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Théâtre de la Bastille

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Solo pour un marionnettiste d'après une nouvelle de Dennis Cooper

C’est dans une forme simple mais très intense que se présente Jerk, la dernière création de Gisèle Vienne. Virtuose seul en scène, Jonathan Capedevielle, multiplie les rôles. Narrateur, il est aussi un des personnages du récit tout en prêtant sa voix aux autres protagonistes, figurés par des marionnettes qu’il manipule à vue. Jerk est la quatrième pièce du cycle réalisé en collaboration avec Dennis Cooper. Le spectacle propose un récit plus linéaire et plus réaliste que les précédents. Depuis sa prison, David Brooks purge une peine à perpétuité. Aidés de petites marionnettes à gaine, nous assistons au récit de ses crimes. Et ça fait froid dans le dos ! A.L.

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Jerk [intégral]

L'humanité serait-elle surévaluée ?

Un jeune adulte purge une peine de prison à perpétuité. En atelier thérapeutique, il apprend à manier des marionnettes dans le but de faire face à sa participation à de nombreux crimes perpétrés sur de jeunes adolescents sous l'emprise de différentes drogues. Pour évacuer cette douleur qui l'habite, il revient sur une dérive qui l'a conduit à l'aliénation.

Jerk. Secousse en anglais. Branleur par extension. Tour à tour, les poupées de David Brooks entrent dans une ronde qui pourrait bien former le signe de l’infini. Vertige. Deux de ses marionnettes commencent par avancer masquées. Certainement pour ébranler plutôt que pour danser. Avec ce solo pour un marionnettiste ventriloque, Gisèle Vienne approfondit plus avant sa mise en perspective de l’inanimé face à l’animé, disséminant deci delà des indices qui pourraient bien venir brouiller les pistes entre une réalité multiple et des fictions possibles. Pour résumer, un mélange d’étonnant. Dans la droite ligne des pièces rapportées au théâtre de la Bastille par la compagnie DACM avec de pièces telles que I apologize ou Kindertotenlieder, Jerk constitue la nouvelle étape d’une collaboration née d’un dialogue fertile entre Gisèle Vienne et l’auteur américain Dennis Cooper. On y retrouve une grande liberté, une franche insoumission. Mais l’adaptation de ce récit présente ceci de particulier que sa structure narrative est, du moins en apparence, plus linéaire, plus cohérente si on la met en regard avec ce que l’on connait du travail de Gisèle Vienne : « La construction de Jerk crée une satisfaction dans le sens où ce que nous donnons à voir est immédiatement compréhensible : les différents éléments sont repérables, ils sont articulés. Le spectateur suit le déroulement de la pièce et reste mené par cette sensation de vérité. Le fait que ce soit une histoire vraie me semble curieusement rassurante. C’est une forme de narration que je rejette a priori mais c’est finalement la raison pour laquelle j’ai voulu m’y atteler pour aller la tordre en la travaillant de l’intérieur. Mais je reste persuadée du fait que toute certitude est à remettre en cause, c’est définitivement nécessaire et vital. Et il me semble qu’avec Jerk nous avons réussi à pousser les choses, notamment en travaillant sur un jeu réaliste axé sur la perméabilité et la réactivité du public. » Autre élément inédit dans le travail de la compagnie, les poupées ont à l’occasion été réduites au format de la marionnette à gaine. « Dennis Cooper avait dans sa nouvelle décrit le personnage de David comme un marionnettiste à fils remarque Gisèle Vienne mais très rapidement, la technique de la marionnette à gaine a fait beaucoup plus de sens pour nous, elle nous a paru plus évidente dans le sens où elle produit une dynamique qui permet d’exprimer quelque chose de plus animé, de plus vivant mais aussi de plus violent. » C’est sur ce point que Jerk se place en droite ligne dans la tradition d’un théâtre de Guignol - ou autres Punch and Judy - qui a longtemps intégré des éléments contemporains pour aborder des questions d’actualité en évoquant des thèmes satyriques, politiques, sexuels. En ce sens le récit de Cooper, adaptation de faits réels, est implacablement violent, transgressif, incorrect. Un troisième oeil tatoué près de la pomme d’Adam, le personnage de David Brooks réanime ses pulsions de désir, d’amour et de mort. Il se plie à l’exercice de la représentation dans le but de mettre son histoire à distance mais il se retrouve vite pris, de dérives en glissements, par une mécanique qui lui échappe. Seul, exposé au plus haut point, Jonathan Capdevielle - fidèle acteur et complice de scène de Gisèle Vienne - manipule ses marionnettes à vue de manière quasi charnelle et opère en redoutable multi instrumentiste, hors castelet. En incroyable virtuose, il remet en jeu la figure d’un marionnettiste qui vit un rêve éveillé et se débat face à sa difficulté à s’adapter au réel. Il entre dans la représentation d’un personnage qui rejoue ce qu’il a vécu et qui revit ce qu’il joue. Auprès de lui, discrètement, quelqu’un joue aux ombres chinoises.

David Bernadas

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Conception et mise en scène Gisèle Vienne d'après une nouvelle de Dennis Cooper
Dramaturgie Dennis Cooper

Créé en collaboration avec et interprété par Jonathan Capdevielle

Musique originale Peter Rehberg et El Mundo Frio de Corrupted
Lumières Patrick Riou
Voix enregistrées Catherine Robbe-Grillet et Serge Ramon
Stylisme Stephen O’Malley et Jean-Luc Verna
Marionnettes Gisèle Vienne et Dorothéa Vienne Pollak
Maquillage Jean-Luc Verna et Rebecca Flores
Confection des costumes Dorothéa Vienne Pollak, Marino Marchand et Babeth Martin
Formation à la ventriloquie Michel Dejeneffe
Traduction du texte de l’américain au français Emmelene Landon
Avec l’accompagnement technique de l’équipe du Quartz – Scène nationale de Brest : Nicolas Minssen (direction technique), Christophe Delarue (régisseur lumières)

Production déléguée DACM
Avec la collaboration du Quartz – Scène nationale de Brest
Coproduction Le Quartz – Scène nationale de Brest, Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort dans le cadre de l’accueil studio
Avec le soutien de la Ménagerie de Verre dans le cadre des Studiolab.
La compagnie DACM reçoit l’aide de la Drac Rhône-Alpes – Ministère de la Culture et de la Communication, de la Région Rhône-Alpes, du Conseil général de l’Isère, de la Ville de Grenoble et de Culturesfrance pour ses tournées à l’étranger

Gisèle Vienne est artiste associée au Quartz – Scène nationale de Brest

Administration-diffusion Bureau Cassiopée

Réalisation Théâtre de la Bastille

Remerciements à l’Atelier de création radiophonique de France Culture, Philippe Langlois et Franck Smith A Sophie Bissantz pour les bruitages. Les voix et bruitages ont été enregistrés pour l’Atelier de création radiophonique
Remerciements à Justin Bartlett, Nayland Blake, Alcinda Carreira-Marin, Florimon, Ludovic Poulet, Anne S - Villa Arson, Thomas Scimeca, Yury Smirnov, Scott Treleaven, la galerie Air de Paris, Tim / IRIS et Jean-Paul Vienne