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Théâtre de la Bastille

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Troublante, et même dérangeante, cette pièce est une salutaire réflexion sur ce qui nous sépare de nous-mêmes et des autres.

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris

La dernière création des soeur Sagna, intitulée Nuda Vita, apparaît comme une essence de leurs présences antérieures : on y retrouve, en plus de Caterina et de Carlotta, deux interprètes : Alessandro Bernardeschi et Tijen Lawton. Amants, complices, frères ou soeurs, ils forment dans cette pièce une sorte de clan, de famille qui se désagrège progressivement. Si Nuda Vita questionne la nature même de l’être ensemble, elle entend surtout évoquer les subtils glissements qui conduisent chacun des protagonistes à l’exclusion du groupe et, par extension, à l’exclusion du monde. Troublante, et même dérangeante, cette pièce est une salutaire réflexion sur ce qui nous sépare de nous-mêmes et des autres. A.L.

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Nuda Vita [intégral]

Depuis septembre 2009, Carlotta et Caterina Sagna ont décidé d’unir leur compagnie respective pour poursuivre leur travail commun et ont ainsi fondé la compagnie Caterina et Carlotta Sagna. Le théâtre de la Bastille, qui a très régulièrement présenté leurs spectacles, scelle tout naturellement cette union en présentant Nuda Vita, une création qui inaugure officiellement cette collaboration. En réalité, ce n’est pas la première fois que les deux chorégraphes travaillent ensemble, et il est plus que probable que cette union soit de nature libre, chacune d’entre elle travaillant déjà sur des projets personnels. Cependant dès le début, c’est avec sa s½ur Carlotta que Caterina signe son premier duo en 1988 avec la pièce Lemercier. En 1994, ensemble elles créent Isoï et cinq ans plus tard La Testimone. En 2002, alors que Carlotta réussit à se faire un prénom en tant que chorégraphe avec la pièce intitulée A, elle signe tout de même la même année une autre pièce avec sa soeur intitulée Relation Publique, une aventure qu’elles renouvellent deux ans plus tard avec Heil Tanz ! C’est donc régulièrement qu’elles se donnent rendez-vous sur scène. Au fil des années ,elles associent leurs collaborateurs réciproques et en ce sens, leur création 2010 Nuda Vita apparaît comme un précipité de leurs venues précédentes au Théâtre de la Bastille. Petit tour de piste : à la dramaturgie, Roberto Fratini Sefaride, collaborateur régulier depuis 2001 dans les pièces de Catarina, mais aussi dans les pièces à quatre mains ; aux lumières, Philippe Gladieux, qui travaille avec les deux s½urs depuis 2003 ; sur scène aux côtés de Caterina et Carlotta, Alessandro Bernardeschi, qui participe depuis 2000 à tous les projets de Caterina et Tijen Lawton, une fidèle complice de Carlotta du temps des années où elles étaient toutes les deux au sein de la Needcompany de Jan Lauwers. Bref, autant dire que ce petit monde se connaît très bien, mais loin d’être la promesse d’un récit solidaire, cette familiarité ne mène guère à l’entente parfaite. C’est à peu près le contraire. Le groupe nous réserve en effet de belles désillusions communautaires où l’ironie amusée et très souvent grinçante, à laquelle les s½urs Sagna nous ont habitué, désamorce les enthousiasmes rapides et les joies faciles. D’ailleurs le titre de la pièce résonne comme un avertissement. Terme issue de l’époque Romaine, il fait référence à la citoyenneté de certains « sujets », enfants et esclaves, qui n’avaient aucun droit sur leur propre existence. Il désigne une personne qui ne possède rien, pas même sa vie. Il serait donc ici question de vie ou de mort, le jeu est grave et c’est ce qui le rend d’autant plus facétieux. Sur scène, on découvre un petit groupe. Ils sont joyeux et vêtus de clairs. Ils sont chics et décontractés. À l’aise donc, comme dans une communauté qui partage les mêmes codes, ils semblent proches bien que leurs liens de parenté ne soient jamais clairement nommés. Formés sur le même moule, à la fois incluant pour eux-mêmes mais excluant pour les autres, ils sont aussi tous nourris de la même mission : rendre le monde meilleur, c’est-à-dire dans leurs termes « le rendre plus propre ». C’est alors que se déploie la grande farce tragi-comique des s½urs Sagna : une variation aussi improbable qu’insolite sur le thème de l’exclusion. Catia, Carol, Albert et Tina, prénoms des protagonistes, croient « dur comme fer » à leur mission, ils ont la crédulité des gens qui sont dans le juste. À l’image des émissions de télé-réalité et de leur vaillants candidats, la pièce ironise, mais elle sans se moquer du monde, sur la nature humaine. La pièce se déploie en mettant l'accent sur l’investissement personnel de chacun des personnages. Ainsi Tina est toujours positive, elle rit en permanence, c’est elle qui tombe le plus vite dans le gouffre. Albert, de son côté, est fantastique, aimable, gentil, il est toujours au service des autres. Carol est plus indécise, c’est la plus changeante selon les situations. Enfin Catia endosse plutôt la figure d’un personnage plus mûr et plus réfléchi. Nourri par de vifs échanges dialogués, le spectacle devient carnaval grâce à la science gestuelle de chacun. Au plus près de leur rôle, ils dansent comme ils sont, certainement est-ce l’inverse, d’ailleurs. On retrouve ainsi la danse intérieure de Caterina /Catia qui convient à sa mesure et à son autorité ou l’énergie et l’éclat de la danse de Tijen / Tina qui fait rebondir chacun de ses rires. Avec Nuda Vita, satyre des temps modernes, il semble bien que les deux s½urs Sagna réinventent la Commedia dell’arte.

Réalisation +
Chorégraphie Caterina Sagna et Carlotta Sagna
Texte Roberto Fratini Serafide
Avec Alessandro Bernardeschi, Tijen Lawton, Carlotta Sagna et Caterina Sagna
Création lumière Philippe Gladieux
Création costumes Alexandra Bertaut
Conception sonore et musicale Arnaud Sallé
Régie générale Frank Condat

Spectacle créé les 1er et 2 octobre 2010 à la Biennale de la Danse de Lyon
Production déléguée Al Dente
Coproduction Théâtre de la Bastille, Arcadi, La Ménagerie de Verre / Paris, Biennale de la Danse de Lyon, Festival d’Automne à Paris, L’Espal - Scène conventionnée / Le Mans, Centre Chorégraphique National / Roubaix Nord-Pas de Calais et RPF / RED Reggio Emilia Danza - Aperto Festival
La compagnie a été accueillie en résidence de création à la Ménagerie de Verre dans le cadre du studiolab, au CCN / Roubaix Nord-Pas-de Calais, à la Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée et L’Espal - Scène conventionnée / Le Mans
A bénéficié d'une mise à disposition de studio au Centre National de la Danse / Pantin
La compagnie Caterina & Carlotta Sagna est soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Ile-de-France au titre de l’aide à la compagnie
Administration Bureau Cassiopée

REVUE DE PRESSE

      • 2 déc. 2010

        Clotilde Hesme mène le Baal /