Avec Rosemary Standley et Sylvain Griotto

musique

Après avoir fait l’ouverture de saison l’année dernière avec MEMORIES FROM THE MISSING ROOM, la chanteuse des Moriarty, Rosemary Standley, revient avec A QUEEN OF HEART, un spectacle en solitaire qui renoue avec la tradition perdue des tours de chant.

Sous la houlette de Juliette Deschamps, aussi à l’aise dans la mise en scène d’un opéra baroque que dans celle d’un spectacle du chanteur M, A QUEEN OF HEART s’inspire des femmes fortes, perdues ou fatales de l’Amérique des années 30, dans un décor où les rideaux de velours portent encore les traces de poussière ancienne et du faste d’antan. Il y est évidemment question d’amour et de perte, au gré d’un répertoire qui emprunte aussi bien à Kurt Weill qu’à Nina Simone, à Marilyn Monroe qu’à Cole Porter. A QUEEN OF HEART invite ainsi à un cabaret envoûtant et mélancolique, bercé par un piano et la voix de diva de Rosemary Standley.

Laure Dautzenberg

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    Entretien avec Juliette Deschamps et Rosemary Standley

    A Queen of Heart
    un spectacle de Juliette Deschamps avec Rosemary Standley

    Propos recueillis par Laure Dautzenberg

    Après avoir chanté dans Memories of the Missing Room la saison dernière, la chanteuse des Moriarty, Rosemary Standley, revient dans un spectacle où elle est cette fois simplement accompagnée d'un musicien, sous la direction de Juliette Deschamps, metteur en scène multiforme.

    Comment vous êtes-vous rencontrées ?

    Juliette Deschamps
    : J'ai rencontré Rosemary il y a plusieurs années. Elle était venue avec ses comparses de Moriarty interpréter quelques titres à l'anniversaire de ma sœur Louise. La famille entière est tombée amoureuse de sa voix. Au point d'accompagner le groupe dans l'aventure et la production de son premier album.


    Comment est née cette idée d'un « tour de chant » ?

    Juliette Deschamps : Mon tout premier spectacle (Era la notte, créé en 2006) était déjà un "tour de chant" conçu pour la soprano Anna Caterina Antonacci, autour du répertoire de Monteverdi. Mettre un(e) artiste seul(e) en scène est une forme qui m'a toujours passionnée : comment affronte-t-il seul le public et comment créer avec lui un personnage et une dramaturgie à partir d'un texte, d'une partition, d'une scénographie, d'un costume - et évidemment de sa vocalité, de son corps, et de ses talents d'acteur. C'est naturellement un travail qui demande une grande complicité entre le metteur en scène et l'interprète, mais aussi une confiance et une admiration réciproques. Il y a une dimension maïeutique dans cette aventure et cette écriture particulière, très exigeante, et qui met en jeu une parole forcément intime, frontale, presque brutale. Nous avons eu très tôt Rosemary et moi l'envie commune d'un spectacle différent des autres aventures musicales qui sont les siennes, différent à la fois en terme de répertoire et d'interprétation. J'ai toujours vu en Rosemary pas seulement une chanteuse, mais aussi un personnage, et une actrice. Et cette idée de la mettre en scène m'a immédiatement séduite.
    Rosemary Standley : Au fond, ce n'est ni un concert ni une pièce, ce n'est pas du cabaret, c'est une forme entre toutes celles-là. La singularité de l'expérience réside dans le fait qu'il y ait une mise en scène, que c'est quelque chose dont on parle avec Juliette depuis notre première collaboration. C'est un désir que j'ai depuis longtemps, d'être dirigée. Cela implique des contraintes et des habitudes différentes d'un concert.


    Juliette, vous avez une formation littéraire et philosophique et vous montez essentiellement des spectacles musicaux (opéras, films, spectacles…). Comment s'est fait ce choix ?

    Juliette Deschamps : Mes études de littérature et de philosophie m'ont donné le goût, la passion, l'entêtement d'apprendre à lire un texte. Je me suis rendue compte dès l'adolescence que la lecture suscitait chez moi un imaginaire immédiatement scénique, spectaculaire. Tous les textes m'inspiraient un désir fort de la scène, et je suis partie du principe qu'il y avait dans chaque texte, qu'il s'agisse de philosophie, de prose, de poésie, de chansons, c'est-à-dire de textes a priori non théâtraux, non destinés à être représentés, une dimension scénique (donc plastique) à faire éclore.
    C'est ainsi que je me suis appliquée à adapter et mettre en scène des textes qui n'étaient pas destinés à la scène : Le Banquet de Platon, Carmen de Mérimée, des madrigaux de Monteverdi, des poèmes d'Andrée Chedid…
    Au fond, si les études m'ont servi à quelque chose, c'est à imaginer l'au-delà des mots, à désirer leur offrir une incarnation.


    Allez-vous construire un récit ?

    Juliette Deschamps : Plus qu'un récit, un personnage : celui de cette « Reine de Cœur », qui va livrer une part d'elle-même dans les chansons et se construire au fil de ces mélodies d'amour.
    Rosemary Standley : C'est un personnage qui n'a pas existé mais qui reprendra les caractéristiques de certaines grandes chanteuses ou actrices. Il se créera avec le répertoire et ce qui est raconté dans les chansons, mais aussi par les contradictions de ses gestes et de petites choses qui transparaissent dans ses regards et ses actions.


    Vous dites vous inspirer des stars américaines… Lesquelles et pourquoi ?

    Juliette Deschamps : Il y a toute une galerie de merveilleux « fantômes » qui hantent A Queen of Heart : Nina Simone, Billie Holiday, Marilyn Monroe, Rita Hayworth, Lotte Lenya, Gena Rowlands, pour ne citer qu'elles. Au-delà de leur dimension de « star » ou d'étoiles, c'est l'écart entre l'attraction extraordinaire de ces icônes sur leur public, et la réalité beaucoup plus malheureuse de leurs vies de femmes qui m'a inspirée ; le destin de ces artistes acclamées en scène, mais d'une grande solitude et d'une grande mélancolie une fois le rideau baissé.
    Rosemary Standley : La notion de créature est importante car elle implique qu'elles ont été faites, ou qu'elles sont le résultat de ce qu'on en a fait. Souvent avec leur complicité. Mais il réside un décalage entre ce qu'elles montrent d'elles ou ce qui est montré et ce qui est vraiment.


    Pour ce spectacle, avez vous des références cinématographiques précises ?

    Juliette Deschamps : Les références dans les spectacles sont je crois toujours pour une part consciente et pour une autre inconsciente. Je pense à des films qui m'ont marqués : Opening Night de Cassavettes, La Dame de Shanghai d'Orson Welles, In the Mood for Love de Wong Kar-Wai, Mulholland Drive de David Lynch, Casablanca de Michael Curtiz, Sue perdue dans Manhattan d'Amos Kollek… et aux personnages féminins très forts et très complexes qu'ils mettent en scène.


    Comment allez-vous choisir le répertoire ?

    Juliette Deschamps : C'est un travail à quatre mains avec Rosemary, que va enrichir notre collaboration avec Sylvain Griotto qui sera le pianiste du spectacle. L'idée étant de réunir un songbook à partir des airs, chansons, standards, mélodies que nous adorons et qui renferment souvent une parole à la fois intime, bouleversante, et universelle.
    Rosemary Standley : Nous avons une trame, avec des morceaux à ne surtout pas oublier. Mais ensuite il faut essayer mes arrangements, les transformer, et voir aussi ce qui colle au personnage...

    Réalisation +

    Mise en scène et décor Juliette Deschamps. Chant Rosemary Standley. Pianiste Sylvain Griotto. Costumes Vanessa Sannino. Lumière François Menou.

    Production Compagnie La Scène du Crime. Avec le soutien de la Spedidam. Coproduction Théâtre de la Bastille, Théâtre d'Arras - Scène conventionnée musique et théâtre.

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    Informations pratiques

    21 - 28 juin 2014
    A 20 h
    Dimanche à 17 h
    Relâche les 23 et 26 juin

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