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My dinner with André. La Terrasse dec 2005.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
TG STAN Metteur en scène
Texte : My Dinner with AndréUne performance où l'on parle théâtre et où l'on s'empiffreIl ne faut pas en promettre aux deux compagnies flamandes- le tg STAN et de Koe-, quand il s'agit de s'en jeter un derrière la cravate, à l'occasion de
My Dinner with André, d'après le scénario du film homonyme de Louis Malle, un film culte pour qui s'intéresse de près à l'art, à la culture et à la politique. Avec une connaissance du théâtre et de la vie consommée, puisque le dîner se déroule réellement sur le plateau dans les fumets d'une cuisine à vue sous les néons et derrière une table dressée pour deux couverts, avec plats chauds mijotés, cuisson festive de viandes et fine préparation de fondants au chocolat savoureux, des trésors pour papilles averties, inventés par un cuisinier invisible et différent à chaque représentation, des mets élégants servis presque négligemment par les autres membres du tg STAN. À table donc, et la fourchette guerrière levée, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede. Le premier, acteur à la stature en chair et à l'œil malicieux, incarne Wallace Shawn, auteur sans le sou dans l'attente d'un projet salvateur. Méditatif, il erre sur une vidéo dans les rues de la ville avant de se rendre à reculons au rendez-vous dînatoire, remâchant le constat de Bergman dans Sonate d'Automne :
“ Dans mon art, j'ai réussi à vivre. Dans ma vie, je n'y suis jamais arrivé... ” Il apparaît tout à coup physiquement depuis la salle jusqu'à la scène, suivi par le second, le personnage d'André Gregory, bavard impénitent à l'allure ascétique, ancien metteur en scène à succès.
À inventer, un nouveau type de poésie pour se rencontrer.Et de s'embrasser et de manifester ironiquement des marques répétées d'affection, la reconnaissance même d'un théâtre qui se regarde. André passe pour un disciple du gourou que fut Grotowski, ayant abandonné le théâtre pour mieux retrouver la vérité existentielle dans des expériences ultimes en Pologne, dans des voyages au Tibet ou au Sahara. C'est que la question identitaire de l'acteur ne passe ni par le rôle ni par le personnage mais par soi, selon la voie de Stanislavski. Et d'accumuler anecdotes, références historiques et affirmations culturelles gratuites : les phénomènes collectifs de transe théâtrale feraient songer aux rassemblements hitlériens, et New York serait un nouveau modèle de camp de concentration, sans parler ni des prophéties ni des prédictions bon marché. Mais que doit entendre le public de cette conversation à bâtons rompus entre théâtreux, dans laquelle les acteurs révèlent leurs propres expériences en même temps que celles de leurs personnages joués ? Les gens, apprend-on, n'écoutent ni ne voient plus, mais errent à travers projets et résultats dans un monde qui n'est qu'imaginaire. La vie est une comédie de tous les instants où l'on ignore que la réalité est non au sommet de l'Everest mais dans le bar du coin. À inventer, un nouveau type de poésie afin que les êtres puissent se rencontrer. De l'humour et des clowneries et un peu trop de complaisance dans ce militantisme humaniste.
Véronique Hotte
Source Externe : La Terrasse dec 2005.
Inséré le : 02/12/2005 00:00