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Théâtre de la Bastille

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Un jour en été (de Jon Fosse)


06 MARS > 13 AVRIL
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La danse du quotidien s'ordonne autour de l'être aimé. Disparu ! La ronde se fige autour du survivant. Mémoire d'une "dernière fois", où l'autre faisait que cela soit.

Asle, il s'appelle Asle. Il est le seul auquel l'auteur ait donné un nom dans la pièce. Ce jour-là, un jour d'automne, clair et pluvieux, il a décidé de mourir. Il en a pris les mesures, rangé soigneusement ses affaires et ses vêtements sur les étagères de la chambre, dans la belle et vieille maison, achetée il y a quelque temps au bord du fjord. Il a mis de l'ordre dans la remise à bateau, et fait le plein du moteur, sur la petite barque en bois, qui tout à l'heure, une fois de plus, le mènera au milieu du fjord, là où la mer est la plus profonde. Il a même attendu la visite d'une amie, dont peut-être, naguère, avant lui, le mari a aimé sa propre femme, pour justifier son absence et disposer, en toute tranquillité de son après-midi. Mais maintenant, il doit parler à sa femme. Comme elle n'a pas de nom dans la pièce, pour faciliter le travail, nous l'appelons Gertrude, du nom de l'héroïne de l'admirable film de Dreyer. De la même façon, nous appelons son amie, Harriet, parce que l'interprète, Johanna Nizard, me fait un peu penser à Harriet Anderson, une des compagnes et comédiennes préférées d'ingmar Bergman. Et donc, maintenant, Asle (Jean-Damien Barbin) a rejoint sa femme (Marianne Basler). Il est venu lui dire adieu, mais elle ne le sait pas et il ne peut pas le lui apprendre. Comment lui parler sans tout lui avouer, comment face à elle, la tant aimée, choisir encore de mourir ? Il est là et c'est déjà sa veuve qu'il a devant lui, et il voudrait l'embrasser, lui demander pardon, et pleurer et rire avec elle sur la folle idée qui s'est emparée de lui et à laquelle, oui, maintenant, c'est sûr, il renonce. Mais il ne dit rien et finit par s'en aller sur le fjord. "Tu seras long ?" lui demande-t-elle. "Non, pas très long". C'est tout ce qu'il peut répondre. Et elle, ne sachant rien, devinant tout, le laisse aller, condamnée déjà à l'éternelle attente de son impossible retour.
Bien des années plus tard, elle est toujours là, debout devant la fenêtre, comme ce jour d'automne où pour la dernière fois, elle l'a vu descendre le sentier qui mène à la mer. Elle est devenue une vieille dame élégante et sereine (Marie-Paul Trystam). Mais elle demeure à jamais Gertrude, la jeune veuve, qui n'a pas renoncé à attendre le retour de son Asle. "Ne soit pas trop long" lui murmure-t-elle encore. Autour d'elle, rien n'a changé. Elle n'a touché à rien dans la maison, ni au livre près du canapé, ni aux sous-verres éclairés par la lampe sur la table basse. C'est une belle journée d'été aujourd'hui. Son amie Harriet est venue lui rendre visite. Cela lui arrive quelquefois. Comme d'habitude, son mari (Philippe Lardaud) l'attendra dehors. Il n'a jamais voulu revoir Gertrude.
Voilà toute l'histoire. Et je crois bien n'avoir jamais lu un texte de théâtre, qui sut nous parler si simplement, violence et tendresse mêlées, du suicide -cette maladie, cette mélodie de la mort- , et qui sut nous parler aussi des couples et de l'amour, de la douceur de l'attente, même quand elle n'est plus qu'une habitude, même si jamais plus en ce monde Pénélope ne devait revoir Ulysse.
Jacques Lassalle.
Avec Jean-Damien Barbin, Marianne Basler, Philippe Lardaud, Johanna Nizard, Marie-paule Trystam. Traduction Terje Sinding. Assistante à la mise en scène Lucie Tiberghien. Décor Géraldine Allier. Costumes Dominique Chauvin. Eclairages Franck Thévenon. Son Daniel Girard. Coproduction Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E., Cie "Pour mémoire". Coréalisation Théâtre de la Bastille. Le texte et la pièce est paru aux éditions de l'Arche.
Ce spectacle donnera lieu à un Atelier d'Ecriture Critique (voir vie à la Bastille)
Date de l'atelier : lundi 18 mars de 18h à 20h.