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tg STAN prend la Bastille Le Nouvel Observateur 17 au 23 nov 2005
Tg STAN prend la Bastille.
Ce collectif de comédiens flamands fait tomber les barrières
avec le public et met à nu les fils de la fiction.
Au départ, en 1989, ils sont quatre. Ils vivent à Anvers. Ils sont comédiens, et bien décidés à jouer la vieille musique du théâtre autrement : sans metteur en scène, sans identification avec leurs personnages, distanciation ou autres enluminures théoriques. Ils entretiennent avec leur public une complicité débonnaire, un peu café-théâtre. Ils en ont assez du guindé. Dans une société où tout le monde joue un rôle sans l'avouer - dont les politiques -, ils estiment qu'être acteur est un métier qui a sa morale : la maîtrise et l'affirmation du « faire semblant ». Alors ils cassent la fiction. Ils disent par exemple une réplique puis passent sans crier gare à une impression toute personnelle. Ce sont d'excellents comédiens, qui aiment le texte, la satire, la convivialité et le rire. Molière ne les contredirait pas. Diderot non plus, dont ils ont adapté « le Paradoxe du comédien » sous le titre « Du serment de l'écrivain du roi et de Diderot », un spectacle accueilli en 2003 à Paris.
Comme toujours avec tgSTAN, quand on entrait dans la salle les acteurs étaient déjà sur le plateau, ils regardaient le public s'installer, lui parlaient. Ils s'esclaffaient : « On y va, on commence », s'activaient à de potaches activités, s'affublaient de perruques si poudrées qu'à chaque geste un nuage de talc les entourait, tout cela avec un sérieux mi-figue, mi-raisin et en disant Diderot : « Le comédien sait très bien que tout cela n'est pas vrai. » Ils sont venus aussi avec « Tout est calme » de Thomas Bernhard, joué sur le ton d'une conversation à l'heure du tea-time ; avec « les Antigones » où Sophocle côtoyait Anouilh : deux spectacles d'une tonalité moins brouillonne, plus grave, mais avec les mêmes règles du jeu.
En France, tgSTAN a son fan club. En Flandres, ils ont fait école. Pourtant, à l'heure de la téléréalité, du déballage intime en direct, leur stratégie de complicité avec le public pourrait se retourner contre eux et devenir un système. « My Dinner with André », premier de leurs quatre spectacles à l'affiche à Paris en témoigne. Le texte est de André Grégory et Wallace Shawn, Louis Malle en a fait un film. C'est une conversation de table entre un auteur fauché et un metteur en scène intello très jet-set qui narre par le menu ses stages chez Grotowski et autres gourous. Chez tgSTAN, la conversation dure trois heures vingt. En fond de scène, une actrice prépare en silence le repas en temps réel.
Sous le flot des paroles des convives se profilent de fort bonnes questions, par exemple qu'est-ce que regarder et voir, entendre et écouter ? Mais le jeu des comédiens (Damiaan De Schrijver, Peter Van den Eede), répétitif, affiche trop sa virtuosité et ses clins d'œil. Un spectacle ne fait pas tout tgSTAN : le collectif est composé d'individus certes unis par la même quête mais qui signent des spectacles personnels. tgSTAN est d'abord un chantier permanent, qui vaut la visite.
Odile Quirot.
Source Texte : Le Nouvel Observateur 17 au 23 nov 2005
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Tg STAN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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