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Théâtre de la Bastille

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Eloge du poil


04 > 31 MAI
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Ça dépasse, ça déborde, ça fait désordre… Est-ce que cela ne serait pas un peu obscène sur les bords, le poil ?

Ça dépasse, ça déborde, ça fait désordre… Est-ce que cela ne serait pas un peu obscène sur les bords, le poil ? Avec ce spectacle ébouriffant, Jeanne Mordoj prend l’opinion à rebrousse-poil. Pour commencer, elle exhibe une barbe abondamment fournie et un chignon non moins touffu. Ventriloque, contorsionniste, cette femme à barbe jongle aussi avec les pieds envoyant avec désinvolture des coquilles d’escargots se loger dans une bassine posée sur le haut de son crâne. Empruntant aux arts du cirque qu’elle maîtrise parfaitement, cette jeune femme, qui n’a pas froid aux yeux, propose avec ce spectacle poétique, à la fois drôle et baroque, une réflexion troublante sur la féminité mais aussi sur la mort dont le poil, ce revêche hirsute serait en quelque sorte l’opposé. H.L.T.

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Eloge du poil [intégral]

Cachez ce poil… Il est curieux de voir à quel point la pilosité dérange. Notre époque privilégierait-elle le lisse, le propre, là où rien ne dépasse ? Le poil y serait-il comme un cheveu sur la soupe ? Le temps semble pourtant très loin où porter des cheveux longs passait encore pour un signe de révolte. Sans doute, mais c’est plus fort que lui, le poil résiste, il se rebiffe, c’est sa nature d’herbe sauvage. Symbole d’une persistance indomptable. Alors, qu’une jeune femme apparaisse sur scène en tailleur classique mais les joues dissimulées sous une épaisse toison est loin d’être anodin. Jeanne Mordoj est d’ailleurs parfaitement consciente du trouble qu’elle produit quand le public la découvre en femme à barbe. Pourtant c’est bien le minimum quand on présente un spectacle qui s’intitule Eloge du poil.

Jeanne Mordoj évolue depuis pas mal d’années dans le monde du cirque. A l’aise dans plusieurs disciplines qui vont de la contorsion à la ventriloquie en passant par le jonglage, elle ne conçoit pas son art comme l’expression d’une virtuosité mais plutôt comme un moyen d’explorer les différences, l’étrangeté. « Avec ce spectacle, je voulais aborder le côté des monstres, à la fois en moi et aussi dans le monde forain. C’est donc une recherche artistique et personnelle. J’ai d’ailleurs beaucoup voyagé dans les pays de l’Est pour me renseigner sur le phénomène des femmes à barbe. Il s’agit d’explorer l’ambiguïté sexuelle, cette insaisissable zone frontalière entre le masculin et le féminin. D’interroger sa part d’ombre, ce qui permet de comprendre comment on est conditionnés. C’est tellement plaisant de porter cette barbe. Cela permet d’aller très loin, d’aborder des zones complexes. C’est normal que le public soit gêné, car cela participe d’un trouble fondamental quant à ce que nous sommes, la complexité de ce qui constitue notre identité. L’avantage des techniques de cirque dans tout ça, c’est qu’elles produisent du rêve. Du coup, on peut parler de questions délicates et qui dérangent parce que, justement, tout cela ne se situe plus dans un univers réaliste. »

Admirablement construit, le spectacle glisse progressivement vers des zones indécises où nous conduit l’air de rien une créature à la fois proche et lointaine subtilement imaginée par Jeanne Mordoj. Au centre de tout cela, il y a l’idée de jeu, mais c’est un jeu qui trouble, dérange, comme une série de rituels déviants entre vie et mort qu’anime une ironie féroce dans un esprit baroque. Il y a une vraie puissance poétique dans ce spectacle bourré d’idées et follement original. « En fait, j’ai beaucoup tourné avant de créer Eloge du poil. J’ai accumulé pas mal d’expériences et de réflexions qui ont abouti à cette réalisation. Je pourrais presque dire que c’est le fruit d’une maturation qui a duré huit ans. Mais j’ai commencé très tôt à faire du cirque. À l’âge de 13 ans, mes parents m’ont poussée pour que je suive des cours de cirque. Cela m’a tout de suite emballée. J’ai fait l’école de Chalons d’où j’ai été virée au bout d’un an. Ensuite, j’ai tourné en Italie avec le Cirque Bidon, ce qui a été ma véritable école. Comme j’étais souple, on m’a appris la contorsion. Plus tard, j’ai fait des spectacles en duo, dont un que nous avons joué trois cent cinquante fois. Dans le cirque, il est essentiel de très bien maîtriser une technique pour pouvoir lui donner un sens et non se contenter de reproduire un numéro. Il faut aussi savoir que cela prend du temps pour élaborer un spectacle de cirque. Il faut entre deux et trois ans si l’on veut inventer quelque chose de conséquent. Pour Eloge du poil, j’ai demandé à Pierre Meunier de participer à la mise en scène parce que c’est un homme de théâtre et que je voulais aller plus vers la parole. La femme à barbe ce n’est pas un sujet ordinaire. En faisant mes recherches, j’ai découvert que les femmes à barbe ont toujours eu des destins tragiques. Comment on peut trouver ça beau ? Comment une femme peut être attirante même avec une barbe ? Quel regard on porte sur ces femmes ? D’où vient cette angoisse liée aux poils ? Les gens trouvent ça insupportable de voir une femme avec une barbe. C’est quelque chose qui dérange profondément aussi bien les hommes que les femmes. »

Hugues Le Tanneur

Réalisation +
Création et jeu Jeanne Mordoj
Mise en scène Pierre Meunier
Les textes du spectacle ont été coécrits par Jeanne Mordoj et Pierre Meunier

Scénographie et lumière Bernard Revel
Composition musicale, ambiance sonore Bertrand Boss
Construction décor et accessoires, assistant de la femme à barbe Mathieu Delangle
Costumes Stéphane Thomas et Tania Dietrich
Graphisme et peinture Camille Sauvage
Et avec la collaboration en chorégraphie de Cécile Bon
Ventriloquie Michel Dejeneffe
Photographie Marie Frécon
Accessoires Guillaume De Baudreuil
Régie générale et régie son Eric Grenot

Administration et diffusion Camille Mathieu

Production Compagnie Bal – Jeanne Mordoj
Avec le soutien de la DMDTS, de la DRAC et du Conseil régional de Franche - Comté, du Conseil général du Doubs
Coproduction La Brèche – Centre des arts du cirque de Basse - Normandie à Cherbourg, Pronomade(s) en Haute-Garonne, Théâtre de L’Espace – Scène nationale de Besançon, le Merlan – Scène nationale à Marseille, le Parc de La Villette à Paris, l’Equinoxe – Scène nationale de Châteauroux, Cirque – Théâtre d’Elbeuf, Centre des arts du cirque de Haute-Normandie
Résidence et aide à la production Les Subsistances à Lyon, Quelques p’Arts… le SOAR – Scène Rhône-Alpes
Aide à la résidence les Migrateurs – associés pour les arts du cirque, le Maillon – Théâtre de Strasbourg – Scène européenne
Accueil en résidence La vache qui Rue – Moirans -en-Montagne

Jeanne Mordoj est lauréate du programme “ Villa Médicis Hors les Murs ” – Culturesfrance en 2006
La Compagnie BAL – Jeanne Mordoj est conventionnée par la région Franche-Comté

Réalisation Théâtre de la Bastille

REVUE DE PRESSE

      • 5 mai 2009

        Jeanne Mordoj /

      • 11 mai 2009

        À la barbe des femmes (et des hommes aussi) /