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Un cygne qui ne bat pas de l'aile. L'Humanité 15 et 16 Oct 2005.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Raimund Hoghe chorégraphe-interprète

Texte : Un cygne qui ne bat pas de l'aile.

Raimund Hoghe donne sa version du célèbre ballet romantique de Piotr Illitch Tchaïkovski


Le chorégraphe allemand Raimund Hoghe présente Swan Lake, 4 acts au Théâtre de la Bastille (1). Cet artiste singulier (il est-bossu) prend le contre-pied du célèbre ballet romantique, œuvre majeure du répertoire chorégraphique classique. La partition de Tchaïkovski est ici jouée en boucle durant deux heures trente. Raimund Hoghe mise sur le cygne noir. Rappelons que le Lac des cygnes met en scène la métamorphose d'Odette, jolie jeune femme, en cygne blanc. L'amour seul pourra la délivrer de cet ensorcellement. Le prince Siegfried lui promet la délivrance, mais il se laisse duper par les apparences et épouse Odile, cygne noir. Les vrais amoureux se retrouveront néanmoins au « royaume des ombres » où ils vivront un amour éternel. Raimund Hoghe n'a rien conservé du ballet d'origine. Il s'adonne à une fort libre interprétation de l'oeuvre, s'y met lui-même en scène parmi quatre brillants interprètes, ses amis dans la vie.
Trois d'entre eux sont de formation académique : la prestigieuse Ornella Ballestra fut la danseuse favorite de Béjart. Elle demeure volontairement cantonnée dans un rôle de ballerine, ajustée à sa grâce. Nabil Yahia-Aissa, danseur, par ailleurs médecin, fait partie de la distribution. ainsi que Brynjar Bandlien. rompu à la barre classique. Pour faire contrepoids à ces corps aguerris selon les codes du ballet traditionnel, Raimund Hoghe a choisi le performeur belge Lorenzo De Brabandere, qui a été son partenaire dans Sacre-The Rite of Spring. Il est cette fois encore le double du chorégraphe. Raimund Hoghe enfin «jette lui aussi son corps dans la bataille » (Pasolini). Il se donne en spectacle sans peur et sans reproche.
Au début, il prend ses interprètes par la main, les emmène au-devant de la scène pour les présenter au public. On nous dit qu'il a demandé à chacun d'être le plus simple possible. Le cérémonial peut enfin commencer : gestes symboliques, répétitifs, qui permettent de prendre la mesure du temps (la pièce ne dure pas moins de deux heures trente). La manipulation de cartons blancs au sol. durant vingt minutes en vient à fasciner. L'artiste fabrique avec lenteur une surface vierge, gelée. De véritables glaçons se mettent à fondre, changent de forme, disparaissent en douceur. Tout ce qui a trait à la métamorphose est mis en relief avec un goût pointilleux pour l'infime. L'interprète ne s'attache pas à compliquer les formes, il épure. Il déploie les ailes qu'il n'a pas : dans l'acte final, allongé la tête dans le sable, il offre son dos au regard du public.

Muriel Steinmetz




Source Externe : L'Humanité 15 et 16 oct 2005.


Inséré le : 08/11/2005 00:00