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Hors-Série / Oui, aujourd'hui j'ai rêvé d'un chien


05 > 13 FEV
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Marie Ballet propose un accompagnement choral aux textes d'un homme coupé du monde.

D’un siècle à l’autre, les jeunes gens se parlent et l’appétit des mots du duo de comédiens féminin/masculin - sur scène Boutaïna El Fekkak et Jean-Christophe Folly – répond à la difficulté de vivre de l’auteur russe du début du XXe siècle Daniil Harms. Comme une réponse ou une consolation face au désespoir et aux déceptions de l’écrivain, comme un cri qui dirait « Non, tu n’es pas seul », Marie Ballet, metteuse en scène d’une trentaine d’années, propose un accompagnement choral aux textes d’un homme coupé du monde.
Ce spectacle rassemble, selon un montage fait dans le plaisir aléatoire de choix subjectifs des interprètes et de Marie Ballet, des extraits piochés dans l’oeuvre de Daniil Harms qui sait être aussi touchant que drôle.

Extrait : « Empoisonner les enfants, c’est cruel. Mais il faut bien en faire quelque chose ». A.L

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Hors-Série / Oui, aujourd'hui j'ai rêvé d'un chien [intégral]

Depuis combien de temps faites-vous du théâtre ?
C’est difficile à dire parce que mon père est comédien. Je suis donc familière du théâtre, de la scène, des tournées. Il me demandait souvent de l’aider à apprendre son texte. Mais en réalité, je m’y suis mise très tard. J’ai pratiqué d’autres disciplines artistiques, de la danse, du cirque, pas mal de musique. J’avais déjà plus de vingt ans quand j’ai pris mes premiers cours de théâtre, une fois par semaine. Puis je suis entrée à l’école Claude Mathieu, une école à temps plein que j’ai finie en 2003. C’est une école qui favorise beaucoup l’esprit de troupe. Nombreux sont les élèves qui après l’école continuent à travailler ensemble et crée une compagnie. C’est un monde très familial. Il y a une dizaine d’intervenants, travail de clowns, de masque, travail du corps, et travail d’interprétation évidemment. C’est un peu l’inverse du cours Florent qui se focalise sur l’individu, sur la personnalité du comédien.

Quelles sont vos premières mises en scène ?
Le premier essai est sur un texte de Kressemann Taylor qui s’intitule Inconnu à cette adresse et puis j’ai monté L’Opérette imaginaire de Valère Novarina. Je me positionnais plus comme comédienne que comme metteur en scène. Ce texte est très intéressant pour un acteur car il n’y a pas d’histoire et pas de personnage. Le texte est une matière à jouer, il y a tout à inventer.

Tout inventer aussi avec ces différents textes de Daniil Harms qui ne sont pas des textes de théâtre. Expliquez-nous ce choix ?
Ça fait quelques années que j’entendais parler de cet auteur par des gens très différents. J’ai commencé à lire les textes dans le désordre et j’ai trouvé son écriture captivante. Il a une angoisse existentielle. Dans tous ces textes, c’est très concret, c’est toujours quelqu’un qui va disparaître, quelqu’un qui va se perdre, qui va perdre quelque chose, qui va être empêché de faire quelque chose. Ça m’a vraiment touché.
Par ailleurs, il est beaucoup question d’espace ce qui se traduit bien sur un plateau même si ce ne sont pas des textes de théâtre. En suivant des thématiques que je partage avec les deux comédiens de la pièce et qui sont celles du voyage et de l’identité, on a pioché, dans ses Ecrits. C’est un livre qui rassemble tous ses textes : son journal, ses correspondances, ses aphorismes, des essais théoriques et beaucoup d’anecdotes. On a retenu ce qui nous touchait de près ou de loin. La règle du jeu, c’était que rien n’était fixé et si l’un de nous avait envie de rajouter un texte au dernier moment, il pouvait le faire. Puis j’ai réalisé un montage de ces différents textes et organisé le spectacle en trois parties. La première partie est une sorte de dialogue entre les comédiens qui croise des phrases courtes du journal intime et des aphorismes. La deuxième partie est une succession de faits divers et d’histoires drôles. La troisième partie provient du journal intime.


Quels rôles tiennent alors les comédiens ?
Je ne voulais pas que ce soit illustratif en faisant un portrait de DaniIl Harms ou que cela représente la Russie de l’époque de l’auteur. Ce sont deux comédiens qui parlent à des gens, mais parfois les spectateurs peuvent penser qu’ils incarnent Daniel Harms, parfois ils pensent que c’est la personne dont l’auteur parle ou que c’est la personne à qui s’adresse la lettre qu’il est en train d’écrire. Les pistes sont ouvertes d’autant que rien n’assimile directement les comédiens à Daniil Harms, il y a une femme et un Togolais. On est loin de l’intellectuel russe des années trente… à l’exception d’un détail, une pipe, qui est celle qui figure en couverture du livre. un togolais d’aujourd’hui et donc en fait, il a une pipe comme la personne en couverture du livre de Daniel Harms.
Ce qui est important, c’est d’être rigoureux par rapport au texte, respecter la ponctuation, respecter chaque petit signe du texte. S’il y a un mot en italique, il doit être dit différemment, s’il y a une chose entre parenthèse, il faut une rupture. Il faut que le texte soit une partition. Et puis il faut que le texte soit concret, c’est-à-dire qu’on ait l’impression qu’ils l’inventent quand ils le disent. Je fais un théâtre de comédiens. Ils sont sur le plateau et ils portent le spectacle. Pour moi, ce sont eux qui savent.

Aude Lavigne

Réalisation +
Texte de Daniil Harms
Traduction Jean-Philippe Jaccard
Mise en scène Marie Ballet

Avec Boutaïna EllFekkak, Jean-Christophe Folly

Musiques Wax Taylor, John Coltrane

Production Compagnie Air de Lune, Compagnie Marie Ballet

Administrateur Jean-Baptiste Pasquier

Réalisation Théâtre de la Bastille