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Théâtre de la Bastille

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danse

Une opérette de circonstance.

Mark Tompkins monte enfin sa version du célèbre et du plus accompli mythe contemporain : Lulu, femme fatale au destin transfigurateur. Le projet, chéri depuis longtemps par le chorégraphe, formidable danseur et étonnant chanteur, n’attendait que sa «Lulu». Une Lulu rêvée par Mark Tompkins et rencontrée chez Alexandra Sarramona, artiste de cabaret au charme ensorceleur à l’image de la prodigieuse Louise Brooks, inoubliable Lulu dans le film hautement érotique de George Wilhelm Pabst et qui hante, depuis sa première vision, l’esprit du chorégraphe. Symboliquement resserré sous la forme d’un duo d’amour, le spectacle chanté et dansé, construit un obsédant labyrinthe du désir en multipliant les apparitions des autres personnages du drame de Wedekind. A.L.

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Lulu [intégral]

Entretien avec Mark Tompkins, et Jean-Louis Badet au sujet de LULU.

Mark Tompkins, LULU est un projet que vous souhaitez réaliser depuis de nombreuses années, pourquoi et pourquoi maintenant ?
Cela fait en effet une vingtaine d’années que j’ai envie de faire un spectacle autour de LULU de Frank Wedekind. En fait, depuis que j’ai vu le film, intitulé Pandora’s Box de Peter Pasbt. Ce film, avec Louise Brooks dans le rôle de Lulu, a été un choc. Je trouve ce film très fort. C’est ce qu’on appelait à l’époque une « femme fatale ». Je suis intéressé par ce personnage qui réussit à rester dans un désir et une envie de vivre. Brooks est parfaite. On peut trouver la pièce tragique, je pense au contraire que c’est très réjouissant que Lulu réussisse à traverser des épreuves et à arriver à l’accomplissement de sa quête. Même si elle meurt à la fin, elle meurt pour l’amour, pour le désir de quelqu’un.

Pourquoi maintenant ? Et bien, il se trouve que depuis quelques années, je chante, et je chante de plus en plus sérieusement. Je compose également de la musique avec Nuno Rebello. C’est par la musique que m’est revenu l’idée de monter LULU. J’avais trouvé un cadre dans lequel le projet était clairement envisageable. Ce spectacle s’organise autour de la voix, du chant. Le problème étant de ne pas tomber dans l’illustration de ce qu’on connaît déjà sur LULU et de ne pas montrer les scènes de disputes et d’amour entre les différents personnages. J’ai donc décidé de faire seul, tous les personnages principaux hommes et femmes, qui gravitent autour de Lulu, interprétée par Alexandra Sarramona

Concrètement, comment avez-vous travaillé à l’adaptation de cette pièce ?
Je vais vous expliquer comment j’ai fait les chansons. J’ai lu toutes les versions de la pièce de Wedekind. Puis j’ai enlevé les personnages que je ne considérais pas comme essentiels. J’ai repéré les personnages qui apportaient une lumière différente sur la question du désir, et j’ai regardé de près leur relation à Lulu. Evidemment la relation à Schön est centrale : c’est lui qui l’a sortie de la rue, qui l’a élevée, qui l’a prise comme maîtresse, qui a refusé de la prendre comme épouse, mais qui a finalement était obligé de se marier avec elle. Lui encore qui a voulu la sacrifier, la tuer et qui meurt en cours d’histoire. Puis il y a la relation avec le père, qui n’est pas vraiment son père, on apprend dans la première version qu’il aurait couché avec elle. On apprend aussi dans la première version qu’elle a empoisonné sa mère. Il y a aussi le fils Alwa, le fils de Schön, qui est amoureux de Lulu mais avec qui elle joue, il est sa bouée de sauvetage. Ces relations tissent un triangle autour de Lulu : le vrai-faux père, le père adoptif mari-amant, et le fils amant puis mari. Pour écrire les textes des chansons, j’ai choisi des moments qui cristallisent ces multiples relations. Ainsi il y a une chanson qui s’intitule Have You Ever Loved in your Life ?, « As-tu jamais aimé dans ta vie ? » c’est une question que Schön pose à Lulu et que son fils Alwa lui reformule. Les textes des chansons sont ainsi librement inspirés du texte original en tenant compte de mon analyse personnelle du texte. Pour la musique, que je signe avec Nuno Rebello, je voulais une atmosphère expressionniste, un peu dans l’esprit de Kurt Weil. Les gens qui ont entendu les chansons disent que cela ressemble à l’atmosphère de Tim Burton, et c’est vrai qu’il y a cette couleur.


Jean-Louis Badet, vous êtes le scénographe et vous êtes aussi un complice fidèle du travail de Mark Tompkins : Comment avez-vous imaginé l’espace scénique ?
Pour Mark Tompkins, il s’agit d’être dans la tête de Lulu. C’est un espace mental. Mark a mentionné le « labyrinthe Lulu » parce qu’en réalité, c’est moins un affrontement entre des personnages que des personnages qui se cherchent. J’ai réfléchi autour de la question du désir. Mon propos sous-tend l’histoire de Lulu qui est évoquée dans le texte des chansons. J’ai, notamment, lu un texte de Jean Baudrillard qui décrit la séduction comme ce qui reste du destin. Il parle d’une « éfficacité silencieuse dans un monde d’efficacité visible ». C’est un peu ce que j’essaie de faire. J’ai conçu un dispositif qui bouge, il faut que le territoire perde ses repères. Il y a un écran de projection en fond de scène, de huit mètres sur quatre mètres et demi, puis la scène est assez étroite, éclairée faiblement pour accentuer cette perte de repère, pour évoquer des voix qui se cherchent, qui se répondent… Par ailleurs, l’équipe technique est sur scène et manipule huit panneaux, sur lesquelles sont projetées des images… Il faut que ça vive, que ça bouge... Dans la pièce de Wedekind, il y a vingt-deux personnages, il faut donner cette impression de multitude même s’il y a que deux voix qui chantent. Il y aura donc comme une foule sur le plateau.

Aude Lavigne

A écouter +
Réalisation +
Avec Alexandra Sarramona, Mark Tompkins

Direction Artistique, Livret et Paroles : Mark Tompkins
Direction Musicale et Orchestration : Nuno Rebelo
Musique : Nuno Rebelo avec Mark Tompkins

Scénographie et costumes : Jean-Louis Badet
Vidéo : Gilles Toutevoix et Jeff Denisse Philippot
Lumière et Régie générale : Rodolphe Martin
Régie son : François Piednoir
Travail de jeu : Eric Domeneghetty
Travail de voix : Evelyne Menaucourt
Administration, diffusion : Amelia Serrano
Assistante administration : Sandrine Barrasso

Musiciens / bande son :
Rita Franco – violon, Teresa Fernandes – alto,
Teresa Rombo – violoncelle, Pedro Wallenstein – contrebasse, Paulo Curado – flûte, Andrew Swinnerton – hautbois, Joaquim Ribeiro – clarinette, Carolino Carreira – basson, Johannes Kriegger – trompette, Eduardo Lala – trombone,
Augusto Rodrigues – cor, Nuno Rebelo – guitare électrique et percussions.

Remerciements à Cathrin Loerke, Violette Villard et Ahmad Raffi

Coproduction La Cie I.D.A., Arcadi (Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Ile-de-France), le CCN de Franche-Comté à Belfort dans le cadre de l’accueil studio – Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Franche-Comté et du Programme de Résidences Décentralisées soutenu par le Conseil régional de Franche-Comté, Pôle Sud – Strasbourg – Scène conventionnée pour la danse et la musique, le Théâtre de l’Espace – Scène nationale de Besançon
Avec le soutien financier du CCN de Montpellier Languedoc-Roussillon
Avec l’aide de la SACD dans le cadre de son Fonds musique de scène
La Cie I.D.A. Mark Tompkins est subventionnée au titre de l’Aide à la compagnie conventionnée par la DRAC Ile-de-France – Ministère de la Culture et de la Communication et conventionnée par la Ville de Paris

Avec le soutien à la diffusion d’Arcadi


Réalisation Théâtre de la Bastille