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Théâtre de la Bastille

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Sous le titre générique "Vers Damas", le "Teatro Sfumato" de Sofia en Bulgarie présente trois spectacles autour de Strindberg.

Durée : 1h15 environ

Spectacle en bulgare surtitré en français

"Le point commun entre Mademoiselle Julie et La Danse de mort : un regard non romantique, impudiquement cruel, sur l'homme, entre Eros et Thanatos.
Mademoiselle Julie : l'érotique comme abject et humiliant. La mort comme issue. Mais il y a toujours des « Dis que tu m'aimes ! »
Des années plus tard, La Danse de mort.
- « Pouvez-vous aimer le visage hideux d’autrui ? » (Dostoïevski)
- « Je ne peux pas, c'est au-delà de mes forces. » (Strindberg)

Margarita Mladenova

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris

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La Danse de mort [intégral]

« Je suis né d’une union illégitime pendant une faillite, et toute la famille portait le deuil d’un oncle qui s’était suicidé », écrit Strindberg dans Le Chemin de Damas.
Strindberg (1849 – 1912) comme point de départ mais aussi comme vecteur et comme exemple du malaise dans la civilisation tel qu’il est apparu au début du XXe siècle. Voilà le projet ambitieux de la compagnie bulgare Sfumato qui avec cette trilogie intitulée Vers Damas interroge les bouleversements profonds dans la perception que l’homme a de lui-même en écho aux évolutions technologiques, scientifiques et politiques. Le dramaturge et romancier suédois s’avérant en l’affaire un sismographe annonciateur des catastrophes à venir.

Basés à Sofia, les Sfumato ne cessent d’interroger, en effet, dans leur théâtre les soubresauts et autres mouvements de l’histoire qui en transformant le monde nous transforment à notre tour tout en remettant en question nos points de repères au nom d’une nouveauté peut-être fallacieusement présentée comme un progrès. L’homme pris dans l’accélération de l’histoire se retrouve comme exilé de lui-même, aliéné, privé de son passé et des valeurs qui lui permettaient de se comprendre avec tous les dangers que supposent ce genre de sentiments. C’est donc sous la forme d’un triptyque qu’ils abordent cette inquiétude existentielle avec Julie, Jean et Kristine, d’après Mademoiselle Julie et La Danse de Mort, deux spectacles mis en scène par Magarita Mladenova que complète Strindberg à Damas, d’après Strindberg, mis en scène par Ivan Dobchev et Gregori Tenev.

« Je crois que la vie d’un homme, rapportée dans sa totalité, est plus véridique et plus instructive que celle de toute une famille. Comment peut-on savoir ce qui se passe dans le cerveau d’un autre, comment peut-on connaître les mobiles cachés de l’acte de quelqu’un d’autre, comment peut-on savoir ce que telle ou telle personne a dit dans un moment d’intimité ? (…) On ne connaît qu’une seule vie, la sienne… », remarquait Strindberg, dont le théâtre évoque parfois un foisonnement de représentations fantasmagoriques - et en même temps terriblement réelles ! - projetées sur la toile de l’inconscient. Un abîme infranchissable sépare les personnages. Aussi, quand l’autre est ce qui échappe par excellence, l’éros prend des aspects diaboliques. « L’érotique abject et humiliant » ne laisse pas en repos. La mort serait une issue. Mais toujours revient ce tourment : « Dis-moi que tu m’aimes ». L’enfer, assurément. Que Strindberg a beaucoup fréquenté, lui qui se débattait sans cesse contre des ennemis imaginaires. Tendu, chargé d’une violence extrême, son théâtre a la densité d’un présent survolté accablé de reproches. Quelque faute a été commise, il y a longtemps. Des soupçons pèsent lourdement sur le héros. Ce sentiment de faute est caractéristique d’une inquiétude plus profonde qui a marqué fortement l’homme du XXe siècle, estiment Magarita Mladenova et Ivan Dobchev. Ainsi à la fin du Procès, Kafka écrit de Joseph K. « C’était comme si la honte devait lui survivre ».

C’est en 1988 que ces deux metteurs en scène ont uni leurs talents pour créer la compagnie Sfumato à Sofia. Ils ont déjà présenté plusieurs spectacles en France dont notamment la Cerisaie de Tchekhov avec des comédiens français en 1996, puis en 1999 La Toison noire, spectacle très émouvant sur les Karakatchanes, ces nomades qui furent contraints à la fin des années 1950 de se sédentariser à la suite d’un décret du gouvernement bulgare. La barbarie de l’homme civilisé est un thème fondamental qui résonne dans tous les spectacles de la compagnie Sfumato. C’est en pensant à Léonard de Vinci que Magarita Mladenova et Ivan Dobchev ont trouvé le nom de leur compagnie. « Sfumato » était en effet l’expression employée par Léonard de Vinci pour expliquer la technique qu’il employait pour peindre l’air. En d’autres mots, comment avec le visible on peut faire voir l’invisible.

Hugues Le Tanneur

Réalisation +
Texte August Strindberg
Adaptation et mise en scène Margarita Mladenova

Avec Svetlana Yancheva, Vladimir Penev, Tzvetan Alexiev

Scénographie et costumes Daniela Oleg Liahova
Lumière Daniela Oleg Liahova et Margarita Mladenova

Production Teatro Sfumato-Sofia
Coréalisation Théâtre de la Bastille et Festival d’Automne à Paris

Compléments biographiques dans le dossier de presse.