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de la bastille

Théâtre de la Bastille

Édito : Inventer l'écart

J'écris ces lignes en février, avant donc qu'ait lieu ce moment singulier (deux mois) dit : « Occupation Bastille ». Je n'ai donc pas l'expérience de ces deux mois initiés par Géraldine Chaillou pour en réfléchir les incidences.

Mais je peux me saisir de nos intentions et tenter de « lancer l'avenir ». Je n'ai jamais cessé de me poser la question : à quoi servons-nous ? Un théâtre comme le nôtre n'a pas pour ambition de divertir, c'est-à-dire qu'il ne veut pas qu'ici, le spectateur vienne échapper à sa vie. Notre ambition est immense, démesurée si l'on veut, in-fixable, puisque nous voudrions que la vie soit élargie, augmentée d'expériences à nulle autre pareille !! Comment faire ? Nous proposons des saisons dont nous revendiquons d'abord l'espoir qu'elles annoncent. Il n'y a à cela rien de particulier si ce n'est le détail de leur contenu. Mais il nous semble qu'en notre temps consumériste cette attention scrupuleuse ne suffise pas. C'est pourquoi, en mai, nous proposerons un moment dont l'approche est différente, consacré à la question du Chœur (voir l'article p. 48).
Renouvelant, après Notre temps collectif et Occupation Bastille, ces périodes de suspension, nous cherchons à engager un rapport enrichi avec chaque spectateur ; nous voulons inventer un recul ou vivre le flux autrement. Au-delà de la question posée et des expériences engendrées, nous avons l'ambition de signifier que le théâtre ne peut se réduire à sa diffusion, que la plus belle des distributions – comme au marché-super – dans une ville riche en événements ne saurait qualifier ce qu'est un théâtre ni ne saurait circonscrire la place de l'art dans notre avenir collectif.

Nous le faisons modestement, à la mesure de nos modestes moyens. Puisse cette intention être entendue de vous et de ceux qui nous gouvernent !

La Ville et l'État ont un mot pour nous désigner : « théâtre intermédiaire ». Quel drôle de vocable ! Mais si c'est être un intermédiaire de pensée, de questions, de risques proposés, de liens entre notre actualité et notre longue histoire théâtrale, s'il s'agit d'assumer notre héritage pour inventer l'avenir, alors intermédiaire, oui, mais ni moyen ni pauvre !
Jean-Marie Hordé