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Le Libera. La Terrasse oct 2005.







Le Libera.

Joël Jouanneau adapte à la scène le roman de Robert Pinget, enquête vertigineuse où on se fiche de la solution. C'est le support à la langue qui est central.

« Je n'y vois pas clair ». « Le moment venu tout sera limpide ». Le divisionnaire et ses trois acolytes auront beau se démener pour savoir enfin, après toutes ces années, qui a tué le petit Louis Ducreux, âgé de six ans, on sait bien que la vérité n'éclatera pas ! L'enquête policière, à la fois confuse et obsessionnelle, n'est pas le sujet du livre. Chez Robert Pinget c'est avant tout l'écriture en quête d'elle-même qui se dit. Tel un chantier permanent où les fonctions d'auteur et de narrateur sont brouillées. Il dit « son dégoût de tout développement» dans ses Pseudo-principes d'esthétique. La scénographie de Jacques Gabel. reflet des années cinquante, dit aussi la formidable confrontation que l'auteur a engagé sa vie durant avec le langage, élaboré comme une construction pétrie de contradictions, d'hypothèses avortées, de possibles réinventés, de repères éclatés. Car sur scène partout sont rangés carnets, classeurs, étagères à tiroirs, innombrables feuilles, des pages couvertes d'informations à organiser, en comparant, recoupant et déduisant. Que faire de tous ces mots, ces lambeaux de phrases ? Un jeu pour l'auteur et le metteur en scène...


Ancrage dans la France rurale


Malgré la méthode et la persévérance réclamées par le divisionnaire, pas facile de se frayer un chemin dans ce dédale Le plan cadastral au sol n'est pas d'un grand secours, surtout que le temps est lui aussi opaque, la chronologie est impossible à établir. La traque fébrile du criminel passe par des mises au point ou récapitulations. Joël Jouanneau, amoureux des belles langues, connaît bien l'auteur, il a monté L'Hypothèse en 1987 avec l'immense David Warrilow, puis en 1991 L'Inquisitoire avec le même acteur. Il revient à la langue de Pjnget avec cette adaptation du Libéra, roman de 1968. se lançant dans ce vertigineux jeu de pistes. Un jeu qui prend du piquant avec l'interrogatoire du domestique, parti ou renvoyé, on ne sait (« oui dans un sens. non dans l'autre »). L'ancrage dans la France rurale, entre Jésus et Marianne, se retrouve à la fois dans le décor et la langue, et le domestique est bien bavard ! Roland Berlin campe un magnifique bonhomme, d'une ruralité pas si naïve que ça, prêt à répondre plus qu'il ne faut aux questions. Le divisionnaire Philippe Faure est tout en inquiétude résolue. Et Michel Bompoil, Daniel Laloux et Bryan Polach oscillent entre lassitude et conscience professionnelle. Un verre détend parfois l'atmosphère. Il ne se passe pas grand chose, mais c'est tout un petit monde...

Agnès Santi





Source Texte : La Terrasse oct 2005.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Joël JOUANNEAU (Metteur en scène), Robert PINGET (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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