théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

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Looking at Ta'ziyé.


24 > 29 MAI
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On arrive soudain à la porte du "tékié", orné d'une grande tapisserie brodée - et l'on pénètre brusquement dans un autre monde.

Looking at Ta'ziyè
un projet théâtre/vidéo performance d'Abbas Kiarostami


Le projet théâtral original a été produit par le Teatro di Roma avec le soutien du Taorminia Festival Art/Italie. Production KunstenFestivaldesArts/Belgique. Fstival de Vienne/Autriche. Coproduction Théâtre de la Bastille.

En mai 2004, pour Bruxelles, Kiarostami refilme les Ta'ziyè traditionnels d'Iran pour le théâtre d'une nouvelle installation visuelle, Looking at Ta'ziyè (The Spectators) dont les spectateurs iraniens sont les seuls acteurs

Abbas Kiarostami installe ses écrans. Le cinéaste a laissé derrière lui sa mise en scène romaine et a passé le plus clair de son temps, en février, mars et avril 2004, à refilmer en Iran les Ta'ziyè traditionnels et populaires. De cette cérémonie de deuil, il restitue les sons in situ - galopades, effluves et chants... Par l'image, le public rentre alors directement en connection avec le théâtre
d'émotions que suscite le drame iranien sur les visages des villageois qui le revivent. Epure. Dans cette nouvelle installation, il n'est plus de théâtre que celui, intime et cathartique, d'un public vivant le jeu de la Passion d'Hussein comme un déploiement de ses propres passions, au « je ».


Looking at Ta'ziyé est exemplairement une oeuvre d'Abbas Kiarostami. Elle procède de la mise en relation de trois éléments, étrangers les uns aux autres, selon une logique à la fois évidente et troublante, qui met en question l'emploi du mot « spectacle ». Il serait plus juste de parler d'installation. Le premier élément est l'exécution, pour l'essentiel conforme aux usages, d'une des versions canoniques du Ta'ziyè, qui compte en Iran un bon millier de versions dont dix textes de référence. Celui choisi par Kiarostami, Le Jour d'Achoura, met en scène, de manière mélodramatique mais complexe, les éléments de la mythologie chiite, avec des sautes de ton, une grande liberté de construction et une stylisation revendiquée, soulignée par l'emploi des micros, l'orchestre installé sur une balustrade, les codes de couleur, etc.

Le deuxième élément figure sur les six grands écrans disposés en hexagone autour des gradins, et qui rendent visibles au public, en même temps que le spectacle joué par une troupe choisie par le metteur en scène dans plusieurs régions d'Iran, les films qu'il y a tournés.
Durant des mois, Kiarostami a parcouru son pays, filmant les foules immenses de spectateurs des Ta'ziyè, qui connaissent le récit par cœur, parfois ne regardent pas mais s'abîment dans la douleur de la mort de l'imam et de leurs propres souffrances. À Rome, trois fois les mêmes deux séries de plans (l'une montrant les tribunes réservées aux hommes, l'autre celles attribuées aux femmes) attestaient de l'émotion intense que suscite le Ta'ziyè chez les Iraniens, avec en particulier ces hommes de tous âges et de toutes conditions éclatant en sanglots. Magnifiques images en noir et blanc, gros plan d'un « deuxième public », complètement en phase avec ce qui joue sur scène, au contraire du premier, celui des spectateurs romains, étrangers aux codes dramatiques comme au sens spirituel de la tragédie qui se joue sous leurs yeux. Le troisième élément est évidemment le public occidental (il pourrait être français ou américain), confronté à cette représentation, public qui a découvert l'existence de la ville de Kerbala lorsque les GI y sont arrivés il y a quelques semaines, et qui est simultanément mis en présence d'un grand récit mythique, selon une forme extrêmement codée, et d'une émotion extraordinaire, incompréhensible elle aussi.

Mais quand, vers la fin du spectacle, ce qui advient sur scène et ce qui advient sur les écrans semble se synchroniser, comme si les foules pauvres d'Iran étaient physiquement là, face au spectacle - davantage présentes que les vrais spectateurs, déroutés par ces chants stridents, la peur de l'orage qui menace, les chevaux rétifs dont on ignore s'il est normal qu'ils résistent au saint Hussein comme au méchant Shemr -, un événement inouï se produit effectivement.
Loin de toute mondanité comme de toute religiosité, le Ta'ziyè conçu par Kiarostami avec une poignée de comédiens vêtus d'affûtiaux de patronage, des documents bruts filmés en DV et une arène de fortune dans un faubourg de Rome prend un sens et une force inattendus. Cette fausse œuvre de la world-culture devient une interrogation fulgurante sur les proximités réelles à l'œuvre sur cette terre rétrécie par la technologie et l'économie, et pourtant creusée d'abîmes insondables.

Jean-Michel Frodon, Le Monde, le 22 Juin 2003.



REVUE DE PRESSE

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