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L'Avantage du doute. La Terrasse dec 2005.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

TG STAN Metteur en scène

Texte : L'Avantage du doute
Un work in progress peu exigeant mais bien sympathique.
L'Avantage du doute, le spectacle en chantier de Frank Vercruyssen de la compagnie anversoise tg STAN invitée par le Théâtre de la Bastille et le Festival d'Automne pour deux mois, est né d'un rêve. Ne plus être seul sur scène mais travailler avec d'autres, à la façon des stages de théâtre tendance. Une idée en l'air, rassembler des acteurs et voir ce que cela donnera en se taisant soi-même. Avec le souhait théorique de ne pas manipuler la réalité, mais de la recevoir. Voilà six filles et six garçons sur le plateau nu, investi à l'arrière par l'inévitable table reposoir, couverte de vivres, de boissons et de feuilles mortes. Un chœur plaisant, vif et chaotique, qui regarde frontalement la salle, juste au bord de probables invectives à peine ébauchées, les yeux dans les yeux du public, plutôt charmé par cette mêlée juvénile et hétéroclite, du classique au chic branché et au grunge élégant. Un ensemble chatoyant, rieur ou bien boudeur et frondeur, en tout cas aimable dans l'âme. Chacun y va de son couplet. Et le spectateur d'attendre... Une séduisante intellectuelle s'interroge sur la maîtrise universelle du concept de contingence élaboré par le médecin et philosophe iranien Avicenne. Une gourmande paradoxalement romantique à la taille de guêpe énumère poétiquement la présentation des mets les plus rares. Des questions. Est-ce que le socialisme a de l'avenir ?
Un désastre matériel et spirituel de nos sociétés gourmandes.
“ Est-ce que le mot réactionnaire a un sens pour toi ? ” Des réflexions de Büchner sur la raillerie et le mépris. Un clown fait jouer ses genoux marionnettes, la valise à la main, le symbole du voyage des comédiens mais aussi le rappel ironique de notre siècle de réfugiés, de déplacés et de demandeurs d'asile. La scène de ménage d'un couple s'emballe. Des instants admirables de danse contemporaine avec la lumineuse Suédoise, Kajsa Sandström. Quant à la Néerlandaise Minke Kruyver, elle incarne l'Étrangère empêchée de s'exprimer. Elle se rebelle en changeant systématiquement d'atours. Puis on passe à du “ vrai ” théâtre repérable, quelques bribes de Strindberg sur l'amour conjugal pervers avant d'assister à la Noce chez les petits-bourgeois de Brecht. Un moment de libération pour la troupe : elle revêt, avant la catastrophe de La Cène, des toiles de plastique protectrices et jonche le sol d'une bâche. On va voir ce qu'on va voir... Au milieu des propos amers échangés entre les convives, l'heure de la Grande Bouffe film de Ferreri dans les seventies, sonne : bière, vin, plats, tout est balancé par une serveuse facétieuse devenue sorcière appliquée. Un désastre matériel et spirituel de nos sociétés agressives et gourmandes qui ne dénonce plus rien, si ce n'est l'impossibilité triste de penser ce chaos.

Véronique Hotte



Source Externe : La Terrasse dec 2005.


Inséré le : 02/12/2005 00:00