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Théâtre de la Bastille

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(Hors-Série 2) bi-portrait Jean-Yves


10 > 13 FEV
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Pour cette deuxième édition du HORS-SERIE, nous avons souhaité inviter des artistes pour qui la porosité des frontières entre les arts est au cœur de leur travail.

Le duo BI-PORTRAIT JEAN-YVES est l’histoire d’une rencontre, assez peu commune sur un plateau de danse contemporaine au XXIe siècle, entre un jeune danseur et un curé. Par extension, elle produit l’alliance, tout aussi inattendue de nos jours et dans notre société, de la danse avec la religion en travaillant à une nouvelle liturgie. Il ne faut pas s’étonner alors que le spectacle commence de dos, via une séquence filmée, et prend son second envol à plat ventre. En questionnant en sous-main leur pratique réciproque, le curé et le danseur se rejoignent dans des figures très inspirées : faire la croix, reproduire le son des cloches, transposer un chant choral ou encore évoquer le symbolique dans le concret.
A.L.

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(Hors-Série 2) bi-portrait Jean-Yves [intégral]

ENTRETIEN AVEC MICKAEL PHELIPPEAU


Jean-Yves est curé à Bègles, est-ce son activité qui a motivé le choix de ce partenaire ?

En 2007, le Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine me commande une série de bi-portraits photographiques pour leur plaquette de saison. J'ai très vite recentré le périmètre d'investigation sur la ville de Bègles pour ne pas m'éparpiller. Quand on sort du théâtre, il y a un boulevard et de l'autre côté du boulevard, nous sommes à Bègles. J'ai fait toute une série avec certains commerçants de la ville, puis un dimanche matin, j’ai entendu des cloches et suis allé "à la sortie de l'église". Voilà pour la première rencontre.

Le bi-portraits est une démarche et s'inscrit dans une tradition du portrait photographique, du portrait pictural. J’ai entamé celui-ci à un moment où je me posais la question : la danse représente-t-elle le médium, l'art qui correspond le mieux à ce que j'ai envie de développer, de dire, de défendre ? Je me posais aussi la question de la reconversion, j'entends ma reconversion éventuelle voire fictive, mais j'entends surtout le fait de me frotter à d'autres corps de métiers. Le portrait photographique, en tous les cas le fait de le proposer à des inconnus, est une manière de toucher les gens directement. Les toucher comme une caresse dirait Nan Goldin.Le terme bi signifie pour ma part la transversalité, le double, la mixité. Il dit rencontre au sens large. Il dit deux univers qui se retrouvent, se confrontent. Sur le plateau il en est de même. Nous convoquons un moment avec Jean-Yves, celui d'une réunion autour de notre rapport (intime) à la représentation (au sens large). Si en effet son "activité" a motivé mon choix, j'ai ensuite découvert un univers inconnu voire mystérieux, et un homme dans son entièreté. Cette "activité" fait intrinsèquement partie de lui, de sa vie. De fait le duo n'aurait pas le même sens si Jean-Yves n'était pas curé. Mais ce duo n'existerait simplement pas s'il avait eu une autre "fonction", une autre "vocation".


Comment s’organise la pièce ?
La pièce suit un principe très simple d'érection. Il y aurait une sorte d'avant-propos qui dit verticalité et espace de projection par exposition de dos, qui dit ce vers quoi nous allons. Puis nous re-partons de l'horizontalité pour tendre à un dépassement de cette dite verticalité, un au-delà d'un attachement au sol, une élévation, pour tendre à une abstraction, une jouissance en somme. La pièce s'organise également autour d'un rapport intime, ainsi que je l’évoquais précédemment. Quand nous avons entamé ce projet, il était question d'aborder ce qui nous unit et ce qui nous différencie dans notre rapport à la représentation. Je suis allé suivre certaines messes de Jean-Yves. Je suis athée. J'y ai découvert un véritable « showman » et un homme d'une ouverture incroyable. Nous avons beaucoup échangé, avons énormément d'atomes crochus et cela a motivé mon invitation à tenter ce duo. Il était donc question au début de partages de pratiques scéniques. Puis, petit à petit, le désir théorique a laissé place à un rapport beaucoup plus profond, sans annuler pour autant la piste première. Le duo décrit ce mouvement. Nous parlons de notre rapport, pour mieux parler de nous, pour mieux parler d'humain, pour mieux parler d’amour. Car ce qui m’intéresse, c’est aussi ce qui nous dépasse, ce qui nous échappe, bi-portraits Jean Yves implique un positionnement, notre rapport à ce qui nous entoure, le juste à côté et le un peu plus loin.


Parlez-nous de votre recherche physique en commun ?
Un des aspects qui m’a marqué quand nous avons commencé à travailler en studio a été la manière dont Jean-Yves convoque le symbolique pour motiver un mouvement, le fixer, l’investir et le re-traverser. C’est-à-dire y mettre du sens en terme d’image, en terme iconographique, comme une nécessité. Je cherchais davantage pour ma part à mettre en place un protocole pour rentrer dans le mouvement depuis l'intérieur. Nous avons cherché un endroit de dialogue. Oui je crois que l'appréhension depuis l'extérieur pour « l'incorporer » - plutôt qu'incarner - d'un côté et un travail par l'expérience de l'autre côté définit nos deux modes respectifs et complémentaires et offre une lecture diffractée.
Bien sûr le fait que Jean-Yves soit curé charge tout le rapport au corps. Quand nous sommes dans un corps-à-corps ou quand nous nous roulons au sol, nous savons pertinemment que l'activité de Jean-Yves donne au duo un sens très orienté, très fort. Ce dernier n'est pas vierge de l'histoire de ces corps. La pièce se densifie. Elle se fait communion. Si bi-portraits Jean Yves n'est absolument pas une pièce religieuse, elle pourrait par certains aspects s’en approcher.

Aude Lavigne

Réalisation +
Conception et chorégraphie Mickaël Phelippeau
Avec Jean-Yves Robert et Mickaël Phelippeau
Collaboration Maeva Cunci et Gérald Kurdian.
Film Jean-Yves
Réalisation Mickaël Phelippeau
Montage Pauline Curnier-Jardin

Production bi-p.
Coproduction et résidence Lelabo – Paris, TNT Manufacture de Chaussures – Bordeaux, Centre national de danse contemporaine – Angers, Compagnie Louma – Rennes.
Prêt de studio
Laboratoires d’Aubervilliers
Réalisation Théâtre de la Bastille
Accompagnement Le Bureau / Frédéric Pérouchine