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Raimund Hoghe Tableaux dansés. Le Monde 25-26 sept 2005.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Raimund Hoghe chorégraphe-interprète
Texte : Instantanés Raimund Hoghe, Tableaux dansés.Une action, une chanson. Le spectacle du chorégraphe Raimund Hoghe
Young People, Old Voices, présenté au Centre Pompidou du 22 au 24 septembre, peut se résumer dans cette formule minimale. Minimale mais loin d'être pauvre. Vingt tubes tendance
« oldies but goldies » (interprétés par Billie Holiday, Peggy Lee, Dean Martin, Jacques Brel, Bobby Solo...) entrecoupés d'extraits du Sacre du printemps d'Igor Stravinsky, se succèdent pour autant de tableaux vivants.
Comme souvent chez l'artiste allemand, né en 1949, à Wuppertal, ancien dramaturge de Pina Bausch, chaque séquence s'enroule autour d'un geste simple presque naïf : croiser les bras, lancer des avions en papier, faire rouler des billes...
Non seulement le mouvement se répète, mais il ricoche d'un danseur à l'autre. Comme ils sont douze en scène, la chanson court toute seule à sa fin. Le paradoxe de cette partition qu'on pourrait qualifier d'obsessionnelle : étirer le temps comme pris en boucle par la répétition tranquille des gestes. Plus que de répéter d'ailleurs l'action, il s'agit plutôt d'insister, de jouer l'accumulation pour atteindre une sorte de douce hypnose.
Dans ce flux reconduit d'un corps à l'autre, le regard a le temps d'observer le geste, d'en reconnaître la beauté parfois oubliée. Se laver les mains ou se mettre à genoux n'ont rien d'extraordinaire. Et pourtant. Pour les frénétiques consommateurs d'images que nous sommes devenus, habitués à des espaces spectaculaires autrement saturés que celui de Raimund Hoghe, il s'agit de résister à notre appétit pour se poser, se répandre même sur le plateau et contempler.
Observer les douze jeunes danseurs - ils ont 22 ans de moyenne d'âge -, accorder à chacun une attention particulière. Et ça fait du bien de se consacrer à une chose à la fois, de se sentir comblé par le minimum. Certes, le pouvoir émotionnel des chansons participe de ce sentiment d'accord parfait. Impossible d'échapper à la vague sentimentale qui serre l'estomac lorsque Léo Ferré, au début, et Dalida, à la fin, interprètent Avec le temps. Alors, les danseurs côte à côte sur une seule ligne remontent le plateau à petits pas cahotants. Et c'est toute la vie qui fout le camp. En un mot, un geste.
Rosita Boisseau
Source Externe : Le Monde 25-26 sept 2005
Inséré le : 07/11/2005 00:00