théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

In the Wind of Time


30 MARS > 03 AVRIL
Réserver en ligne

La dernière création d'Isabella Soupart, pourrait être, si on pensait l'art en terme darwinien, une parfaite démonstration de la théorie de l'évolution.

Isabella Soupart //In the Wind of Time
Du 30 mars au 3 Avril à 21h Dimanche à 17h.

Conception, mise en scène et chorégraphie Isabella Soupart

Avec Charles François, Yann-Gaël Monfort, Nicole Oliver, Sarah Piccinelli, Olivier Taskin. Assistante Hélène Cordier.

Assistante chorégraphe Angélique Willkie. Conseil artistique Jean-Luc Breuer, Ariel Potasznik. Scénographie Jim Clayburgh. Création lumière Xavier Lauwers.

Régie lumière Julie Petit-Etienne. Design sonore Marc Doutrepont. Effets sonores Thomas Turine. Images vidéo Fred Vaillant. Costumes Cathy Peraux. Plasticienne - photographe Chloé Houyoux-Pilar. Direction technique Stefano Serra

In the Wind of Time, la dernière création d’Isabella Soupart, pourrait être, si on pensait l’art en terme darwinien, une parfaite démonstration de la théorie de l’évolution. D’un genre nouveau, mais scientifiquement prévisible donc, on pourrait qualifier cette pièce de “danse-cinéma”, c’est-à-dire une danse qui n’aurait pu s’imaginer sans la naissance du cinéma.
Agée de trente-sept ans, Isabella Soupart a suivi un apprentissage artistique complet qui semble l’aider aujourd’hui à modeler un vocabulaire nouveau pour les plateaux de danse. Dès son enfance, à quatre ans, elle suit des cours de danse classique et débute au cinéma en interprétant des petits rôles dans les films de son beau-père, le cinéaste Patrick Van Antwerpen. Une éducation qu’elle prolonge à la “Kleine Akademie”, succursale bruxelloise de la formation théâtrale Jacques Lecoq. “Pendant trois ans, précise-t-elle, j’ai pu associer mes préoccupations sur la présence d’une danseuse sur scène, la recherche dans le mouvement et le jeu d’acteur”. Interprète, elle signe plusieurs contrats au cinéma, dont le premier rôle féminin dans Le Fils des frères Dardenne, puis joue et chante dans différents opéras.
Intitulée Cumuler sur les galets, sa première pièce, réalisée en 1999, est un duo à considérer comme la matrice du vocabulaire qu’elle n’a eu de cesse d’affiner depuis. “C’est une histoire d’amour en fait, avec un jeu très théâtral presque sans mot, tout passe par l’expression, le regard, le corps”. Dans ce duo qu’elle interprète avec Loris Liberale, Isabella Soupart établit une manière de jouer qui allie le mouvement au texte. Un travail qui implique un long processus de mise en condition physique : “Tout commence par un oubli de soi, de la psychologie, de la maîtrise de ses savoirs propres. Je prépare le corps de manière à ce qu’il soit totalement organique, harmonieux et prêt à tout. Il faut que tous les capteurs fonctionnent en même temps, c’est à dire développer une hypersensibilité à l’espace, au partenaire, au mouvement. Sur scène, je cherche à ce que la beauté parvienne de l’intérieur, qu’il y ait une harmonie et que le spectateur capte une cohérence”. Entre mouvement et parole, elle crée en 2000 le spectacle Al dente d’après Les Trois Sœurs de Tchekhov dont elle réécrit totalement le texte. Trois ans plus tard, elle acquiert une belle notoriété avec le spectacle Boiling Point, d’après Andromaque de Racine. Déconstruire un texte pour le reconstruire avec une vive énergie corporelle constitue un des axes majeurs du travail.
In the Wind of Time prolonge et amplifie cette recherche en s’inspirant à la fois du monde du cinéma pour l’histoire de la pièce et de l’écriture cinématographique pour la forme du spectacle. “J’essaie, explique Isabella Soupart, de reprendre l’énergie du cinéma, de la mettre en mouvement, en volume”. Ainsi les codes théâtraux sont détournés pour donner au spectacle la dynamique et l’impact d’un film. Les entrées et les sorties sont effacées au bénéfice de phénomène d’apparition des comédiens qui, lancés comme des projectiles, déboulent littéralement sur le plateau. Les scènes s’enchaînent dans un montage rapide, faisant interférer éléments sonores ou visuels et jouant de la notion de plan ou de séquence.
Dans l’interprétation, alors que les mouvements, extrêmement précis, nourrissent, articulent, campent le personnage, la parole des comédiens, individuellement sonorisée, se détache de leurs corps à l’instar d’une bande-son. Un décalage qui produit un effet de gros plans en surlignant les contours du jeu, en accentuant les effets de geste et la résonance des mots. Une mise à distance, non dénuée d’ironie, qui, en nous rapprochant du détail, permet l’auscultation sensible des affects humains.