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Théâtre de la Bastille

Noctiluque


04 > 08 FEV
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Hors-série : du 3 au 13 février. C'est une proposition faite à des jeunes auteurs metteurs en scène et à une jeune chorégraphe de montrer leur premier travail. Nous leur faisons confiance. Venez les découvrir.

Interprète recherchée par les grands chorégraphes, Angelin Preljocaj, Philippe Decouflé, et metteur en scène français, James Thiérrée, la jeune japonaise Kaori Ito présente son premier spectacle au Théâtre de la Bastille
Noctiluque est un trio librement inspiré des Métamorphoses de Kafka et d’une histoire japonaise de femme fantôme. A ses côtés sur scène, elle s’accompagne du danseur australien Paul Zivkovich, gymnaste de formation, et de la chanteuse Dorothée Munyaneza, originaire du Rwanda. Fantasmagorie, illusion et haute virtuosité physique contribue à créer un monde d’artifices.

A.L.

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Article

Noctiluque [intégral]

Kaori Ito, vous venez d’une famille d’artistes, n’est-ce pas ?
Personne ne danse dans ma famille ; cependant mes parents sont en effet tous les deux sculpteurs à Tokyo et mon frère est peintre. Leurs travaux sont très différents. Mon père travaille le métal, des pièces de dix mètres qu’il enterre pendant trois mois. Puis il les installe dans la forêt en le sonorisant. Quand on voit ses ½uvres de loin, elles ressemblent à des rochers et puis en s’approchant on entend la radio. J’aime ce mélange de matières naturelles avec quelque chose d’expressif. Ma mère fait un travail opposé, beaucoup plus académique. C’est très symétrique, avec beaucoup de couleurs vives. Mon frère, lui, fait des peintures assez ironiques en utilisant différents styles pop japonais qu’il détourne.

Pourquoi avez-vous fait de la danse ?
Quand j’étais petite, ma mère me faisait sauter sur ses genoux et j’avais une telle force dans les jambes - je lui pilonnais les cuisses de mes bonds - qu’elle m’a inscrite dans un cours de danse classique. Ce sont des écoles privées qui coûtent très cher. Malheureusement, il n’y a pas comme en France, d’école nationale de danse, tout comme il n’y a aucune école nationale pour aucun art, il faut toujours payer. Le système n’est pas très bon, et c’est pour ça que beaucoup partent aux Etats-Unis et en Europe parce que c’est moins cher.

La danse classique m’a plue mais j’avais du mal à me fondre dans un art qui a une histoire européenne. Je ne comprenais pas bien la nécessité de mettre des perruques pour apparaître européenne. Vers 17 ans, j’ai donc quitté cette école classique qui ne correspondait pas à mon style et j’ai cherché d’autres ateliers de danse sur Tokyo tout en composant des petites formes en solo ou en duo. J’ai poursuivi mon apprentissage à New York, à l’Université et dans les cours Alvin Ailey. Plus que la technique en elle-même, entre modern jazz et influence africaine, j’ai beaucoup aimé les cours Alvin Ailey parce que ça donne envie de danser. C’est plein d’énergie, à l’image de la ville de New York et de ses habitants.

Et comment avez-vous atterri en France ?
Il se trouve que Philippe Decouflé travaillait au Japon. J’avais suivi un de ses ateliers et il m’a prise pour la pièce Iris qu’il a créée sur place avec différents artistes asiatiques. C’est lui qui m’a amenée à Paris, au Théâtre de Chaillot où la pièce a été présentée. Puis j’ai travaillé avec Angelin Preljocaj et là c’était un choc. C’était impressionnant d’être dans une grosse structure de danse, avec les cours le matin, les répétitions, les spectacles. J’ai appris beaucoup de choses sur la précision du mouvement, sur l’écoute globale, et surtout sur les placements dans l’espace. Je n’avais jamais pensé que les scotch, que l’on met sur le plateau comme repères, pouvaient être si importants ! Puis James Thierrée a pris contact avec moi. Je me sens très proche de son univers. La danse dans ses spectacles est un personnage. Il n’y a pas des danseurs qui dansent mais des personnages qui aiment danser. En tant qu’interprète, pendant que je travaillais avec les chorégraphes que je viens de citer, je pensais en permanence à ce que je pourrais faire moi aussi en tant que chorégraphe : je ne suis pas d’une nature passive. Progressivement, « des nourritures » sont arrivées. Aujourd’hui, je suis rassasiée et ça doit sortir.


Parlez nous de Noctiluque, une première opportunité pour le public français de voir votre travail de chorégraphe et également votre projet le plus ambitieux.
La pièce est issue de deux lectures : Les Métamorphoses de Kafka et un dictionnaire des monstres japonais avec de magnifiques dessins, très expressifs.
En lisant Kafka, ça m’a fait penser à un business man japonais traumatisé par le travail. Et c’est un peu ma transposition avec, dans le rôle du japonais, un danseur australien. Par ailleurs, au Japon, nous vivons avec les monstres. Ils participent de notre vie quotidienne : les dieux existent dans le vent et les montagnes. C’est un mode de pensée très abstrait. J’aime bien cette pensée qui fait exister ce qui n’existe pas. Mon spectacle est un spectacle fantomatique. Mais ce n’est pas comme un film d’horreur avec un monstre qui fait peur. Ils sont à côté de nous, sans que nous les voyions et j’ai envie de montrer cela concrètement. Sur scène, il y aura un cadre, qui rappelle les fenêtres et les portes du récit de Kafka, mais j’installe un univers de magie avec un décor qui se plie, avec des faux miroirs et des fausses portes, un monde d’illusion… Quant aux personnages, j’aimerais qu’ils soient doubles ou triples comme des dragons à deux ou trois têtes. Avec notre corps, on peut faire beaucoup de choses. Par exemple, si on est collé et qu’on bouge ensemble ça fait un corps, mais ça peut créer aussi, comme le dieu Shiva, un personnage multiple. Pour rendre l’ensemble de la scène fantasmagorique, je travaille beaucoup sur la verticalité : monter, descendre, tourner, se balancer… Les fantômes sont ceux qui ne touchent pas le sol, ils sont très à l’aise dans l’espace. Je recherche quelque chose qui est à la fois inhumain dans les personnages mais qui est très vivant en même temps. La recherche est particulièrement stimulante. Comment faire voir, par exemple, quelque chose que le personnage ne voit pas ? Ce sont des situations comme celles-ci que nous cherchons à travers les interactions entre la voix de la chanteuse et les danseurs. C’est un monde de métamorphoses.

Aude Lavigne

Réalisation +
Spectacle de KaoriIto

Avec KaoriIto, Dorothée Munyaneza,
Paul Zivkovich


Costumes Tomoe Kobayashi Musique David Babin

Coproduction polimniA, Théâtre Vidy – Lausanne, L’avant Seine-Théâtre de Colombes, Carré Saint-Vincent – Scène nationale d’Orléans

Avec l’aide du Théâtre Gérard Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis

Réalisation Théâtre de la Bastille

Compléments biographiques dans le dossier de presse.