps, à l’espace, à l’architecture du lieu, et à la présence, avec l’introduction de l’image-film projetée derrière les interprètes, 4 prototypes ont été ainsi créés : « doorstep/in situ 1 » en mai 2005 lieu unique Nantes, « goodnight/in situ 2 » en février 2006 chabada Angers, « sunny/in situ 3 » en novembre 2006 la fonderie Le Mans et « so sunny/in situ 4 » en mai-juin 2007 Le grand R La Roche sur Yon
Le Centre National de Danse Contemporaine d’Angers accompagne depuis 2006 la compagnie à travers un laboratoire de recherche (scène/image) et des temps de création.

Parallèlement depuis des années, je mène des ateliers avec des adolescents psychotiques dans un institut médico-éducatif, et en 2008 j’ai monté un laboratoire vidéo/danse/théâtre « Portraits Paysages » avec des détenus de la Maison d’arrêt d’Angers, un nouveau projet sera mené en décembre 2009.

Quelle est la Génèse du spectacle „Happy child“ que vous présentez au théâtre de la bastille ? D’où vient ce titre ?

Après deux ans de créations in situ en lien avec l’image cinématographique, j’ai voulu réinterroger l’espace scénique avec une écriture toujours chorégraphique mais sans doute ici plus théâtrale. J’ai voulu revenir à une forme plus conventionnelle, avec un travail de direction d’acteurs plus approfondi.
On a travaillé sur l’univers des contes et sur une énigme, comme si on se racontait un polar. Je voulais qu’on entre dans le spectacle comme dans un livre, avec des chapitres, un prologue et un épilogue. Quelque chose qui puisse retenir notre haleine quand tout peut basculer, passer de l’autre côté. Même si à un moment donné les pistes sont brouillées, par des échappées, le point de départ est une histoire.

Je veux évoquer le rapport à la famille avec tous ses non-dits, sa brutalité face au silence, et puis le manque lié à l’absence, à la disparition de la figure du père et de la mère et paradoxalement à leur rejet.
Comment on se cache derrière des masques, comment on devient quelqu’un d’autre. Idée du masque, du simulacre. Comme des enfants. Instinctifs. Travailler vraiment sur l’instinct. Une sorte de danse macabre en famille….
Et puis j’ai créé ce spectacle enceinte et l’arrivée d’un enfant dans ma vie m’a amené une autre vision du monde.

Votre travail accorde une grande place au mouvement , quelles sont les indications que vous donnez aux acteurs, comment travaillez vous ?

Je travaille comme un peintre par couches de couleurs, par équilibre et déséquilibre des espaces. J’utilise tous les accessoires du décor pour créer des tableaux, des simples sacs plastiques deviennent des roches sorties de peintures bibliques, j’écris le spectacle avec des symboles picturaux, tout me parle, rien n’est laissé au hasard, un fauteuil vide raconte déjà tellement, la scénographie devient un élément de jeu. Comme un cinéaste par le cadrage puis avec le montage j’écris le spectacle. C’est comme si j’avais une caméra invisible devant moi, je travaille les différents plans, les nets , les flous, les profondeurs de champs, les doubles plans j’essaye de mettre en parallèle sur le plateau des scènes qui racontent différentes situations, je crée d’autres dimensions de perception ….

Je commence par un premier travail d’observation objective de la présence et des déplacements des interprètes, du groupe dans un espace que je détermine avec quelques accessoires de décor, des costumes, ils sont d’ailleurs en costumes dès les premiers jours. Puis un jour, je lance un thème et l’interprète y répond oralement ou physiquement, toujours très dirigé. Un autre jour j’ai une scène très précise en tête, l’ autre jour une musique ou un texte…Mes indications sont parfois très précises et parfois très ouvertes, j’aime observer ces moments de doute et de vide chez l’interprète.
La question de l’interprète et de sa présence sur un plateau me semble être primordiale. La virtuosité, la performance physique, la perfection d’un mouvement ne m’intéressent pas. L’interprète doit pouvoir être chacun de nous, le spectateur doit pouvoir se sentir proche de lui. L’acteur doit être là sur le plateau avec toutes ses imperfections, ses fragilités, et se laisser emporter par ses propres vides. Il doit être concret dans ses mouvements, être dans l’instant présent. C’est un langage corporel qui s’écrit, se dévoile pour évoquer notre lien à la réalité, se plonger dans le présent, et écouter d’autres espaces-temps. Les interprètes sont là avec le public, dans le temps présent en relation directe avec lui. On joue quelque chose et à tout moment cela peut s’arrêter de jouer cette histoire-là. C’est la sensation du basculement. On est dans une situation de jeu où tout à coup le jeu s’arrête.
Etre toujours dans un lâcher prise physique et sensible, être à l’écoute de ses sensations. Etre toujours dans une tension, même dans une apparente détente.
J’aime les ruptures, les cassures, je leur demande souvent d’être des « broken dolls ».
Le corps quand il s’arrête se renverse, change de cadre, son poids est réparti ailleurs, pas seulement dans les pieds, mais dans une main, ou une tête. Il y a un rapport au vertige, à l’abandon, à la perte de repère, prendre le plaisir dans ces abîmes physiques, ces évanouissements proche de l’extase (« Sainte Thérèse » Le Bernin ). J’approfondis ces renversements de corps, ces corps en arrêt, en tension, pour mieux dévoiler leurs fragilités, et vivre avec.
Ce sont les corps dans leur simplicité, les dos comme dans ces films qui me nourrissent (« Padre padrone » des frères Taviani, « Ces rencontres avec eux » de Straub et Huillet, « le Miroir » de Tarkovski…). Le travail que je mène depuis plusieurs années avec des adolescents psychotiques a fait l’expérience de cette relation au corps qui ne passe pas forcément par le langage.
Avoir un corps habité, un corps comme une maison.

Réalisation +
Conception, mise en scène et scénographie Nathalie Béasse
Avec Etienne Fague, Karim Fatihi, Erik Gerken, Anne Reymann et Camille Trophème
Lumière Natalie Gallard
Bande sonore Julien Parsy
Régie son Xavier Genty
Costumière Laure Chartier
Sculpture Corinne Forget

Production Compagnie Nathalie Béasse/Association Le Sens
Coproduction Open Arts, Théâtre Le Quai – Angers, CNDC Centre national de danse contemporaine – Angers
Cette création est réalisée grâce au soutien en production et en résidence de création de Open Arts-Le Quai et du Centre national de danse contemporaine à Angers
La compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC des Pays de la Loire et soutenue par la Région des Pays de la Loire, le Département du Maine-et-Loire et la Ville d’Angers
Réalisation Théâtre de la Bastille
Administration/production/diffusion Philippe Murcia et Céline Gaudron

REVUE DE PRESSE

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