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Si, Viaggiare


17 > 24 OCT
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Cette douce folie poétique est une réponse à une expérience très sérieuse de la NASA

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris.

En 2007, Marco Berrettini et ses complices nous ont embarqués à bord de leur mini-van, pour un périple chorégraphique des plus loufoques au cœur de la Nouvelle Orléans. Disjoncté et satiriquement touristique, *MELK PROD. goes to New Orleans gardait pourtant les pieds sur terre. Si, viaggiare décolle pour une planète lointaine ! Des astronautes, venus de diverses galaxies, se sont donné rendez-vous sur Léna, aux confins de l’univers. Cette douce folie poétique est une réponse à une expérience très sérieuse de la NASA. Deux navettes envoyées dans l'espace convoyaient une compilation d'objets, témoins de notre civilisation, à destination d'hypothétiques destinataires. Marco Berrettini a choisi un cadre totalement vierge pour cette entrevue intergalactique. Les reliques matérielles de notre civilisation seront oubliées et toute l'attention sera portée sur la troublante question du corps comme premier élément visible de soi. Un voyage sensoriel palpitant !

Nicolas Transy

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Si, Viaggiare [intégral]

Entretien avec Marco Berrettini réalisé par Nicolas Transy

Nicolas Transy : Votre projet Si, viaggiare est inspiré d'une expérience de la NASA. En 1977, deux sondes spatiales ont été envoyées en orbite, contenant un message adressé à la population extraterrestre. Pouvez-vous nous parler de cet événement et nous dire pourquoi il vous a tant captivé ?

Marco Berrettini : Les États-Unis ont conçu un programme d'exploration du système solaire en envoyant deux sondes, appelées « Voyager 1 » et « Voyager 2 ». Ce projet n'était pas exclusivement scientifique, il était aussi porté par le désir de laisser une trace de notre civilisation au-delà de notre galaxie. Poursuivant leur itinéraire encore aujourd'hui, ces deux navettes contiennent des messages et des données témoignant de notre existence. Chaque « Voyager » renferme un vinyle en cuivre plaqué or, contenant divers enregistrements caractérisant la vie humaine. Il est accompagné d'un bon vieux tourne-disque (la technologie extraterrestre n'étant peut-être pas adaptée !), ainsi que d'une série de cent-seize photos représentant les lieux symboliques de notre planète. En résumé, toute une collection qui synthétise la diversité de la vie sur Terre, livrée à nos amis inconnus. Si ces derniers découvrent notre précieux 33 tours, il pourront entendre, en première partie du disque, ce message du président Carter : « C'est un présent d'un petit monde éloigné, une marque de nos sons, de notre science, de nos images, de notre musique, de nos pensées et de nos sentiments. Nous essayons de survivre à notre temps, ainsi nous pouvons vivre dans le vôtre. »
Cette démarche m'a interpellé parce qu'elle est dans la lignée de la tradition ancestrale de la bouteille jetée à la mer. Nous fantasmons sans cesse sur la vie extraterrestre (la littérature de science-fiction est foisonnante !) parce que nous ignorons tout d'elle. Comment envisager alors la rencontre, le premier contact avec d'autres civilisations et comment s'y préparer ? La question est intrigante et cette première réponse donnée par les Américains m'a beaucoup touché parce qu'elle est naïve dans le bon sens du terme. Les messages à bord des deux sondes, à destination des aliens, sont un premier pas vers l'inconnu. Ce geste en lui-même m'intéresse au premier chef dans cette nouvelle création.

N.T. : Quels questionnements cette démarche a-t-elle suscités ?

M.B. : Ce geste, cette main tendue vers d'autres galaxies, m'interpelle vraiment. Il est déroutant de constater qu'en pleine guerre froide avec leur puissante rivale, les États-Unis manifestent le besoin de lancer un appel à la rencontre, de communiquer avec des êtres imaginaires. Pourquoi alors consacrer tant d’efforts pour des présumées formes de vie extraterrestre, quand nous faisons si peu pour améliorer nos relations humaines ? Se tourner ainsi vers l'inconnu est-il révélateur de notre impuissance, face à nos mésententes entre populations et nations ? A supposer que la rencontre avec d'autres civilisations soit possible, a-t-on finalement les moyens de ne pas reproduire les mêmes erreurs ?
Aussi, à plus petite échelle, je me suis rendu compte que dans ma vie privée resurgissaient ces problématiques liées à l'acte de la rencontre, à la construction d'une relation. Aujourd'hui, il me paraît plus difficile de communiquer et d'approcher les gens de façon spontanée et vivante. Les cadres des relations humaines se durcissent. Comment de nos jours appréhender l'autre, l'inconnu ? Faut-il faire au préalable un travail sérieux d’introspection ?
Dans quelle mesure notre éducation, nos gènes, notre instinct de survie, nos croyances et notre état du moment conditionnent l’échec ou la réussite de la rencontre ? Existe-t-il vraiment des « techniques » permettant d'améliorer nos relations ? Toutes les études comme la psychologie, les thérapies de groupe, le comportementalisme sont-elles juste des pièges, des illusions post-modernistes ?
Le sujet est riche et les réponses évidemment compliquées. Si, viaggiare n'a pas la prétention de donner des réponses mais a pour but de problématiser et d'expérimenter gaiement !

N.T. : Quels autres matériaux ont influencé et alimenté votre réflexion autour du thème de la rencontre ? Cette réflexion-vous-a-t-elle ouvert d'autres pistes ?

M.B. : Dans les matériaux strictement liés au processus de création, je peux citer en premier lieu le livre Bulles de Peter Sloterdijk. Nous nous sommes penchés sur la question des religions, conditionnant largement nos rapports humains, en particulier le gnosticisme et le paganisme. Nous n'avons pas fait que nous documenter. Car comment parler de rencontres avec l'inconnu, sans avoir fait une étude de terrain ? J'ai demandé à mon équipage de s'aventurer dans l'espace public et d'aller à la rencontre des gens. Les qualités dont il fallait faire preuve pour ces expériences étaient un sens aigu de l'observation, une curiosité discrète, de la patience et de la compréhension.

N.T. : Pensez-vous que l'ère numérique et tous ces réseaux de communication virtuelle en pleine expansion nous déshumanisent, où sont-ils à considérer seulement comme des outils palliatifs ? Que deviendrions-nous s'ils disparaissaient ?

M.B. : Il faudrait poser la question à Harry Potter ! Le mot déshumaniser m’est étranger, car selon la philosophie de Nietzsche, rien ne serait inhumain ou déshumanisant. Il s’agit de mots issus d’un jugement moral sur l’évolution, et ce jugement prend naissance dans la crainte de l’inconnu.
À notre époque où Facebook, Twitter et les sites de rencontres et de chat sont omniprésents, je me demande quels sont les limites et les dangers de ces modes de communication. A anticiper autant la rencontre, en développant tant de grilles et de paramètres dans l’évaluation de l’autre, on peut se demander finalement s'ils répondent pertinemment à nos besoins profonds.
Ne se prive t-on pas ainsi d'une attitude contemplative de l’inconnu ? Ne perd-on pas en humilité face à l’étranger ? La sphère de l’intimité ne se désagrège-t-elle pas dans la toile de ces réseaux ?
Je ne sais pas qui de l'homme ou l'outil disparaîtra le premier... Actuellement, je me fais plutôt des soucis pour la disparition de ma compagnie !

N.T. : « Si, viaggiare » signifie en français : « Oui, voyager ». Sur la base d'une réflexion sérieuse, est-ce la promesse d'un voyage dansé intergalactique ?!

M.B. : Ça dépendra des subventions ! Effectivement nous aurions souhaité faire quelques voyages pour observer les aliens danser... Toute déception gardée, la danse contemporaine me paraît tout de même être très proche d’une danse extraterrestre.

N.T. : Comment avez-vous imaginé l'espace scénique pour représenter un tel univers ? Avez-vous cherché à conditionner l'espace du plateau pour en faire une sorte de laboratoire ?

M.B. L’espace scénique sera une surprise que je ne souhaite pas dévoiler dans cet entretien. En tant que spectateur, j’espère toujours qu’un spectacle puisse me surprendre et me rendre admiratif, joyeux de vivre. J’espère réussir à insuffler ces sentiments au public qui verra Si, viaggiare.

N.T. : Cette nouvelle pièce sera-t-elle, comme la dernière, iFeel, transdisciplinaire ? Quel intérêt particulier trouvez-vous dans le mélange des disciplines artistiques ?

M.B. : Si, viaggiare est une pièce où le mouvement aura une place centrale, contrairement à iFeel où l’utilisation de la voix était très présente. « Transdisciplinaire » est un mot que je n’aime guère. Que vous analysiez Le Cirque du Soleil ou George Balanchine, vous aurez du mal à défendre l’idée de l’existence d’une seule discipline. On tend toujours à cloisonner les formes. Professionnellement parlant, nommer des spectacles transdisciplinaires ou monodisciplinaires n’a aucun intérêt pour moi et amène sur de fausses pistes.

N.T. : Vous avez une nouvelle équipe artistique depuis 2009. Comment avez-vous sélectionné vos artistes ?

M.B. : Je ne pense pas en termes de « nouvelle équipe ». Je n’ai pas acheté un kit pour faire de la chorégraphie. Des gens s’en vont, certaines personnes s’arrêtent un temps, d’autres reviennent.
Je suis très fier des artistes avec lesquels je travaille. Je les trouve tous très doués et je pense bien avoir la meilleure équipe artistique de la planète ! Je vibre déjà en travaillant sur Si, viaggiare.

Réalisation +
Idée et chorégraphie Marco Berrettini
Interprètes Marco Berrettini, Jean-Paul Bourel, Sébastien Chatellier, Laëtitia Dosch, Bruno Faucher, Katy Hernan, Vanessa Le Mat, Antonio Pedro Lopes, Samuel Pajand
Idée décor Marco Berrettini
Réalisation décor Acte II (Marseille)
Costumes Sylvia Faleni, Ella Abbonizio
Son Samuel Pajand et Marco Berrettini
Lumière *MELK PROD.
Régie générale et plateau Denis Faure

Production déléguée Tanzplantation/*MELK PROD.
La Compagnie Tanzplantation/*MELK PROD. est soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Ile-de-France au titre de l'aide à la compagnie chorégraphique conventionnée
Avec l'aide à la diffusion d'Arcadi
Coproduction Festival d'Automne à Paris, la Bâtie-Festival de Genève
Coréalisation Théâtre de la Bastille et Festival d'Automne à Paris
Coproduction et résidence au Centre national de la danse contemporaine - Angers
Avec le soutien du Département de la culture de la Ville de Genève, du Département de l'instruction publique de la République et du Canton de Genève, de Pro-Helvetia - Fondation suisse pour la culture, et le soutien de la Compagnie Gilles Jobin (accueil studio)
Production et diffusion PLATÔ – Séverine Péan / Carine Hilly

REVUE DE PRESSE

      • 19 oct. 2011

        Berrettini : dansez, cosmonautes /