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Longueur et pointes. Les Inrockuptibles Oct 2005.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Raimund Hoghe chorégraphe-interprète

Texte : Longueurs et pointes.


Nouvelle plongée de l'Allemand Raimund Hoghe dans l'univers morbide du ballet classique.

Raimund Hoghe ne le dit pas à haute voix, mais on sent bien sa fascination actuelle pour la chose classique, peut-être plus d'ailleurs pour ses héros, princes et autres cygnes voués à disparaître, que pour les codes même du ballet académique avec son lot de pas de deux et figures alanguies. Ainsi, après ces Histoires de danse présentées l'an passé au Théâtre de la Bastille on le retrouvait cet été à Montpellier Danse fidèle partenaire, avec Ornella Balestra, sublime beauté sur pointes, ex-ballerine chez Béjart, pour une variation autour du Lac des cygnes, must absolu avec ces ritournelles effrayantes de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Raimund Hoghe commence par poser sur le plateau une rangée de chaises, hommage sans doute involontaire à sa muse d'autrefois Pina Bausch, puis plus tard réalise de ses mains un alignement de glaçons avec toujours ce sens de la scénographie minimale : il convoque enfin son "bestiaire" de danse, une étoile tutu au vent, deux garçons et son noble amoureux Lorenzo De Brabandere, révélation du Sacre où il était autrement plus convaincant. Le rapport de force ici devient vite relative faiblesse : Hoghe, qui a effectué un montage à sa façon de la partition, hésite entre une lecture proprement dramatique du livret d'origine et la figure du duo avec Lorenzo dans la continuité de son Sacre du printemps, entre répulsion et passion.
Comme souvent chez le chorégraphe blessé surgissent de belles images, telles ces poignées de poudre ocre qu'il lance au ciel d'un geste ample ou cette vison d'un Raimund Hoghe agenouillé, les bras dans le dos comme deux ailes coupées. Sur le fond puis le devant de scène, les danseurs se jouent de la profondeur de champ. Le chorégraphe a voulu son Swan Lake/Lac des cygnes désir mélodramatique compris. On y meurt plus d'une fois, le corps renversé ou, au contraire, le port de tête rentrée. A chacun de trouver son cygne, noir ou blanc.
Mais le plus souvent Hoghe se heurte à la matière même de la musique dont il avoue qu'elle est si forte "qu'on peut y voir à travers". Au risque de s'aveugler ou, plus rarement, de se prendre les pieds dans le décor. Les réfractaires au Lac englué de Tchaïkovski seront, un peu, au supplice. Les autres trouveront une étrange beauté à ce rituel surhumain, une histoire d'amour entre un prince et un cygne, transgenre avant l'heure. Cette pavane pour une passion défunte, longue de plus de deux heures, laisse des traces. Méfiez-vous des cygnes.

P.N.


Source Externe : Les Inrockuptibles Oct 2005.


Inséré le : 08/11/2005 00:00